SAINT-LOUIS ET LEXPOSITION
tous les établissements catholiques d'instruction que j'ai visités, les familles étant, du reste, prévenues qu'on ne fera pas de pression sur la conscience de leurs Ois ou de leurs filles, mais qu'ils seront tenus, comme les autres, d'assister aux exercices religieux.
Le collège est magnifiquement installé à Cote-Brilliante, sur une petite hauteur, nous dirions aux portes de Saint- Louis, si les villes américaines avaient jamais eu de portes. Cote-Brilliante est un des noms, légèrement transformés, qui attestent le passé français. Mieux que par cette douteuse orthographe, notre patriotisme est flatté de retrouver chez les Frères et chez leurs élèves les meilleurs souvenirs et usages de France. Notre langue, toutefois, ne semble pas être familière à la majorité des étudiants. A la fin de la réception, un peu solennelle, qui nous est faite sous le grand dôme central, quand la fanfare à jeté ses notes de bienvenue, quand un élève a lu son compliment, quand l'archevêque a répondu par un éloquent discours, mon tour étant venu de prendre la parole, je demande timidement si je dois parler en mauvais anglais ou en français passable : l'anglais est réclamé sans hésitation. Et, à vrai dire, j'aime autant cela; les défauts sont bien plus pardonnables dans une langue étrangère. Du reste, tout s'oublie — l'éloquence charmeuse du jeune archevêque et les solécismes de son compagnon — dans la clameur formidable qui, par trois fois, à un signal donné, part de tous les rangs et monte, assourdissante, dans la coupole, qui en devrait crouler : Whoare tve? C. B. C. Who are we? C. B. C. Who are we? C. B. C. C'est le cri du collège : " Qui sommes-nous? C. H. C. » autrement dit « le collège des Frères des écoles chrétiennes » , ChrisUan Brothers Collège. Mais cela ne se traduit pas! En France aussi, beaucoup d'établissements ont des cris analogues, et les oreilles (jui en ont entendu no sauraient les oublier.
Après le déjeuner nous regardons quelques instants, sur l'immense terrain des jeux, les élèves mettre à proQt le congé que leur a valu la visite de Tarchevéque; et, plus pressés que nous ne le voudrions, nous prenons le car électrique, pour nous rendre, fort loin de Là, au grand séminaire. Il est à peine deux heures et demie. Nous achetons la première éditition des journaux du soir : la réception de midi s'y trouve racontée avec une analyse fort complète des allocutions. Les dames r^/ïor/en qu'on m'avait fait voir à l'entrée du hall n'ont pas perdu de temps.
Le grand séminaire, qui comprend 83 étudiants, est dirigé par des prêtres de la Mission, la plupart Français. Mais là, non plus, ce n'est pas notre langue qui est en usage, et, dans la salle où l'on a réuni les élèves, il me faut improviser, après l'archevêque, un second discours en anglais approximatif. Celui qui redoute à fond la parole publique doit se garder à tout jamais du voyage aux États- Unis. On y est perpétuellement sous la menace d'un speech à « délivrer » , et tout ce qu'on ferait pour s'y soustraire serait aussi mal venu que le refus de prendre un verre chez un paysan français. Comme le coup vous atteint généralement quand vous y pensez le moins, à la fin d'un repas bien tranquille, pendant votre visite à une école, ou tandis que vous regardez la bibliothèque d'un cercle, il serait presque impossible de se tirer d'affaire sans la ressource, toujours opportune, de s'excuser d'abord sur son insuffisante connaissance de la langue et de chercher pendant ce temps-là un sujet d'entretien. Je n'ai, du reste, aucune peine à trouver ce que je voudrais dire aux grands séminaristes de Saint-Louis; et il me semble que, si j'avais pu m'exprimer sans peine, je leur aurais, à force de conviction, parlé avec éloquence de la splendide mission qui, comme futurs prêtres, les attend aux Etats-Unis ; des larges « possibilités» qu'ils ont de faire le bien dans celte grande et libre