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pagne. Des médaillons représentaient les traits des généraux et la tenue des soldats de son armée du Tennessee. Le sculpteur, Cnrl Mohl-Smith, étant mort pendant l'exécution de son ouvrage, c'était sa femme qui avait achevé le monument : le général Dodge l'en remercia au milieu des applaudissements.
Ce discours achevé, l'on procéda au " dévoilement » . Un petit-fils du général Sherman tira légèrement la corde qui rattachait les deux drapeaux dont la statue entière était enveloppée. Lorsque, écartés avec lenteur comme un écrin qui s'ouvre, ils lirent apparaître le fier cavalier sur son haut piédestal, l'émotion s'empara de tous les cœurs; elle grandit encore, tout le temps que les deux bannières, tendues comme des draperies, demeurèrent immobiles derrière le monument, formant sur le ciel bleu un splendide fond de tableau, tandis que les soldats présentaient les armes, que les canons tonnaient et que les fanfares jetaient aux échos les notes entraînantes du Star spangledBanner. Les quatre soldats de bronze debout aux an;jles du piédestal furent ensuite dépouillés des étendards qui les cachaient, et les bannières s'écartèrent (!e chaque côté du monument avec une lenteur majestueuse, laissant à découvert, au fond de l'horizon, la gigantesque pyramide de George Washington. Ce fut un moment inoubliable. On eût dit que devant Dieu, pieusement invoqué, et devant les chefs de la nation, réunis en cette assemblée, les gloires de la patrie s'étaient toutes donné rendez-vous et apparaissaient. Alors Théodore Hoosevelt, Président des Ktatslinis, rappela à ses concitoyens les vertus qui font un grand peuple :
Ceux qui vivent, dil-il après avoir loué en quelques niots caralôrisliques chacun des chefs He la guerre, ceux qui vivant nioiilrent couime il roinient leur respect pour les morts illustres s'ils prennent à cœur, et s'ils suivent en leurs actes
•Ips leçons qu'a ensci(i[néns la vie des morts illuslres. Noire présent honima.'^jO à la mémoire de Slierman part des proïondeiirs de notre être. Nous serions des citoyens indignes si nous n'éprouvions pas une intime reconnaissance pour lui et pour ceuK qui, comme lui, sous ses ordres, ayant entendu l'appel anxieux de la patrie, se levèrent avec zèle poiir y répondre comme il convenait. Leur sang et leur peine, leur endurance et leur patriotisme, ont fait de nous et de nos descendants leurs débiteurs pour jamais. Non seulement ils ont maintenu l'union du pays, niais ils l'ont fait plus grand et plus riche en lui léguant les acies mêmes par lesquels ils ont accompli ce grand œuvre. Et en même temps que de l'héroïsme victorieux des soldats bleus du Nord, notre peuple a grandi de la vaillance des soldats gris du Sud, de leur dévouement à ce qu'ils croyaient juste; car c'est le propre de celte guerre, trois fois heureuse entre les guerres dans ses résultats, que de nous laissera tous le droit de saluer également des frères dans les courageux vainqueurs et dans les courageux vaincus.
Nous devons entretenir enire nous, pour être fidèles au passé, l'esprit qui a fait les hommes de la guerre civile ce q l'ils ont été; l'esprit qui produisit les leaders comme Sherman ; l'esprit qui donnait à la moyenne des soldats cette indomplab'e ténacité et celle générosité, grâce auxquelles les armées de Grant et de Slierman se montrèrent égales aux plus formidables machines de combat que le monde eut jamais vues. 11 nous faut leur rudesse de corps, leur pénétration et vigueur d'esprit, et, par-dessus tout, ce qui taisait leur qualité dominante : la force du caiaclère. Leurs vies nous enseignent à dépenser les nôtres dans la poursuite, non de ce qui est agréable, mais de ce qu3 le devoir ordonne. La vie de devoir, non la vie d'aise ou de plaisir, voilà le genre de vie qui fait le grand homme et qui fait le grand peuple.
