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luttes sanglantes que ce nouvel Etat fut annexé à nos possessions, ainsi puisse son sol ne voir jamais de sang répandu dans des guerres étrangères ou intestines.
« Puisse cette Exposition commémorative, à laquelle toutes les nations apportent la contribution de leurs trésors d'art et d'industrie, resserrer encore les liens de fraternité, de bonne volonté, de relations sociales et commerciales qui unissent les peuples. Puisse cette union hâter l'aurore du règne du Prince de la paix, et que les conflits nationaux soient dirimés non plus par des armées hostiles, mais par des cours permanentes d'arbitrage. «
La veille de la cérémonie, s'était passé un de ces petits faits qu'on trouve tout naturels aux Etats-Unis et qui, chez nous, ne laisseraient peut-être pas de produire quelque sensation. La veille donc, il y avait dans un grand collège dirigé, à Saint-Louis, par les Pères jésuites, une soutenance publique de thèses sur des questions de théologie. Le cardinal Gibbons présidait. Avant que ne fût commencée l'argumentation, un personnage fit son entrée avec une escorte d'officiers civils et militaires. C'était le Président de la République. Il s'empressa, au milieu des applaudissements, d'aller prendre place à côté du cardinal et de lui serrer les mains. Salué par un compliment du recteur, il prononça, du ton chaud et vibrant qui est le sien, la réponse que voici :
« Cardinal Gibbons, Révérends Pères et Messieurs,
" C'est un vrai plaisir pour moi d'être l'hôte de la première, de la plus ancienne université qui s'élève à l'ouest du Mississipi sur le territoire de la Louisiane. Je connais voire œuvre, j'ai été témoin de ses progrès dans l'Ouest. Je ne les ai pas constatés soulement parmi notre peuple, mais aussi au milieu des tribus indiennes.
u Je vous remercie pour ce que vous avez dit de ma
personne. Je me considérerais comme coupable contre les principes de mon devoir si je manquais aux prescriptions de notre Constitution qui enjoignent de traiter de même tous les citoyens, sans regarder à la manière que chacun choisit pour adorer le Dieu tout-puissant.
« Je crois que votre contentement de me voir au milieu de vous est dépassé par celui que j'éprouve à m'y trouver moi-même. »
Le Président écouta ensuite avec une attention marquée les développements de la thèse et la discussion. Disons cependant que lorsqu'on lui offrit, à son tour, de poser des objections, il aima mieux se récuser.
Et ce n'était point là une attitude exceptionnelle. Des faits semblables arrivent à tout moment, sans qu'on y prête seulement attention. Comme Roosevelt continuait son voyage au delà de Saint-Louis pour se rendre à Denver, dans le Colorado, le gouverneur du Kansas, qui voyageait avec lui, l'ayant averti qu'on allait passer devant un autre collège de Jésuites, Sainte-Marie, et que sa visite y était ardemment désirée, il fit arrêter le train à proximité, bien qu'il n'y eût point de station, et alla porter aux élèves et aux maîtres quelques paroles d'encourageante sympathie. Les droits sont les mêmes, aux Etats-Unis, pour chaque individu et pour chaque groupe de citoyens, quelle que soit leur croyance : « L'envie, la méchanceté, la haine, a dit un autre jour Roosevelt devant un public différent (1), sont tout aussi mauvaises quand elles sont dirigées contre une classe ou contre un groupe d'hommes, que si elles sont dirigées contre un individu. Ce que nous demandons à nos leaders et éducateurs, c'est de nous aider à supprimer de tels sentiments, de nous aider à éveiller et à cul-
(1) Discours prononce à New-York devant l'Association chrétienne (protestante) de jeunes gens, le 30 ilccembre 1900.
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tiver des sentiments tout à fait contraires. Malheur à nous, comme nation, si jamais nous suivons la direction des hommes qui cherchent, non pas à étouffer, mais à enflammer les qualités de bête fauve du cœur humain î Dans la réforme politique, nous ne pouvons faire un travail sain, un travail digne d'une république libre, digne d'une démocratie qui se gouverne elle-même, qu'en marchant sur les traces de Washington et de Franklin, d'Adams et de Patrick Henry, non sur les traces de Marat et de Robespierre. »
Les États-Unis ne sont pas mûrs (est-ce bien le mot?) pour l'éclosion des doctrines de haine.
En revenant de l'Exposition à la maison de l'archevêque, par le Washington lîoulevard, nous passons devant le monastère de la Visitation. Je confie .à Mgr Glennon certains liens de famille qui m'unissent à cet ordre, et nous franchissons la grille. li'accueil des religieuses est plein de coidialité, filial envers le prélat, fraternel envers moi. Nous passons là une heure très douce. J'ai vu en France le monastère où vivait ma sœur : il n'y a pas de différence appréciable. Les ordres contemplatifs sont et doivent être partout les mêmes. Les heureuses vies qui se passent en tétc à tête avec Dieu n'ont pas besoin de varier; il n'y a devant lui qu'une attitude possible, qui est de l'aimer et de le lui dire. C'est pour agir au dehors qu'il est nécessaire d'adapter le travail aux circonstances diverses
L'archevêque me renseigne, tandis que nous achevons notre course, sur la prospérité des ordres religieux au diocèse de Saint-Louis. On n'y compte pas moins de S maisons-mères pour congrégations de femmes, dont 5
dans la ville. Sur 442 prêtres, il y en a 174 qui appartiennent à des ordres, et parmi eux 93 Jésuites. 11 n'y a, pour le clergé diocésain, qu'un séminaire avec 83 étudiants; il y en a 6, avec 324 étudiants, pour les contjrégations d'hommes, la Compagnie de Jésus possédant, à elle seule, jusqu'à 128 scolastiques. La proportion varie beaucoup suivant les diocèses. En consultant le Catholic Directory je trouve par exemple, à Baltimore, 158 prêtres séculiers pour 204 religieux; à New-York, 528 pour 226; à Chicago, 446 pour 173; à Péoria, 146 pour 40; à Saint-Paul, 220 pour 38. Rochester compte 136 prêtres séculiers, et 6 religieux seulement.
