‹ Au pays de "La vie intense."Chapitre 10 sur 47 · U\E PETITE VILLE ET UN G R A \' D EVE QUE · texte numérisé non relu

U\E PETITE VILLE ET UN G R A \' D EVE QUE

lopper et de la laisser associer à la vie divine. Il faut apprécier les idées, les actes, sur leur rapport avec la vie : ce (\m grandit la vie est bon; ce qui la déprime est mauvais. Tout ce qui, en fait d'institutions humaines, contredit la vie ou seulement n'augmente pas la vie est inutile et condamné. Et pour faire disparaître les obstacles, les choses mortes, il faut compter sur la vie encore. Ce qui ne vit plus s'élimine de soi-même et sous la poussée naturelle de la vie plutôt que par une opposition directe. Pour combattre le mal, faisons le bieu ; pour combattre l'erreur, disons le vrai : c'est l'action positive qui est efficace, non la négative. Restons bons, quoi qu'il arrive, et montrons-nous patients. Ne nous indignons pas contre ceux qui ont des idées fausses, mais essayons de leur en donner de justes; et, s'ils ne peuvent pas comprendre, attendons que leur esprit s'ouvre ou qu'ils soient remplacés. Cette douceur, pourtant, ne doit pas être faiblesse; il faut se tenir au bien et à la vérité, même s'ils ne sont pas reconnus. L'important n'est pas qu'on soit approuvé, mais qu'on ait raison; il ne s'agit pas d'être récompensé, mais d'en être digne. Au reste, Dieu a disposé ses lois de telle sorte qu'ordinairement, même dès ce monde, celui qui est dans le vrai et celui qui fait le bien triomphent en définitive. Jamais, du moins, leur effort n'est perdu pour la cause qu'ils servent; et, même lorsqu'ils semblent vaincus, cela ne doit pas les émouvoir : la justice et la vérité, pour lesquelles ils travaillent, sont assurées de la victoire qui dure. 11 n'est au pouvoir de personne de troubler dans sa paix le sage et le chrétien; ils savent que Dieu a toujours raison. Mais j'ai scrupule à parler de la sorte. C'est ma pensée que je donne là et que j'ose attiibuer à l'évêque Spalding; ma pensée, il est vrai, influencée encore par la sienne et tâchant de se retrouver telle que ses mots, ses regards, ses sHenccs mêmes la suscitaient en mon esprit docile, mais

combien affaiblie et décolorée à côté de sa pensée directe, si forte si ardenie, et à la fois si mesurée, si calme, si noblement sereine î J'ai rencontré en beaucoup de questions des spécialistes plus compétents ; je ne sais pas s'il existe actuellement au monde quelqu'un qui comprenne mieux l'exacte position du problème religienx, social et philosophique ; je ne sais pas s'il existe un penseur plus chrétien ni un chrétien qui pense plus profondément.

Tous ceux qui connaissent ses livres ou, du moins, la traduction qu'on a donnée de ses principales œuvres (1), jugeront naturelle une pareille admiration. Comme l'abbé Planus, ils auront retrouvé u souvent, presque partout, sur les lèvres de l'évêque de Péoria, l'écho de la voix du Père Gratry et d'Ollé-Laprune » , et ils auront aimé a la visible parenté de ces grands cœurs » .

Déjà mis hors de pair par ses nombreux écrits et par son rôle prépondérant dans la création de l'université de Washington, iMgr Spalding est devenu plus célèbre encore depuis la fin de 1902 par le choix qu'a fait de sa personne le Président des Etats-Unis comme membre de la commission d'arbitrage qui devait terminer et qui termina heureusement la terrible grève des mineurs de Pensylvanie. Un détail qu'on ignore et qui ajoute beaucoup de poids à cette nomination, c'est que la qualité des arbitres avait été déterminée d'avance impersonnellement et de telle sorte qu on eût parmi eux un ofGcierdu génie, un ingénieur des mines, un juge, « un personnage qui fit autorité en sociologie » , quelqu'un qui eût été directement mêlé à l'extraction et à la vente du charbon. Mgr Spalding, sans l'avoir certes sollicité, fut nommé parle chef de l'État, accepté des patrons et des ouvriers, comme étant l'homme des

(1) L;i tr.idiiction, fuite par l'aufpiir du présent livre, a paru stus ce litre : Opportunité. (Iu-12, liOthiclleux, 10, rue Cassette, Paris.)

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