A BORD DE LA « LOHUAINE
mot d'une mère distraite : « Va voir, chérie, ce que fait ta petite sœur, et dis-lui de ne plus le faire. » Pour contraster avec ma gentille troupe, voici un affreux bonhomme de dix ans, qui, lui aussi, paraît sans famille, et qui, le plus gravement du monde, vient nous dire qu'à notre âge on ne doit plus s'anmser. J'accueille avec intérêt cet échantillon spécial, et j'en tire tout ce qu'il peut donner : insolence, égoïsme, sérieux ridicule, tous ses défauts s'étalent à la première rencontre. Je m'ingénie à le retrouver, à l'aborder très gracieusement, pour voir s'il se tient ferme à son type; il est d'une constance admirable, et pas une seule fois ne trompe mon attente par la moindre politesse. Indépendant et bon, l'enfant américain est une créature charmante, digne à la fois de tendresse, comme les nôtres, et que, sans inconvénient, l'on peut traiter d'égal; indépendant et désagréable, c'est un monstre achevé.
On commençait à se faire à la nouvelle vie. Etrange vertu des facultés d'adaptation ! Il n'est pas jusqu'à ces bonnes sœurs dont on n'arrive à remonter le courage, tantôt par une plaisanterie, tantôt par un mot de confiance en Dieu. Ce qui réussit surtout, c'est de leur parler de:j grandes choses qu'elles pourront faire, de la tolérance qui les attend, du brillant avenir de l'Église aux États-Unis. Notamment, depuis mardi soir, depuis que nous sommes u de l'autre côté » , on dirait que la seule approche d'un monde vivant et libre agit sur leurs âmes dévouées, sur leurs neuves imaginations... Je ne m'étais jamais soupçonné une telle vocation d'aumônier de couvent. Les couvents, il est vrai, ne sont pas tous sur l'Atlantique; tous ne filent pas vingt nœuds et demi comme la Lorraine.