Dictionnaire historique du département de V Eure
tous les biens de l'Estrée... Elles entrèrent dans la filiation de Pontigny. Une notable partie des bâtiments de l'abbaye existe encore . . . « ^.
I « L'église n'existe plus ; mais il reste un certain nombre des anciens bâtiments de l'abbaye. Ces bâtiments ne datent pas de sa fondation, mais remontent à l'époque Louis XIII ou Louis XIV. Il y aurait un vieux moulin qui remonterait à une époque antérieure, ainsi que l'indiquent ses arcades ogivales.
« L'abbaye est située sur la paroisse de ÏNIuzy, et appartient à M. Paul-Firmin Didot, fils du célèbre éditeur...» (Lettre de M. l'abbé Meugnier, curé de Saint- André de l'Eure, à l'auteur, 29 décembre 1891).
Evreiix, i6 mai 1891.
Mgr Hautin n'est évêque d'Evreux que depuis quelques mois \ et déjà il semble posséder les cœurs de tous ses prêtres. Ancien di" recteur de séminaire, il a acquis la connaissance et la pratique des hommes. Plus récemment, vicaire général de l'évêque actuel d'Orléans ^, il s'est formé au maniement des affaires. Il jouit d'une grande réputation de sagesse, de bonté et de fermeté ^.
Je ne l'avais vu encore que de loin, à une profession religieuse aux Ursulines, et aux exercices du mois de Marie. Sa taille est un peu au-dessous de la moyenne ; mais il a un grand maintien ecclésiastique et beaucoup de dignité, tempérée par un air doux et modeste.
1 II fut préconisé évêque le 26 juillet 1S90.
2 ^Igr Couillé, aujourd'hui cardinal archevêque de L} on .
3 Transféré, depuis, à l'archevêché de Chambéry, il est mort les années dernières.
C'est un homme déjà clans la soixantaine, mais encore plein de vigueur et de santé.
J'ai été admis avant-hier à lui présenter mes hommages. Il m'a accueilli avec beaucoup de bienveillance. Il s'est informé de Son Eminence le cardinal Taschereau, de l'Eglise du Canada, et de la ctuse de béatification de Mgr de Laval, à laquelle il porte un vif intérêt, notre pieux prélat ayant été si longtemps attaché à son diocèse.
C'est une bonne fortune pour un diocèse d'avoir à sa tête un homme à la fois ferme et conciliant comme Mgr Hautin, aimant plus le bien que le bruit, inaccessible à la louange et aux flatteurs \ tout dévoué aux intérêts de son Eglise, et surtout, si attaché au saint-siège.
Ne regrettons pas trop pour la France les temps passés : oii sont les évêques jansénistes et gallicans d'autrefois?
Il y a de la piété à Evreux : la nef de la cathédrale se remplit tous les soirs pour le mois de Marie. Je suis charmé d'y entendre nos beaux cantiques canadiens : En cejoîir^ ô bonne Madone ; Tendre Marie ; Mèrede Dieu^ quelle magnificence^ etc, sans compter les mo-
I i< Pessimum inimicorum genus, laudantes », dit Tacite ( Vita Agricoles).
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têts latins en plain-chant, dont les airs sont absolument les nôtres. Je me croirais véritablement à Québec.
Ce sont les élèves des Frères qui sont chargés du chant ; et il y a parmi eux des voix d'une suavité admirable. J'ai entendu hier soir un Panis angeliciis vraiment ravissant.
J'ai remarqué beaucoup de monde à la messe le matin ; il y a aussi bon nombre de communions. Tout cela confirme ce que je vous ai déjà dit, que c'est surtout dans les campagnes, en France, que la foi laisse à désirer : dans les villes, parmi les classes éclairées, il y a un grand retour à la vie chrétienne.
Vous voyez, M. le Principal, que je prolonge un peu mon séjour à Evreux. C'est qu'il y avait ici beaucoup à glaner.
Les archives de l'évêché ne sont pas comparables, sans doute, à celles de la préfecture. Il y a cependant les papiers de Boudon et les histoires manuscrites de Boudon et des évêques d'Evreux où je pouvais m'attendre à trouver quelque chose.