Plus pressant encore que le devoir de maintenir l'honneur acquis par nos ancêtres dans la gueire, s'impose à nous le devoir de déployer le même patriotisme qu'eux dans l?s affiires de la paix. Les devoirs de la paix sont la règle de tous les jours, ceux de la guerre ne sont que l'exception; or, pou»*
FÊTES X'ATIOXALES 319
les peuples comme pour les Individus, la dignité de la vie dépend de la manière dont s'accomplissent les devoirs quotidiens.
Bien peu, dans chaque génération, peuvent rendre les services que Sherman a rendus; mais chacun de nous, suivant ses moyens, peut reproduire quelque chose de ces qualités de caractère dont la réunion fait la grandeur de Sherman : son courage, sa bonté, son honnêteté, sa simplicité, son ferme bon sens, son humanité et sa tendresse dans les relations intimes de la vie; enfin, son inflexible droiture d'âme et son loyal dévouement à tout ce qui, dans cette République libre, est consacré et symbolisé par le drapeau de la nation (1).
Je ne m'étonne pas, après avoir entendu Roosevclt, de ce que ses discours, qui nous paraissent admirables sans doute comme inspiration, mais si étrangement composés, exercent une telle influence sur ceux qui les écoutent. Absolument insoucieux de l'art, et peut-être par là même artiste comme on doit l'être, il ne se montre préoccupé que de faire entrer, à tout prix, dans Tàme de ses auditeurs les idées et les sentiments qui lui paraissent de nature à les rendre meilleurs. Que lui importent — s'il en devient plus convaincant — l'extrême simplicité des mots ou les répétitions d'idées? Que lui importe même l'absence de nouveauté? Il sera original à force de concevoir et d'exprimer plus naïvement, plus fortement, les vérités qu'on appelle convenues et que trop souvent nous oublions de mettre en pratique. On ne voit pas, du reste, comment il serait possible de l'écouter sans attention. Il y a, dans le ton saccadé et pourtant ému de sa puissante voix, dans la mobilité de son regard et de ses traits, dans l'énergie expressive de ses gestes, un tel mouvement, une
(1)Nons avons cité de ce mAme discours le passage oîi Roosrvelt, sans crainte do faire allusion à un scandale où se trouvaient alors compromis des hommes de son propre parti, flélrissailavec force les fonctionnaires qui sacrifient le bien public à leur propre intérêt. (V. p. 24-8.)
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telle vie, qu'il faut absolument le suivre comme on suivrait de force le torrent où Ton serait tombé. J'étais à quelques pas derrière lui, un peu sur la gauche, et cependant je ne cessai presque pas de voir le jeu de sa physionomie, tant il trouvait, je ne sais comment, le moyen de se tourner toujours en face de tout le monde et de parler spécialement pour chacun de ses auditeurs. Si Roosevelt n'est pas un grand écrivain, il est sans nul doute un grand orateur.
Avec le discours du Président de la République, la plus intéressante partie de la fête était terminée. Quatre généraux, représentant cliacune des arm^^es, allaient dépendant prendre rncore la parole. Il ne fallait rien moins que le courage de ces braves pour pérorer sans faiblir devant une assemblée distraite et qui se dissolvait de quart en quart d'heure. Ajoutez qu'à grand'peine on pouvait entendre leur voix, couverte par la rumeur lointaine de la foule et par les fanfares qui accompagnaient les troupes rentrant au quartier. Aussi vaillants que sur le champ de bataille, les quatre vieux généraux se souvenaient peut-être du temps où ils mettaient l'ennemi en fuite. A la fin, il ne resta guère devant eux que les personnages officiels et un petit nombre d'invités héroïques. Les gestes suppliants de M.qr Ireland me donnèrent la force de ner severer, même lorsque je n entenais pius rien que, ça et là, quelques noms de batailles inconnues et quelques . (i Je me rappelle » . C'est incroyable, le nombre de faits qu'on se rappelle, à quarante ans de distance, dans les armées du Potomac et du Cumberland. Bientôt la fraîcheur du soir s'ajouta, symbolique, à la durée des discours ; et j'eus pour distraction de voir Roosevelt, plein de miséricorde, aider un de ses voisins à mettre le pardessus. Ma suprême ressource fut de me faire présenter par la générale Corbin, une excellente catholique, au général lan Hamiiton
