I. Histoire manuscrite de Boudon
Le jeune de INIaizerets était donc à son tour à l'Ermitage de Caen, et il est probable que Mgr de Laval s'y trouvait aussi.
J'ai trouvé dans les papiers de Boudon plusieurs lettres de M. Glandelet : elles donnent une haute idée de la foi, de la piété et de la vertu de cet ancien prêtre du séminaire de Québec. En voici une du 15 novembre 1689: la crise provoquée par les changements que Mgr de Saint-Vallier voulait faire au séminaire commençait ; et la situation religfieuse du pa^'s se compliquait du massacre de Lachine :
«Vous avez raison, monsieur, écrit Glandelet à Boudon, de me dire que le démon fera ses efforts pour cribler cette Eglise, et qu'il dresse de grandes et terribles batteries pour cela ; et j'entrevois une grande secousse que cette pauvre Eglise naissante pourrait avoir, si Dieu tout bon ne la protégeait ; mais il faut espérer qu'il le fera. Je pressens, du reste, un grand et admirable bien qui peut nous venir par l'humiliation. J'ai seulement besoin d'une grande force, et j'espère que Notre-Seigneur, par l'intercession de son aimable ^lère, ne me la refusera pas.
« Je vous réjouirai, monsieur, de vous dire que nous avons fait, cette année, des dévotions
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assez particulières pour honorer les saints Anges . . . , dans un temps où la main terrible de Dieu, juste vengeur des crimes, était appesantie sur nous, par le moyen des Iroquois, qui ont tué, emmené captifs, brûlé, et fait des cruautés inouïes à plus de trois cents Français, étant venus fondre au nombre de quinze cents, le 15 août dernier, sur les extrémités de l'île de Montréal, où les Messieurs de Saint-Sulpice ont leur séminaire, s'étant répandus en chaque maison le long de cet espace de chemin, sans qu'on s'en donnât de garde.
« Je fis faire une neuvaine à nos femmes de l'association de la Sainte-Famille. . . »
Sept ans plus tard, le malaise n'a pas encore disparu complètement de l'Eglise du Canada. M. Glandelet écrit le 10 octobre 1696 :
« Nous sommes toujours dans l'attente du succès qu'il plaira à la divine Providence de donner aux affaires de cette pauvre Eglise, pour son entière paix. Je me suis senti inspiré de m'abandonner plus que jamais à ses aimables soins, en lisant, le jour de saint Denys \ ces paroles de l'évangile de la messe : Vesti'i capilli capitis omttes immerati simt ^. Tous
1 C'est-à-dire la veille du jourqu'il écrivait cette lettre.
2 Luc, XII, 7 : « Les cheveux de votre tête sont tous comptés. »
nos maux ne viennent que de nos défiances et peu d'abandon. Offrez-moi, monsieur, selon votre pouvoir, à Jésus, IMarie et Joseph et aux saints Anges. »
Voici enfin des jours meilleurs. Il écrit le 8 octobre 1698 :
(( Ma mère vous prie bien de ne la point oublier devant Notre-Seigneur. . . ; elle approche de quatre-vingts ans. Mgr notre ancien évêque est, à ce que je vois, votre aîné d'un an. Mgr de Québec (Saint-Vallier) est bien maintenant avec nous, et nous sommes en paix, grâces à Dieu. »
Je cite la dernière lettre presque en son entier : elle est du 5 octobre 1701 :
« Après la lettre que je viens de me donner l'honneur d'écrire à ]\I. Thomas pour le remercier de sa pieuse libéralité, au nom de toutes les personnes qui y ont part, il est juste qu'on vous en remercie encore davantage, puisque c'est de vous que nous viennent ces livres, qui ont été, qui sont et qui seront très utiles à beaucoup d'âmes.. . Nous les lisons souvent en notre réfectoire, et je les fais lire aussi en celui des monastères de filles.
«Il nous est arrivé du changement depuis l'année passée. Nous avons perdu M. de Bernières, doyen de notre cathédrale, neveu du
Chrétien Intérieiir. Le chapitre m'a élu à sa place, et je voudrais bien qu'en me faisant succéder à sa dignité, il m'eût fait succéder à ses vertus, qui étaient remarquables, surtout son humilité, sa charité, et sa grande et longue patience dans les incommodités continuelles qu'il avait, dont il ne parlait jamais, et qui ne l'ont point empêché d'être constamment assidu à tous les exercices de la cathédrale et du séminaire.
(f Mgr l'Ancien a été malade à l'extrémité ; mais il en est réchappé ; et l'on ne peut mieux se porter qu'il fait pour une personne de son âge.
n Hélas ! la vie se passe, et je me vois toujours le même, si je ne suis pire que je n'étais. Je goût'^ toujours bien les bonnes choses, mais ce goût me paraît fort équivoque ; et l'on n'est pas sauvé pour avoir goûté et savouré les choses de la vertu, mais pour les avoir pratiquées. C'est oii je me trouve court.
(' Ma mère vit encore ; je la recommande à vos prières.
a Je vous remercie, monsieur, de la sainte liaison que vous me faites contracter avec M. Thomas, que je sais être un fidèle serviteur de de Notre-Seigneur, de la très sainte Vierge et des bons anges ...»
Boiidon, à qui ces lettres étaient adressées, mourut l'année suivante (1702); et M. Thomas écrivit l'histoire de sa vie. Le manuscrit est à l'évêché d'Evreux, et daté de 1706 : il a pour titre : L^ homme de Dieu seul, ou la Vie du Vénérable serviteur de Dieu, Messire Henri-Marie Boudon. J'en ai extrait plusieurs passages relatifs à Mgr de Laval, à la Congrégation du P. Bagot et à l'Ermitage.
J'ai copié aussi quelques extraits de l'histoire manuscrite des évêques d'Evreux, par Delanoë.
Cet ouvrage qui a beaucoup de valeur historique, rend un beau témoignage à l'esprit ecclésiastique de Mgr de Péricard. Ce n'était pas du tout un évêque de Cour : «A l'exemple de son oncle, dit M. Delanoë, François de Péricard ne sortait que lorsque la nécessité l'exigeait." Et ailleurs : « M. de Péricard conféra par lui-même un grand nombre de bénéfices pendant son épiscopat, ce qui prouve de la part de ce prélat une résidence assidue et vraiment édifiante.» Je lis encore : «Jamais dans le diocèse d'Evreux aucun évêque n'a concouru en si peu de temps à la fondation de tant de monastères, comme M. de Péricard. Il reçut celle de l'abbaye de Verneuil, à laquelle il a contribué, et où son cœur repose.»
Bnfin, un dernier détail, sur la famille de -cet évêque : «La famille de Péricard a un caveau dans la paroisse de Saint-Laurent, à Rouen. On le voit dans la chapelle de Sainte- Marguerite. On lit ces mots sur le marbre qui le recouvre : Familia Pericardia hic resurrectionem expectat ^»
. . . Je passerai, M. le Principal, la fête de la Pentecôte à Evreux, et partirai lundi pour la ville de Caen . , .