Dans les papiers de Boudon, j'ai trouvé une lettre, assurément inédite, que lui adressait Mgr de Laval en 1692. On l'a négligée, je crois, parce que la signature du prélat a disparu ; mais la lettre est certainement de son
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écriture. L'ancien évêque de Québec exprime à son ami, presque dans les mêmes termes qu'il écrivait à M. de Denonville \ l'affliction qu'il ressent à la vue des changements opérés dans son séminaire par son successeur. Ce sont les mêmes cris de douleur, c'est aussi la même résignation à la volonté de Dieu :
« J'estime qu'à mon égard, dit-il, c'est la plus grande grâce que Notre-Seigneur me pouvait faire, dont je le loue et le bénis, et sa sainte Mère . . . Joignez vos prières aux nôtres, afin que Notre-Seigneur se glorifie lui-même selon son bon plaisir ...»
Il y a aussi deux lettres très belles que je devrais insérer quelque part dans une seconde édition de mon livre : une de M. Poitevin, curé de Saint-Josse, racontant à Boudon les derniers moments du P. Bagot, à Paris ; l'autre de Boudon à M. Bourdoise : le pieux archidiacre fait le récit d'une mission qu'il avait donnée à Montigny-sur-Avre, et nous montre pour ainsi dire à l'œuvre le grand esprit chrétien qui régnait dans la famille de Laval -.
J'ai copié quelques lettres d'un AI. de Mai-
1 Vie de Mgr de Laval, t. II, p. 421.
2 Le Vénérable François de Montuiorency-Laval, 1901, p. 51 et 196.
zerets, probablement le frère du nôtre : elles sont de 1652 et 1653, et adressées de Pari5 à Boudon, qui habitait alors Rouen. C'était l'époque de la Société des Bons-Amis-,
Ces lettres respirent un parfum exquis de piété: «Je ne manquerai pas, dit le jeune homme, le premier janvier 1653, ^^ "^^ trouver sur le tombeau du P. de Condren le jour de sa fête ; je vous prie de vous y trouver d'esprit. Le P. Bagot m'a permis de faire le vœu de virginité pour toujours. Je l'ai fait à la messe de minuit et l'ai renouvelé et mis entre les mains de la sainte Vierge par le moyen de notre bon ami saint Jean l'Evangeliste le jour de sa fête. »
Il est souvent question, dans ces lettres, de ^I. de Montigny : « Nous avons écrit à M. de ÎNIontigny il y a longtemps sans avoir de réponse ... Il y a deux jours que nous reçûmesses deux lettres. Il nous mandait qu'il avait été bien malade, ce qui avait été cause de son retardement à écrire. Il recommandait aux prières une affaire bien de conséquence pour le déterminer à venir avec nous, qui sont ses partages, qu'il espère bientôt faire. Il nous mandait qu'il nous enverrait de l'argent bientôt (13 décembre 1652). «
François de Laval était probablement occupé
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alors à régler ses affaires de famille, avec sa mère et son frère cadet Jean-Louis, dans la pensée de résigner le plus tôt possible son archidiaconé d'Evreux, comme il le fit en effet à la fin de 1653, ^^ d'aller ensuite rejoindre ses amis, soit à Paris dans la Congrégation du P. Bagot, soit à l'Ermitage de Caen.
« Je vous assure, écrit encore Maizerets à Boudon, que je serais bien heureux d'aller à Caen, à présent, dans un temps ou M. de Bernières a de grandes lumières sur toutes sortes de vertus- .. J'espère que vous aurez là bien du contentement, et que vous avancerez beaucoup par la conversation de ce grand serviteur de Dieu ; car on nous assure que ses paroles sont toutes pleines d'onction, et l'on voit bien qu'elles viennent de l'Esprit de Dieu. C'est là le sentiment de la mère du Saint-Sacrement. »
Boudon était donc à cette époque à l'Ermitage, ou du moins à' la veille de s'y rendre ; mais il n'y fut pas longtemps, car il entra en fonctions comme archidiacre d'Evreux le 27 juin 1654 ^ Quelques mois plus tard, le 1^^ décembre, M. de Bernières lui écrivait : « M. de Maizerets et tout l'Ermitage vous salue. »