FÊTES NATIOMAI.ES 321
et de rire avec lui du petit incident de la veille. Je dois avouer que, le lendemain, en lisant dans le journal ce qu'avaient dit les quatre généraux, j'éprouvai (juelque remords de mon irrévérence ; et le lecteur peutêtre m'en ferait lui-même des reproches si j'avais le temps de lui soumettre de lon,q[ues citations. Le général Handerson, de l'armée du Tennessee, n'était point, par exemple, si banal lorsque, après avoir rappelé que Dieu fait les nations, God û a nation maker, il analysait en philosophe, en historien et en poète, les éléments constitutifs des grands peuples. Les autres discours, également, supportent très bien la lecture. Mais la cérémonie était tellement longue qu'elle avait fini par en perdre son caractère de solennité. Il reparut toutefois au dernier moment, quand l'évêque anglican de Washington, le Révérend Henry Satterlee, se leva pour prononcer une courte formule de bénédiction. Debout et tête nue, les rares survivants de la journée, parmi lesquels le Président et les ministres, s'associèrent avec recueillement à cette conclusion religieuse de la fête.
Une heure plus tard je dînais en tête à tête avec Mgr Ireland, à Thotel où l'armée du Fotomac devait donner réception : « Venez, m'avait-il dit, vous me remettrez au courant des affaires de là-bas et je vous présenterai à nos vétérans. » Par ces affaires, je m'empresse de le dire, il entendait surtout le mouvement intellectuel et apologétique. Je n'avais point de notes à consulter avant cet entretien, mais j'avais rassemblé au mieux mes souvenirs, et je croyais naïveïnmt avoir certaines choses à apprendre a un homme qui venait de passer six mois en tournées pastorales sur les bords du .Mississipi. Or, il avait lu à peu près
tout ce que j'avais lu, et suivi très attentivement les mêmes controverses. Je découvris ce soir-là un nouvel archevêque de Saint-Paul, autant ou plus admirable que l'homme d'action publique; et, comme je n'essayais pas de dissimuler mon étonnement : " Au fond, me dit-il, je suis un scholar. Mon rêve serait d'étudier; mais on n'a pas le temps. '> Et il me parla de son grand séminaire, des livres, des programmes, des professeurs, avec une compétence et une prédilection qui me rappelèrent son vieil ami, l'évêque de Rochester. En philosophie, en exégèse, en théologie, Mgr Ireland est un homme de foi et un clairvoyant; c'est aussi un sage et un homme pratique.
Nous commencions à oublier que, ce soir-là, le vent n'était pas à l'apologie. Il fallut quitter ces régions sereines — pas tellement — pour nous rendre à la réception. L'archevêque faisait place à l'ancien aumônier du 5* Volontaires de Minnesota. Les vieux compagnons d'armes s'empressèrent autour de lui, et Ton parla de souvenirs auxquels je n'entendais rien; tout ce que je sais, c'est que, de ma vie, je n'ai été présenté à tant de généraux et de colonels (quelques-uns avaient eu la modestie de rester colonels).
L'armée du Potomac, c'est-à-dire la nôtre, avait résolu de faire sa jonction, dès cette nuit, avec l'armée du Tennessee, bivouaquée dans un autre hôtel. Sur les neuf heures et demie, aux sons d'une musique militaire qui joue les airs nationaux, nous nous mettons en marche deux à deux, le plus gravement du monde. Ireland et un vieil officier vont en tète, marquant le pas, l'air très belliqueux. Les autres vétérans suivent, accompagnés de leur femme ou de leur fille et, pour la plupart, armés d^honnêtes parapluies. Stafford, qui nous a rejoints au sortir de l'hôtel, et qui porte une canne, a vraiment belle allure; je suis fier de marcher à ses côtés : nous sommes les plus jeunes de Tarmée,
ct.int nés vers l'époque où elle faisait la guerre. Un moment l'on put craindre de voir s'arrêter notre marche victorieuse ; la rue était barrée par des réparations de conduits. Mais l'hésitation ne fut pas longue, et, avec un grand ensemble, nous passâmes sur le trottoir. Je recommande la tactique, en temps de révolutions, pour les rues barricadées. Bref, les opérations furent si bien conduites que nous ralliâmes, sur les dix heures, l'armée du Tennessee, sans avoir perdu un homme, ni une femme.
