SAINT-LOUIS ET L'EXPOSITION
voulue et qui ne manquait pas d'élégance) le prix payé naguère pour toute la Louisiane. Le gouvernement central et la municipalité devaient y contribuer chacun pour un tiers : ils s'exécutèrent de bonne grâce. L'autre tiers devait être donné par les habitants de Saint-Louis : dans une seule réunion tenue au Music-Hall, ils souscrivirent 4 millions de dollars; ce fut un jeu de trouver le dernier million. Depuis, le Congrès a encore voté un million et demi de dollars pour l'exposition du gouvernement; les différents États de l'Union et la plupart des pays étrangers ont de même ouvert des crédits pour leur participation spéciale, on sorte que les dépenses ont atteint de formidables proportions.
Le résultat répond à l'étendue de l'effort. Dans l'état même où je les vois, huit mois avant l'ouverture de l'Exposition, les édifices prouvent à eux seuls quelle en sera la magnificence. J'envie le sort de ceux qui contempleront achevées, en demi-cercle autour du bassin central et des grandes cascades imitées de Saint-Cloud, tant de merveilles architecturales. J'aimerais à trouver comme eux, dans l'immensité de Forest-Park, des palais de tous les styles et de tous les temps, celui de la France par exemple, qui reproduira le Grand-Trianon, ou le château du Hhin que bâtira l'Allemagne; et je voudrais me promener aussi dans ce jardin idéal de cinquante mille rosiers en fleurs, 011 l'on promet de représenter de façon distincte chaque Etat de l'Union avec la forme et la couleur de ses produits, avec les vignes de la Californie, le coton du Texas, les ananas et les orangers de la Floride.
Mais l'Exposition ne tendra point principalement à éblouir, ni même à charmer les visiteurs. Elle est surtout destinée à les instruire; elle sera éducative, cducational, suivant l'idée qui, en Amérique, prime toutes les autres. Je ne sais si elle atteindra ce but; il est, du moins, celui
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que se sont proposé les organisateurs. Leur conversation ne laisse pas là-dessus le moindre doute. Grâce à la présence de Mgr Glennon, que tout le monde semble déjà connaître, bien qu'il ait seulement quitté depuis un an le diocèse de Kansas-City, où il était coadjuteur, j'ai l'avantage d'être présenté immédiatement, sans me sei'vir des Ictlres d'introduction, au président Francis et à ses principaux collaborateurs. Tous sans exception insistent sur le caractère que je viens de signaler.
Dans l'ordre même le plus matériel, il s'agira moins de faire voir des produits manufacturés que des procédés de fabrication. On suivra, par exemple, le minerai à partir de son point d'extraction jusqu'à la fonderie, et, si l'on veut, on ne quittera qu'à l'élat de lingot le rocher brut qu'une heure plus tôt, dans la galerie souterraine, on aura vu attaquer par la pioche du mineur. A la section des moyens de transport, on ne sera pas mis en face de locomotives neuves à chaudière vide et foyer froid, mais en face de machines vivantes et actives ; on en verra qui, animées d'une même force motrice, lutteront l'une contre l'autre et tireront en sens inverse sur un même câble d'acier jusqu'à ce que l'une d'elles entraîne l'autre, vaincue, au delà d'une marque fixée. A la section d'éducation, tout le matériel scolaire sera fabriqué sous les yeux du visiteur : le bois de cèdre et le graphite se transformeront en crayons devant lui; il verra commencer les livres au moment oii se fondent les caractères d'imprimerie; il les verra mettre en pages, imprimer, brocher, relier.
Ce qui concerne le développement physique de l'homme, gymnastique, marche, canotage, natation, voltige, escrime, paume, balle, polo, jeux athlétiques et sports de tout genre, sera favorisé comme on peut l'attendre des Américains. Cette exposition spéciale se tiendra dans des
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locaux et des stades destinés à une future université, et auxquels, par le fait même qu'ils seront conservés, on peut consacrer des sommes plus importantes. Le gymnase a 182 pieds de long sur 94 de large, et il coûte 750,000 francs; le campement réservé aux jeux olympiques a 7G0 pieds de long.
Le groupe de l'éducation proprement dite est le premier de la classification, conformément, nous expliquet-on, à la théorie sur laquelle est fondée l'Exposition. Le bâtiment qui lui est destiné reviendra, bien que provisoire, à 1,750,000 francs et ne couvrira pas moins de 23,000 mètres carrés. Le premier département traitera de l'éducation élémentaire publique et paroissiale, ainsi que des hi(jh scliools . Deux autres départements comprendront l'éducation supérieure des collèges, universités, lycées, écoles normales, bibliothèques, musées, conservatoires de musique, écoles des beaux-arts et des arts et métiers. On ne négligera ni les écoles d'agriculteurs ni les fermes modèles, ni les écoles forestières; mais surtout on se préoccupera des écoles industrielles et commerciales, attendu que la suprématie d'un pays, en ce domaine de première importance, « dépend complètement des méthodes employées pour préparer un citoyen à faire face aux nombreux changements qui ne cessent de survenir dans les procédés de fabrication » .
Les congrès nationaux et internationaux feront, comme à Chicago et comme à Paris, l'un des attraits de l'Exposition. Tous les groupements qui veulent se réunir à Saint- Louis obtiennent gratuitement les locaux nécessaires à leurs assemblées; et, à ce propos, je noterai aussi, comme une supériorité appréciable sur ce qui s'est passé ailleurs, que pas un des exposants ne paiera l'emplacement dont il a besoin ni la force motrice destinée au service des machines. L)n dernier détail : par une coïncidence oppor-
tune, les « conventions » des divers partis ayant à choisir en 1904 leur candidat pour Félection à la Présidence des Etats-Unis, on a décidé, d'un commun accord, qu'elles se tiendraient à Saint-Louis ; et ainsi les visiteurs pourront suivre de près Tévénement principal de la vie politique aux Etats-Unis (1).
L'Exposition doit s'ouvrir le 30 avril 1904 (2). C'est le 30 avril 1903, un siècle jour pour jour après la conclusion du fameux contrat de vente, que les travaux préparatoires en ont été inaugurés, j'allais dire bénits. La cérémonie, présidée par le chef de l'Etat qu'entouraient les plus hauts fonctionnaires de la République, a commencé par la prière. Et voici en quels termes le cardinal Gibbons, choisi de préférence aux représentants de tout autre culte, a invoqué le ciel au nom du peuple américain :
«Nous te prions, Dieu tout-puissant, Seigneur de justice et de sagesse, par qui seul l'autorité est correctement administrée, les lois légitimement décrétées, les jugements rendus selon l'ordre, aide de ton esprit de conseil et de force le Président de ces Etats-Unis, afin que son gouvernement soit toujours juste, vertueux et éminemment utile à Ion peuple.
« Puisse ce vaste territoire, acquis pacifiquement il y a un siècle, être toujours la demeure tranquille et heureuse de millions et millions d'hommes éclairés, intelligents, craignant Dieu et travailleurs. De même que ce fut sans
(1) Eu fait, la convention démocratique s'y est seule réunie.
(2) Elle s'est, en effet, ouverte à cette date, par la prière et par un discours de M. Taft, secrétaire de la Guerre. C'est M. Roosevelt qui, de Washington et en présence du corps diplomatique, a mis en mouvement les machines de Saint-Louis par la simple pression d'un houtou électrique.