‹ Au pays de "La vie intense."Chapitre 23 sur 47 · MGR GIBBONS A SOM RETOUR DU CONCLAVE · texte numérisé non relu

MGR GIBBONS A SOM RETOUR DU CONCLAVE

l'est une partie de la notre, tomberait en quelques semaines sous le ridicule, sous le mépris, ou sous les pénalités de la justice publique. N'y a-t-il pas là, cependant, une idée qui mérite, à certains égards, l'attention des directeurs de journaux religieux, et ne se pourrait-il pas que notre presse quotidienne fit plus de bien, obtint plus de succès en se plaçant sur un terrain plus général que la perpétuelle défense de la foi, en traitant les diverses questions de Tordre temporel à la façon de tout le monde, et en se montrant catbolique là seulement où le catbolicisme se trouve engagé? A aucun prix, dans aucun sens, la religion ne doit être affaire de parti. Ce n'est pas uniquement, ni principalement, de l'apologie que les lecteurs, même bons chrétiens, demandent à leur journal. Bref, souhaitonsnous des journaux qui ressemblent, pour le reste, aux meilleurs des journaux profanes, mais qui parlent des choses religieuses avec plus de sympathie et de compétence; s'ils veulent en traiter à fond, qu'ils y consacrent chaque semaine un supplément. Ils auront alors l'avantage de le faire devant un plus grand nombre d'abonnés.

Enfin le cardinal me confie quelques souvenirs du conclave, auxquels je ne pensais pas d'abord pouvoir faire allusion dans ces notes. Mais des révélations récentes ayantintroduit cet événement dans l'histoire plus tôt qu'on ne s'y attendait, il n'y a pas d'inconvénient à raconter le peu que j'en ai appris de la bouche même d'un des électeurs. Je sais qu'il a fait ce récit à plusieurs personnes, et il ne m'a point recommandé le secret.

Sans s'être mêlé d'aucune intrigue (rien ne serait plus opposé à son caractère personnel, et jamais, du reste, conclave ne fut plus exempt de manœuvres), le cardinal américain ne laisse pas d'avoir un peu C(uihibné à l'élcclion de PieX. Non seulement, à la joie profonde que lui inspire ce choix d'un Pape ayant occupé toutes les fonctions du

ministère sacerdotal, on devine pour qui lui-même a voté; mais certain incident montre qu'il a pu avoir dans le résultat dernier plus que sa part individuelle.

On se rappelle les détails révélés, dans la brochure les Derniers Joints de Léon XIII et le conclave (1), par « un témoin » bien placé pour connaître la question.

Le dimanche matin, 2 août, au troisième scrutin, qui accorde 29 voix au cardinal RampoUa, 21 au cardinal ë^rto et 9 au cardinal GoUi, l'archevêque de Cracovie donne lecture du veto de l'Autriche. L'admirable déclaration du secrétaire d'Etat de Léon Xlll lui vaut, le dimanche soir, une voix de plus ; il en obtient 30, tandis que Gotti descend à 3 et que le cardinal Sarto monte à 24. Ce dernier avait pourtant, au début de la séance, en paroles touchantes et de l'accent le plus sincère, supplié le conclave de ne point penser à lui : « Sono indegno! Sono incapace ! Dimenticatemi. Je suis indigne! Je suis incapable! Oubliez-moi. '> Tant d'humilité ne faisait qu'augmenter la conGance du Sacré-Collège, et le lundi matin il obtenait 27 suffrages, RampoUa n'en ayant plus que 24. " Mais il restait, dit l'auteur de la brochure, à vaincre l'opposition même du cardinal Sarto, qui renouvela immédiatement sa supplication plaintive. » Il la renouvela si bien — et ici nous passons au récit de notre témoin à nous, le cardinal Gibbons — que l'assemblée se sépara convaincue qu'on ne pourrait pas le faire revenir sur sa décision et qu'il fallait chercher un autre candidat.

C'était, nous dit en substance l'archevêque de Baltimore, un fort grand embarras, les hommes les plus en vue ayant été mis à l'écart et tout se trouvant, le cinquième jour, à recommencer dans des conditions bien moins favorables

(1) Iu-12, chez Lecoffre, eiRcv. des Deux-Mondes an l^^avril 1904. Cf. le livre très exact de M. Julien de Marfou, Pie X ^Delagrave).

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qu'au début. Aussi parla-t-il dans ce sens, très énergiquement, avec le cardinal X... qui était venu, après la séance, le voir dans sa cellule pour délibérer avec lui sur le choix d'un autre nom, II obtint de ce personnage, qui exerçait une très grande influence dans le conclave, qu'il se rendit auprès du patriarche de Venise et qu'il pressât de nouveau sur sa conscience, le plus instamment possible, jusqu'à lui faire craindre d'aller, par l'obstination de son refus, contre les indications de la Providence, contre le vœu de l'Eglise, contre un devoir manifeste (1). Tant d'objurgations et des motifs d'un ordre si élevé l'emportèrent à lafln, et le cardinal X... vint annoncer cette bonne nouvelle à l'archevêque de Baltimore : " Dieu soit loué! s'écria celui-ci. iMais cette résignation, il faut que tous la connaissent, tous étant restés sous l'impression des paroles de refus. Dites un mot au conclave dès le début de la prochaine séance. " Ainsi fut fait, et, au moment convenu, — cette fois nous revenons au texte de la brochure, qui met un nom propre où le cardinal Gibbons n'en avait pas mis — u le cardinal Satoili déclara que le cardinal Sarto, cédant aux instances de ses collègues, s'en remettait de son élection à la Providence, 11 obtint trente-cinq voix, sept de moins que la majorité nécessaire,.. L'élection était assurée, "

On me croira sans peine si je dis que la promenade me sembla courte. Et cependant, il commençait à faire clair de lunj quand nous rentrâmes à la maison. Un dîner simple et familial me permit de prendre le train à une heure fort convenable. Le cardinal ne me donna point congé sans m'avoir, très aimablement, fait promcltro de

(1) La brochure d'Un Témoin dit que cette démarolie fut faid; auprès du cardinal Sarto par « ses amis particuliers s. I.c cariiiual dout parle Mgr Gibbons a pu, en efict, s'eu adjoindre d'autres.

revenir. De Baltimore à Washington, bien tranquille dans mon Royal Blue, je repassais les faits et les paroles de cette belle journée, et il ne me semblait pas que je dusse manquer, pour la prière du soir, de sujets d'actions de grâces. Mais la Providence allait m'en offrir un de plus. En arrivant à Saint -Patrick, j'appris de mon hôte qu'il s'informerait, le lendemain, si le Président Roosevelt pouvait nous recevoir.

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