Si la confraternité des armes n'avait pas déjà pénétré mon àme, j'aurais été, comme Potomac, jaloux des Tennessee. Leur réception dépassait de beaucoup la nôtre en éclat; et ils ne devaient qu'en partie cette supériorité au renfort de notre présence. Toute l'élite de Washington se pressait en leurs vastes salons, et la beauté des fleurs, des illuminations, des toilettes elle-mêmes et de celles qui les portaient, adoucissait, non sans bonheur, le caractère « vétéran » de la soirée. Ireland et Stafford furent des plus entourés : le premier, plein d'entrain et de belle humeur, portant avec Gerté sa médaille militaire; le second, abordé par toutes sortes de personnages qui tenaient à le féliciter, à le remercier, du beau texte de sa prière : < Vous êtes un grand Américain » , lui dit-on à maintes reprises, et c'était le suprême éloge. Un mot fort aimable de M. Mac Farland, le premier magistrat de Washington (1), me permit de constater le prestige du curé de Saint-Patrick : « Je vous prie, me dit-il, de me regarder comme à votre entière disposition pour tout ce qu'il vous serait agréable d'étudier durant votre séjour à Washington. Mais je crains que vous n'ayez pas besoin de moi : ami du docteur Stafford, on n'a que faire d'autres influences. »
(1) La cilé fédérale e.st gouvernéo par trois commiisaires que nomme le président des Ktats-Unis. M. Mac Farland est le premier (l'entre eux.
324 ALi TAYS DE LA VIE INTEXSE
Nul préjugé n'empêche les prêtres, en Amérique, de prendre aux événements de la vie nationale la part qui sied à leur fonction ou qui revient à leur mérite personnel. J'en eus de nouvelles preuves, le lendemain soir, 16 octobre, au banquet de cinq cents couverts qui réunit les sociétés des quatre armées dans la grande salle de l'hôtel Arlington, magnifiquement décorée de drapeaux, de roses et de guirlandes en feuilles de chêne. Le général Brooke, le capitaine J. Mac Cook, le major Mac Elroy portèrent des toasts applaudis au nom des armées du Potomac, du Cumberland et de TOhio, et la veuve du général Logan fut écoutée avec plus de faveur encore. Mais le triomphe de la soirée fut pour celui qui s'exprima au nom de l'armée du Tennessee. Un enthousiasme indescriptible souleva rassemblée lorsque le président eut annoncé que la parole était au Père Thomas E. Sherman, et Tovation qui salua la fin de son discours dura plus de cinq minutes. Ce n'était pas qu'il se fût montré plus éloquent que ses devanciers; mais il était, pour tous ces braves, le fils de leur glorieux chef; et pas un d'eux ne songeait à se demander, comme peut-être on l'eût fait ailleurs, s'il convenait d'acclamer de la sorte un prêtre catholique, un membre de la Compagnie de Jésus.
C'est trop peu d'affirmer que la religion n'était pas, à leurs yeux, une marque de déchéance. Ils avaient chargé l'un des leurs, l'archevêque Ireland, d'invoquer Dieu en leur nom au commencement du repas ; et voici la prière qu'ils avaient tous écoutée avec un recueillement parfait :
Notre Père, qui es dans les cieiix, que ton nom soit sanctifié; que ton règne arrive; que la volonté soit faite.
Tu es maître el souverain de la terre et des cieux, des hommes
et des nations. Nous nous inclinons devant loi en hommage et en prière.
Nous l'adorons, ô Dieu; entre les mains, nous nous remettons, nous, tes créatures, tes enfants. Que ta loi soit le guide constant de nos pas; ton amour, la constante inspiration de nos pensées et de nos actes.
