‹ Au pays de Mgr de LavalChapitre 13 sur 33 · I. « Nous n'avons point ici-bas de cité permanente · texte numérisé non relu

I. « Nous n'avons point ici-bas de cité permanente

casion de rappeler à ces braves gens que les biens de la terre, auxquels ils sont généralement si fort attachés, ne sont pas notre fin dernière ; que notre véritable et commune patrie à tous, quel que soit le pays que nous habitons ici-bas en passant, c'est le ciel ; qu'il faut aimer son pays, sans doute, et être de bons citoyens, mais qu'il faut estimer avant tout notre titre de citoyens du ciel, et ne pas mettre notre salut en péril par le péché ; que Mgr de Laval, un enfant de Montigny, une des gloires les plus pures de la France, quitta un jour, il y a plus de deux siècles, son pays natal, pour aller prêcher ces vérités dans l'Amérique du Nord, et y établir le règne de Dieu :

« Il y a, leur ai-je dit, sur les bords du Saint- Laurent, une nouvelle France, très attachée à l'ancienne, notre mère patrie, mais aussi, et avant tout, très attachée à l'Eglise et à la religion catholique. C'est Mgr de Laval, notre premier évêque, qui nous a appris à rester toujours Français et catholiques. »

Je leur exposai alors en peu de mots la carrière si méritoire de ce saint évêque, ses travaux apostoliques, ses vertus, sa vie de péni-

niais nous cherchons celle où nous devons habiter un jour. » (Heôr., XIII, 14).

tence et de mortification. Je leur fis voir que la gloire de ses travaux et de ses vertus rejaillit sur la contrée qui lui a donné le jour. Je les exhortai à se montrer dignes de leur ancien co-paroissien, Mgr de Laval, par une vie vraiment chrétienne, et surtout à prier beaucoup afin que l'Eglise leur permette d'honorer un jour sur ses autels leur illustre et saint compatriote.

« Vous avez vivement intéressé votre auditoire par le récit de la vie du vénérable François de Montmorency-Laval «, m'écrit M. Cauchy, châtelain et maire de Montigny, au moment ou je termine cette lettre. Et il ajoute, avec sa bienveillance ordinaire : « Votre passage à Montigny laissera d'excellents souvenirs dans la population. »

Heureux serai-je, du moins, si j'ai pu contribuer à y réveiller quelque peu le souvenir de Mgr de Laval ! Rien d'étonnant, du reste, que ce souvenir y soit si effacé : il y a plus d'un siècle et demi, que le nom de Laval est complètement disparu de cet endroit et qu'il n'y est plus question de cette famille. L'on semble, d'ailleurs, si indifférent, dans les campagnes de France, aux choses du passé !

Aujourd'hui l'attention des habitants de Montigny est vivement attirée sur notre saint

prélat. On leur a fait connaître sa vie, ses travaux, ses vertus, ils savent que l'on s'occupe de le faire canoniser, et ils paraissent s'intéresser à une cause qui doit leur être aussi chère qu'à nous-mêmes.

Prions, monseigneur, pour ce petit peuple de Montigny, qui laisse tant à désirer au point de vue chrétien. Il n'y a pas d'hostilité, chez lui, à proprement parler, mais beaucoup d'indifférence religieuse.

Recommandons-le à Mgr de Laval. Il me semble impossible que le pieux évêque reste indifférent, du haut du ciel, à la situation religieuse de son pays natal, et que celui qui a tant fait pour la religion dans notre propre pays n'obtienne pas pour le sien un retour à une foi plus pratique, à une vie foncièrement chrétienne ....

Saint-André de l'Eure, 8 mai 1891.

Je VOUS ai promis, M. le Principal, quelques détails sur les paroisses que j'ai visitées aux environs de Montigny. Commençons par Brezolles.

C'est le chef-lieu du canton dont dépend Montigny. Les cantons eux-mêmes dépendent des archidiaconés. Brezolles est dans l'archidiaconé de Dreux.

Les curés de canton sont inamovibles, au point de vue civil et ecclésiastique : les autres ne le sont pas, et n'ont droit qu'au titre de desservants^ de même que leurs paroisses ne sont que des succursales. Brezolles a dix-neuf succursales, dont douze seulement ont des curés résidents.

Le curé de canton, appelé aussi doyen ou curé-doyen, n'a pas, je crois, de véritable autorité sur ses confrères. Il me paraît être tout au plus, à leur égard, ce que sont nos présidents de conférences, ce qu'étaient nos anciens

àrcliîprêtres. Ce qu'il y a de plflS pmtîqne dans son titre, à part l'inamovibilité, c'est que Je gouvernement lui donne un traitement Mû peu plus considérable qu'aux autres K

Du reste, il y a parmi les cures de canton •elles-mêmes des cures de première et de deuxième classe. Brezolles est de la dernière catégorie.

Les chefs-lieux de canton sont ordinairement de petites villes. Brezolles peut à peine mériter ce nom, car il y a à peine mille âmes.

Mais si Brezolles a peu d'importance au point de vue de la population, de l'industrie et des affaires, il est extrêmement intéressant au point de vue historique et archéologique.

Son nom lui vient d'un mot gaulois qui veut dire broussailles^ petit bois^ nous faisant ainsi remonter, dit un auteur, « à l'époque où les forêts qui couvraient notre sol furent essartées pour faire place à la civilisation du christianisme. »

La tradition assigne à Brezolles la plus haute antiquité. C'était un des endroits du pays chartraiu les plus en vue pour le culte druidique. De larges et magnifiques voies

I. Inutile de faire remarquer de nouveau que ceci était écrit avant la suppression du Concordat.

romaines, dont on voit encore des traces, passaient par Brezolles ; et le pays se couvrit au moyen-âge d'un grand nombre de châteaux forts, où les seigneurs du Thimerais, alliés aux comtes du Perche et au roi de France, opposèrent aux invasions normandes une résistance invincible.

La seigneurie de Brezolles et de tout le Thimerais appartenait, au onzième siècle, à une noble famille du nom de Ribaud, qui reçut d'un de ses membres, Albert ou Aubert Ribaud, aussi remarquable par sa sainteté que par son courage, le nom patronymique ai' Aubert.

Vous vous rappelez que Thomas Aubert était, vers la fin du quinzième siècle, seigneur de Montigny-sur-Avre et de Montuel ^

Ingulfe Ribaud fonda, au commencement du onzième siècle, l'église de Brezolles en l'honneur de saint Germain d'Auxerre ; et son fils Albert, dont j'ai mentionné le nom tout-àl'heure donna plus tard cette église, avec des biens considérables, à l'abbaye de Saint-Père de Chartres. Dans le contrat de donation, il n'oblige les moines qu'à prier pour le salut de son âme et de ses parents. Il les exempte de

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