‹ Au pays de la démence rouge;Chapitre 43 sur 72 · LA RUSSIE DE BREST-L I TO VSK · texte numérisé non relu

LA RUSSIE DE BREST-L I TO VSK

compte du Trésor russe ruiné. Et de même que pour les dépenses d'entretien des prisonniers, les dispositions du traité de Brest-Litovsk s'embuent ici d'une imprécision volontaire, assez élastiques pour donner lieu aux plus abusives des interprétations.

Aux dommages causés sous l'ancien régime s'ajouteront les frais des expériences maximalistes, chaque fois qu'elles auront lésé les intérêts des bourgeois germaniques. Toute latitude est accordée au gouvernement révolutionnaire pour saccager ou pour abolir la propriété privée, la socialiser, la municipaliser ou la nationaliser, pourvu que ces fantaisies communistes respectent les droits sacrés du capitalisme allemand. Ainsi, pour qu'une modification du statut foncier soit valable vis-à-vis d'un « impérialiste ennemi », il faut, aux termes du traité de Brest-Litovsk, que la terre soit aliénée en vertu d'un acte législatif au profit de l'État ou des administrations locales. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, il est permis de déposséder les propriétaires allemands, à la condition expresse, toutefois, d'une indemnité payable dans le délai d'un mois après l'expropriation de la terre, et cette indemnité constitue déjà un avantage inappréciable sur le propriétaire russe, doublement vaincu, — vaincu par l'Allemagne et par le maximalisme, — à qui tous les partis révolutionnaires refusent le rachat. Les complications, destinées à naître de l'interprétation du traité, aggraveront sensiblement cette situation privilégiée des sujets ennemis dans l'hypothèse d'une réalisation intégrale de la réforme agraire : ne sera-t-il pas possible à l'Allemagne de s'opposer à l'expropriation en faveur des paysans sur la base d'un texte, qui prévoit exclusivement le passage des terres entre les mains de l'Etat ou des Communes, et d'ergoter, à l'infini, sur la nature

précise de l'acte législatif requis à cet effet, dans un pays où chaque village tend à élaborer ses lois spéciales et dont le gouvernement central se vante d'identifier le pouvoir législatif avec le pouvoir exécutif?

Des dispositions analogues visent la défense des intérêts allemands contre les tentatives de socialisation industrielle et commerciale : nécessité d'une loi en bonne et due forme et versement d'une indemnité aux co-propriétaires aussi bien qu'aux participants. De là, consacrée par des égalitaires farouches, cette situation anormale : le maintien, dans la république marxiste, d'un groupe d'actionnaires privilégiés, de capitalistes pourvus de tous les droits, une oligarchie officiellement reconnue par un gouvernement de prolétaires, et cela seulement du fait de sa nationalité allemande. Dans ces conditions, c'est avec une satisfaction profonde que les banques de Berlin, même les plus engagées dans les entreprises russes, suivront l'œuvre de démolition systématique où disparaît une industrie rivale. Seul, par la grâce de Zimmerwaldt, le capital allemand doit survivre à cette débâcle.

L'annulation des emprunts, la suspension du payement des dividendes, l'immense gâchis de la nationalisation des banques, toutes les innovations maximalistes dans le domaine du crédit ne ruinent, en définitive, que le bourgeois russe ou allié : elles laissent indemnes les fortunes des bourgeois ennemis. Trois mois après la ratification du traité, l'argent allemand, les valeurs allemandes doivent être rendus, grossis de leurs intérêts : libre aux maximalistes d'exécuter la danse du scalp autour des cofïres-forts éventrés et de barricader les guichets des caisses, les titulaires de dépôts et les actionnaires allemands continueront à bénéficier du régime capitaliste et les banques ont pour

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