C'est en toutes choses, du reste, excepté dans la discipline, réglée par le droit général de l'Eglise ou par les conciles nationaux de Baltimore ; c'est en toutes choses que peuvent différer les diocèses d'Amérique. La ressemblance, par exemple, n'est pas grande, du point de vue matériel, entre l'opulent archidiocèse de Saint-Louis et le pauvre diocèse nouvellement fondé à Wichita, dans le Kansas, par Mgr Hennessy, un simple et courageux apôtre que nous trouvons en rentrant à la maison, et avec qui nous avons le plaisir de finir la journée. Chargé de ce diocèse en 1888, un an après qu'il était institué, il a dû y créer tout. On se rappelle que Mgr Mac Quaid et Mgr Spalding étaient dans le même cas, et ainsi les circonstances font que trois sur quatre des évêques déjà rencontrés sont les fondateurs de leurs églises. Se sent-on assez en pays jeune? Le diocèse de Wichita a donc seize années d'existence; il possède 70 prêtres et 25,450 fidèles, 112 églises, 5 hôpitaux, 29 écoles paroissiales. A côté de là, le vieux diocèse de Kansas-City, qui remonte à 1880, et en est aussi à son premier évêque, compte déjà 95 prêtres, 10 i églises, 15 séminaristes, 40 écoles paroissiales, 10 pensionnats de jeunes filles et 5 hôpitaux, avec une
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population catholique de 52,000 âmes. Ce n'est pas, évidemment, la prospérité des diocèses demi-séculaires de l'Est; mais on conviendra que pour créer tout cela, sans aucun secours préalable, dans des contrées où très souvent la vie civile elle-même n'est qu'en voie d'organisation, il faut une certaine dose d'initiative, d'intelligence et de zèle religieux. Mgr Hennessy veut bien, avec moi, entrer un peu dans le détail de ses travaux, de ses fondations, de ses j)rojets, de ses espérances, et de ses difficultés; il y aurait, dans les efforts dont il me parle, de quoi écraser toute autre àme que celle d'un apôtre et d'un Américain. Et cependant combien d'évêques, combien de prêtres français envieront, à trop juste titre, le sort de ces vaillants pionniers! Ils ont tout cà faire, sans doute; mais, pour tout faire, ils ont la liberté ; ils ne rencontrent, pour ainsi dire, que des obstacles matériels; ils ne se sentent les mains liées ni par des lois vexatoires, ni par la suspicion, ni par les préjugés, ni par des coutumes depuis longtemps vidées de leur rais(m d'être. Ils font ce qu'il faut pour réussir et ils réussissent, pratiquant d'instinct et partout la devise de Mgr Mac Quaid : « Sulus animarum lex cuprema, le salut des âmes pour loi suprême. » Heureux les pays neufs ! Mais heureux bien plutôt, car l'âge n'y fait rien, heureux les pays, les institutions et les hommes qui sauront se mettre ou se remettre dans la condition naturelle des choses, s'adapter simplement aux faits! Heureux quiconque se renouvellera!
Après dîner, nous allons passer la soirée chez une des rares familles d'origine française qu'il y ait encore à Saint- Louis. L'archevêque et l'évêque y sont accueillis comme des amis de la maison, avec re mélange de respect et de familiarité, mais surtout de bonheur, que je ne manque pas une seule fois de constater, durant tout le voyage, dans les relations des catholiques américains avec leur
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clergé. On veut bien, me traiter en compatriote, en compatriote des ancêtres, et, pour la circonstance, tout le monde se met à parler français, depuis l'aïeule, dont le père avait vu les temps de notre domination, jusqu'au charmant petit-fils, qui ne se fait pas prier pour interrompre en notre honneur un thème latin des plus laborieux (jeliû donnerai tout à l'heure un coup de main qui réparera io temps perdu). Ce gracieux souci de transmettre d'une génération à l'autre la connaissance de l'ancienne langue est aujourd'hui le seul trait qui distingue les Louisianais d'origine française; encore ne se rencontre-t-il, comme i! est naturel, que dans les familles d'un rang élevé. Le mélange des deux cultures, française et américaine, leur confère, du reste, un caractère de distinction dans l'énergie qui les rend, à ce qu'il me semble, tout à fait supérieurs.
Nous parlons de France... Et nous parlons du Mexique, où ils viennent tous de faire un séjour de plusieurs mois. Des horizons me sont ouverts sur des mœurs et des paysages inconnus. L'intéressant voyage qu'on pourrait faire parmi les végétations tropicales de la « terre chaude » ou bien, sur la a terre froide " , près des volcans entourés de neige qui répondent aux noms pittoresques d'Ixtaccihuati et de Popocatepetl, mais surtout dans la zone tempérée, où Mexico, à plus de deux mille mètres de hauteur, étale, sous un climat exquis, ses richesses modernes et ses souvenirs du temps des Aztèques! Et la race ne présenterait pas un intérêt moindre, avec son mélange do sang espagnol et de sang indigène, avec les Indiens demicivilisés qui ont subsisté là plus nombreux qu'en aucune autre partie de l'Amérique et assez voisins, malgré leur baptême, de ce qu'ils étaient avant la découverte. Ce soir-là, je rêve de Cortès et de Montézuma, de volcans, de cocotiers, de bois précieux et de magnifiques brigands