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LE CARDINAL GIBBONS A SON RETOUR DU CONCLAVE

L'Amérique au conclave pour la première fois. — Le cardinal Gibbons reçu officiellement par la ville de Baltimore. — Il rend compte de son voyage. — Promenade avec le cardinal. — Rencontres et entretiens. — Sur Montalembert, M. Paul Bourget, la presse calholique, le dernier conclave. — Le cardinal Gibbons et l'élection de Pie X.

La fête à laquelle nous sommes conviés, le lecteur et moi, n'est pas la première qui ait lieu depuis que le cardinal Gibbons est revenu de Rome. Je ne parlerai pas de la bienvenue qui lui a été souhaitée à New-York même, dès son débarqueriient, par les délégations de plusieurs diocèses; mais la réception que lui a déjà faite, il y a dix jours, le 24 septembre, sa bonne ville de Baltimore, mérite d'être racontée. Elle montrera quels sont, aux Etats- Unis, les rapports de l'iLglisL' avec les pouvoirs publics cl avec l'ensemble des citoyens. Pour en saisir l'importance, il faut savoir que Baltimore est une ville de 600,000 habitants, aux deux tiers protestante. Le cardinal est fort aime de ses concitoyens, et son retour, après chaque absence prolongée, est une occasion de réjouissance; mais à cause (le sa récente participation au Conclave on lui réservait, cette fois, un accueil plus démonstratif.

Au départ de New-York, la Baltimore and Ohio a mis gracieusement à sa disposition un wagon spécial. 11 a été accompagné à la gare par de& notabilités catholiques et

reçu par un haut employé de la compagnie. A la station de \ew-Jersey, des prêtres sont venus le saluer. Des députés de son diocèse sont allés au-devant de lui jusqu'à W'ilmington. Et lorsqu'il arrive, à trois heures, en gare de Baltimore, il trouve, on peut le dire, tout un peuple pour l'acclamer. Près de trois cents sergents de ville — une armée, aux Etats-Unis — sont là et sur la route de la cathédrale pour rendre les honneurs et, tâche facile, pour maintenir Tordre. Une centaine de sociétés en uniforme attendent, dans les rues voisines, le moment du défilé. La foule, amassée depuis longtemps, trompe son impatience en acclamant la délégation de trois cents hommes qui arrivent de \\ ashington avec leur fanfare, puis le maire de Baltimore et les autorités qui prennent place au salon d'honneur.

Lorsque le cardinal, en tenue de ville, redingote et chapeau haut de forme, descend de son wagon, la figure souriante et heureuse, c'est un délire de vivats et d'acclamations. 11 entre au salon, où le maire nouvellement élu, un protestant, M. Mac Lane, lui adresse le discours suivant :

" Votre Eminence, comme il était naturel, a déjà reçu, en rentrant dans ce pays, un accueil on ne peut plus cordial des membres de la Société (l'Église) à laquelle vous avez montré tant d'attachement et au succès de laquelle vous avez tant contribué. Il m'incombe l'agréable devoir de vous offrir des vœux de bienvenue plus larges encore, les vœux de tous les citoyens de Baltimore, quelles que soient leur foi et leur condition; tous ensemble ne font qu'un pour entretenir les plus profonds sentiments de vénération envers votre grand et noble caractère. Nous avons appris la nouvelle de la mort du Pape avec une grande appréhension, craignant que le poids des responsabilités et l'épreuve d'un climat fatigant n'altérassent votre santé. Aussi étiez-vous suivi des sympathies de

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