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I. L'abbé Chasles était curé de Brezolles depuis

autant de solennité et d'entrain que si l'église avait été remplie de fidèles.

Le clergé français aime l'étude, se tient au courant, amasse des trésors de science. Espérons qu'avec le temps il réussira à se rapprocher de plus en plus du peuple, à triompher de vieux préjugés, dont nous ne pouvons comprendre, en Amérique, toute la puissance, et reconquerra la salutaire influence à laquelle il a droit, et qui serait si nécessaire pour contrebalancer tant d'influences néfastes. « En définitive, disait un jour Mgr Mermillod, le peuple sera avec ceux qui l'auront le plus aimé et le mieux servi. »

Des dix-neuf communes du canton de Brezolles, j'en visitai quatre, à part Montigny : Bérou, Rueil, Fessanvilliers et Revercourt. Ces deux dernières ont leur église, leur presbytère, leur cimetière, et avaient autrefois un curé résident. Elles sont desservies aujourd'hui par le curé de Montigny et offrent d'ailleurs peu d'intérêt.

La seigneurie de Revercourt a appartenu à la famille de Mgr de Laval. Mais le château actuel d'Arbouville, qui est sur son territoire, est moderne.

J'ai remarqué dans le cimetière de Revercourt, sur une pierre sépulcrale, le nom de

Boquet, qui m'a fait penser à ce bon serviteur des Jésuites que la Mère de l'Incarnation, dans son langage pittoresque, appelait le « courrier apostolique ».

Rueil et Bérou, comme Montigny, sont toutà-fait sur la frontière du département d'Eure et Loir. Le voisinage de la rivière Avre et le grand nombre de bosquets et de collines qu'elles renferment font de ces deux communes un pays charmant.

Montbaudry et Alaincourt sont deux petits hameaux qui appartenaient autrefois à la famille de Laval. Le premier est tout près de Rueil, mais dans le département de l'Eure ; le second, près de Montigny.

Tout près de Montigny, aussi, dans le département de l'Eure et le diocèse d'Evreux, se trouve la jolie commune de Courteilles. J'ai vu là le château où résidait le bon et honnête duc de Richelieu, qui fut ministre sous la Restauration K Ce château occupe une belle position sur une colline, en face de Montuel. Le duc de Richelieu repose dans le cimetière qu'entoure la petite église de Courteilles.

I « Jamais il n'a existé iin plus beau caractère que le sien, une plus belle âme. » {Souvenirs du chevalier de Cussy, t. I, p. 153).

Tillières-suT-Avre, égalemeut dans le diocèse d'Evreux, mais tout près de Alontigny. est une paroisse importante, de plus de douze cents âmes. C'est une station de chemin de fer sur la ligne de Paris à Granville ; et il y règne beaucoup de mouvement et d'activité. L'église de Tillières est très belle : le chœur, surtout, est remarquable par ses sculptures et son cachet d'antiquité.

C'est à Tillières qu'était curé, il y a quatre ans, l'abbé Meugnier. Il a été transféré, depuis, au chef-lieu de canton, Saint-André \ Je lui devais une visite.

Vous vous rappelez, M. le Principal, le service qu'il me rendit lorsque j'entrepris d'écrire la vie de Mgr de Laval. Sur le lieu de naissance de notre prélat, nous ne savions à peu près rien ^. J'avais vu pourtant quelque part une lettre de Mgr de Laval adressée « à Monsieur le maître de poste de Tillières, pour remettre à M. de Montigni, à Montigni ». J'écrivis au curé de Tillières. Il me répondit aus-

1 II est maintenant curé-doyen de Broglie, arrondissement de Bemay.

2 L'abbé Bois faisait naître Mgr de Laval « à Laval, dans le Maine!» l'abbé Edmond Langevin, comme M. de Latour, « dans le diocèse de Chartres », mais sans plus de précision.

sitôt qu'en effet il y avait un Montigni près de Tillières, que la famille de Laval y avait habité autrefois, et que j'avais lieu de croire que le premier évêque de Québec était né à Moutigny-sur-Avre. Peu de temps après, la lettre de M. Tremblay, indiquant clairement Montigny comme « le lieu de naissance » de Mgr de Laval, vint confirmer l'assertion de j\L le curé de Tillières.

Saint-x\ndré est à peu près à mi-chemin entre Dreux et Evreux oii je me rendais.

Je quittai Montigny-sur-Avre pour Tillières à midi, saluai en passant les curés de Bérou et de Tillières \ et pris à deux heures le train pour Dreux sur la ligne de Paris à Granville.

De Dreux à Evreux il y a une autre ligne de chemin de fer, qui suit la vallée de l'Eure. On passe près de Saint-George, où la rivière Avre se jette dans l'Eure, près de la forêt d'Ivry, non loin de cette plaine fameuse illustrée à jamais par la victoire que Henri IV remporta sur la Ligue, après avoir électrisé ses soldats par cette parole désormais historique : « Regardez mon panache blanc. Suivez-le ; vous le trouverez toujours au chemin

I. Le curé de Bérou était l'abbé Tardiveau, celui de Tillières, l'abbé Lécuyer.

de l'honneur et de la gloire. » Puis, après la victoire, au maréchal de Biron, qui le complimentait : « M. le maréchal, dit-il, il faut louer Dieu, car la victoire vient de lui seul ! ^ » N'est-ce pas, presque mot pour mot, la parole de notre Montcalm, après Carillon?

La vallée de l'Eure est d'une grande richesse. C'est une autre Beauce, un jardin à perte de vue.

J'admire de plus en plus la campagne, en France. Il n'y a pas ici, comme chez nous, ces clôtures disgracieuses qui gâtent l'aspect d'une vallée ou d'une colline. Les maisons ne sont pas isolées, non plus, comme au Canada : elles sont ordinairement groupées, au moins trois ou quatre ensemble. Les métairies, avec leurs communs et leurs dépendances, sont généralement entourées d'un mur en pierre, comme avait fait Mgr de Laval pour sa Grande-Ferme de Saint- Joachim ; et, en dehors de cela, c'est la campagne vaste et dégagée, dans toute son étendue.

Partout, des chemins construits à la perfection, bien arrondis et empierrés, sans jamais de boue ni d'ornières ; et çà et là, sur le bord de la chaussée, des tas de pierre concassée, afin

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