SAINT-LOUIS ET L'EXPOSITION
dont on ne saurait, au juste, dire s'ils sont Espagnols ou Chichirnecs. Et un regret absurde s'empare de moi, que comprendront tous ceux qui ont franchi de longues distances : c'est de ne pas profiter, pour voir Mexico, de ce que j'en suis à 600 lieues.
J'ai oublié de dire que le supérieur du collège des Frères, étant venu voir Mgr Glennon, s'était servi habilement de ma présence pour ménager à ses jeunes gens la visite de l'archevêque. Il fallait bien, n'est-ce pas, donner à un professeur de l'Institut catholique de Paris l'idée de ce qu'est un collège d'Amérique?
Les enfants de saint Jean-Baptiste de la Salle, d'après une statistique déjà vieille de deux ans, ont dans les deux Amériques 182 établissements, avec 923 classes, 1 ,4 14 frères et plus de 46,000 élèves. Encore ne suffisent-ils pas à toutes les demandes qu'on leur adresse. Sur cet effectif, les deux tiers appartiennent aux Etats-Unis. « C'est, dit le baron de Courcel, notre ancien ambassadeur à Londres, dans un rapport du 13 mars 1902; c'est aux Etats-Unis de l'Amérique du Nord principalement que l'action des Frères a été féconde et multiple. Là ils ont rencontré un terrain tout à fait propice à leur développement, des lois libérales, une population utilitaire, mais qui ne conçoit pas que la civilisation, la morale, la vraie culture intellectuelle puissent être séparées de la religion; enfin, une république assez forte pour se montrer équitable, généreuse même envers tous, assez élevée au-dessus des passions mesquines pour ne pas craindre la rivalité des associations privées, surtout quand elle sont formées entre des hommes qui ne se réunissent que pour faire le bien. Dans ces conditions favorables, l'œuvre des Frères, dès qu'ils ont
mis le pied sur cette terre de liberté, devait prospérer. Elle s'est raniifiée en fondations nombreuses et diverses, se pliant, avec une remarquable aisance, aux besoins variables d'une nation industrieuse, inventive, acharnée au travail, âpre à la concurrence commerciale (1). »
En vertu même de l'adaptation dont parle ici M. de Courcel, les Frères s'étaient mis, chaque fois que les évéques et la population en avaient exprimé le désir, à enseigner le latin, comme on le fait, du reste, aux Etatsl nis, dans tous les établissements qui dépassent le niveau du primaire. Mais, il y a quelques années, malgré les démarches instantes de l'épiscopat américain, une décision de Rome et du Supérieur général de Paris leur a interdit cet enseignement.
Sous le régime antérieur, le collège que nous visitons élevait beaucoup de membres du clergé, du congrès et de l'armée; le général Merritt, qui s'est distingué dans la guerre des Philippines, y a fait son éducation. Il compte encore 475 élèves. Fondé au milieu du dix-neuvième siècle, il a reçu par charte, de l'Etat de Missouri, en décembre 1855, le privilège de délivrer les grades universitaires. Les constructions actuelles datent de 1882. Trois ordres d'enseignement y sont organisés : le scientifique, avec la sanction du diplôme d'ingénieur civil ; le commercial, avec la sanction du diplôme commercial; et enfin, les humanités modernes, qui conduisent au baccalauréat es arts. Lecî résultats de cet enseignement et de l'éducation qui y est jointe sont fort appréciés des catholiques de Saint-Louis et morne d'un certain nombre de protestants qui y envoient sans défiance leurs fils. J'ai constaté ce dernier trait dans
(1) La plupart des Frères des écoles clirélieiines qui enseignent aux Ktals-L'nis y sont nés et y ont été formés à la vie relij^ieuse. La Société y possède quatre provinces, ayant chacune leur noviciat : Baltimore, Xew-Vork, Saint-Louis et Sau-Francisco.