De toi découlent toutes les bénédictions : sois toujours, nous l'en supplions, notre prolecteur, notre père. Accorde-nous la force et la santé de l'âme, comme la santé et la force du corps. Laisse ta droite étendue sur nous en signe de pitié et de grâce.
Verse tes faveurs surnotre pairie. Accorde-lui paix et prospérité ; dote ses chefs de prudence ; ses défenseurs, de vaillance ; tout son peuple, de vérité et de droiture
Conserve, Seigneur, à l'Amérique ses libertés et l'union de ses Etals, en même temps que les bienfaits sociauv et nationaux pour lesquels, aux jours d'épreuve et de souffrance, ses fidèles enfants offrirent généreusement sur l'autel sacré du patriotisme le sang vif do leurs cœurs.
Ta gracieuse Providence nous a fait survivre à des marches accablantes et à de meurtrières batailles. En notre nom, au nom de nos défunts amis et compagnons d'armes, dont l'espi it, nous le sentons, s'unit à nous ce soir en ces fêtes fraternelles, nous t'en supplions tous : bénis la République des États- Unis.
0 Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, nous t'adorons, nous te louons, nous te prions de nous bénir.
Et ce même soir, dans l'intervalle des discours patriotiques, on chanta les hymnes nationaux dont le texte nous avait été distribué. On chanta Colombia, perle de VOcéan, la Bannière étoilée, le Campement du soir, la Marche de Géorgie, avec son refrain ôlectrisant : u Hurrahî hurrali! le drapeau qui vous rend libres, l/ie flag lluil malws you free! » Mais je ne trouvai rien de plus beau que le Chant de combat de la Képubliçue : >. Mes yeux ont vu la gloire du Seigneur qui approche... '^ , si ce n'est peut-être les deux
petites strophes d' America, le chant national par excellence :
My coimtry, 'tis of thee, Sweet land of liberty,
Of tliee I sing.
Land where our fathers died, Land of the Pilgrim's pride, From every mountain side
Let frcedom ring.
Our fathers' God, to thee, Author ol liberty,
To thee we sing.
Long may our land be bright, Wilh freedom's holy light, Protect us by thy might,
Great God our King.
« Ma patrie, c'est de toi, — douce terre de liberté, — de toi que mon chant parle. — Terre où nos pères sont morts, — terre des fiers Pèlerins (1), — dans tous les coins des montagnes — fais qu'on sonne la liberté.
« Dieu de nos Pères, à toi, — qui fis la liberté, — à toi nos chants. — Que longtemps notre terre brille, — du saint éclat de la liberté; — protège-nous par ta puissance, — grand Dieu, notre Roi. «
Ce fui bercé de ces airs généreux que je m'endormis pour la dernière fois dans la capitale des Etats-Unis. Ma mémoire cependant, pour les écouter, me reportait ailleurs que dans la salle du banquet d'Arlington. Etant allé, ce même jour, faire, avant de partir, mon pèlerinage à Mount-Vernon, je revoyais, parmi les arbres séculaires,
(1) Nom spécialement donné aux cent deux émigrants puritains qui, partis de Plymouth le 6 septembre 1620 sur le May Flower, débarquèrent au cap Cod le 11 novembre, fondèrent la colonie de New- Plymouth, et devinrent, peut-on dire, le premier noyau de la démocratie dùus la Nouvelle-Angleterre.
au sommet des prairies qui s'inclinent vers le Potomac, la résidence pieusement entretenue du fondateur de la République, les chambres où il vécut et celle où il est mort, les objets qui lui appartinrent et, en particulier, cette clef de la Bastille que La Fayette eut la belle inspiration de lui confier. Je revoyais, surtout, cette tombe majestueusement simple, où Ton a bien fait de n'écrire qu'un seul mot : Washington. « Le nom de Washington, a dit Chateaubriand opposant l'œuvre de ce grand homn)e à celle de Napoléon, le nom de Washington se répandra avec la liberté d'âge en âge, et il marquera le commencement d'une nouvelle ère pour le genre humain. »