‹ Au pays de Mgr de LavalChapitre 20 sur 33 · I. Voir plus haut, p. 52 et · texte numérisé non relu

I. Voir plus haut, p. 52 et

« J'ai négligé de lui écrire depuis mon éloignement de France. J'ai pensé le faire cette année; mais j'ai voulu avoir auparavant vos sentiments et savoir l'état dans lequel il est.»

Il y a une autre lettre portant la même date : elle a été publiée dans la Vie de Mgr de Laval^^ à part le passage suivant qui la termine :

(f Nous sommes, grâces à Dieu, plus paisiblement que nous n'avons été les années passées en ce pays, par le retour que M. de Tracy y a fait depuis un an. Il y passera encore cette année. C'est une personne de mérite et de piété. Il est présentement dans le pays des Iroquois, en personne, avec quatorze ou quinze cents hommes, dont nous avons sujet d'espérer un bon succès, Dieu aidant. Il y aura ensuite une grande liberté.

«J'écris à Mgr d'Evreux. Vous lui donnerez ma lettre. Je n'ai pas cru me pouvoir dispenser de rendre le témoignage que je dois à votre vertu et à votre innocence. C'est à Notre- Seigneur à la manifester, et non pas aux hommes. Ainsi, mon cher monsieur, disons : Expecta paulisper^ donec ïtnpleatur numenis fratrum vesiroriim. Priez bien pour moi, je vous en conjure, et pour toute notre église. . .»

j. Tome 1er, p. 67.

Une troisième lettre, du 6 novembre 1677, a été également publiée, à part le passage suivant qui semble avoir été écrit en postscriptum :

« J'ai été incommodé et retenu à la chambre pendant tout l'hiver, de fluxions et autres in- <;ommodités. L'on m'a fait un cautère pour voir si cela n'en détournerait point le cours ; mais il ne fait pas grand effet.

« Je vous envoie les deux actes que vous m'avez demandés.

« Donnez-nous tous les ans de vos nouvelles : •elles nous consolent dans nos tribulations. »

Une quatrième lettre renferme des passages qui ne me semblent pas inconnus. Je la cite pourtant en son entier. Elle est du 27 août 1664 :

« Monsieur, j'ai reçu vos chères lettres qui ne respirent que Dieu seul et l'amour de Jésus et Marie, du glorieux saint Joseph et des saints Anges. L'indisposition où je suis m'oblige de me servir d'une autre main que la mienne pour vous écrire.

(( Ma santé n'a pas été beaucoup meilleure pendant la plupart de cette année, et néanmoins nous sommes accablés de beaucoup d'affaires. Dieu soit loué de tout ! Faites en sorte par vos prières et celles des bonnes âmes avec qui

vous communiquez, que Jésus-Christ soit connu et aimé dans le Canada et des Français et de& Sauvages, et qu'il lui plaise donner bénédiction à l'établissement du Séminaire et du Clergé où nous travaillons.

(c Monsieur Forest repasse en France ^ Ce bon jeune homme ne nous était pas propre. On a pris beaucoup de peine pour le former^ mais sans fruit. Je vous renvoie ces lettres, avec son dimissoire. Vous les lui rendrez, sans lui faire connaître que vous nous les aviez envoyés. Il a besoin de recommencer sa philosophie pour être capable d'étudier en théologie.

« Tous nos ecclésiastiques vous saluent et se recommandent à vos prières. Adieu ; ne m'oubliez pas au saint autel. »

L'abbé Hugonin m'a mis en rapport avec un chanoine de la cathédrale, l'abbé Niquet, homme instruit, et tout dévoué à la mémoire de Boudon et de Mgr de Laval l M. Niquet m'a fait visiter en détail l'immense cathédrale de Bayeux.

Toutes ces cathédrales de France ont ceci de particulier, que les beautés de l'une ne

1 Un des cinq premiers élèves du grand séminaire de Québec. Journal des Jésuites, p. 322.

2 Je lui dois une belle photographie du fondateur de l'Ermitage de Caen, ]\I. de Bernières.

peuvent faire oublier les beautés de l'autre : il y a dans toutes de quoi admirer, sans jamais se rassasier. IMême quand on a vu une merveille comme Chartres, on ne peut se lasser d'admirer Evreux, Caen ou Bayeux^

La cathédrale de Baveux est une des plus vastes que j'aie encore vues. Ses nefs se déploient avec une majesté incomparable.

Elle a été rebâtie aux onzième et douzième siècles. La crypte doit remonter à une époque encore plus ancienne : elle est extrêmement intéressante, avec ses belles fresques antiques' et l'inscription curieuse que l'on remarque audessus de la porte par laquelle on y descend.

J'ai beaucoup admiré, dans la salle capitulaire, le vieux dallage, avec sa rosace, en brique très ancienne.

I « Ces innombrables monuments de l'architecture du moyen-âge qui parsèment de leurs formes élégantes et nobles les moindres hameaux de nos campagnes, ou se cachent dans les rues les plus obscures de nos vieilles cités, comment sont-ils venus, comment ont-ils passé là? Quel cerveau en a conçu le plan ? Quelle main en a couronné le faîte ? Personne ne le sait. C'est une germination naturelle du sol. Nos vieilles cathédrales et nos vieilles abbayes élèvent leurs rameaux vers le ciel comme nos chênes et nos hêtres élèvent leurs rameaux. Ceux qui les ont conçues et construites, tout occupés de l'éternité et de Dieu, n'ont pas fait confidence de leur nom à la postérité et à la terre.» (M de Broglie, dans le Correspondant de 1868, t. IV, p. 187).

L'abbé Niquet m'a montré là titre relique très précieuse : une chasuble de saint Regnobert conservée dans une châsse en ivoire qui remonte à Charlemagne lui-même. La châsse porte prhna facie son cachet d'authenticité.

Bayeux n'est qu'à deux ou trois lieues de la mer. Il y a des diligences qui font journellement le service de la ville à Port-en-Bessin. J'eus la curiosité de m'y rendre.

Le temps était beau et serein ; et quoiqu'il fît un peu froid, je m'installai sur l'impériale pour contempler à mon aise les beaux vergers et les gras pâturages de la Basse Normandie, ainsi que les vieux châteaux, avec leurs tourelles, que l'on aperçoit çà et là sur la crête des collines ou dans les plis des vallons.

Port-en-Bessin est un des mille établissements de bains de mer qui bordent la Manche. Il y a là de magnifiques jetées, des villas, de belles promenades. Les eaux de la Manche sont rarement tranquilles ; et c'est un plaisir de les voir venir se briser sur les falaises du rivage.

A Port-en-Bessin, je n'étais qu'à quelques lieues de Bernières et de Notre-Dame-de-la- Délivrande, de même qu'à Bayeux l'on n'est pas très loin de Louvigny, non plus que du

pays de Marie des Vallées ^ J'aurais aimé visiter tous ces lieux dont les noms se rattachent à tant de souvenirs qui intéressent l'histoire de notre Eglise, et spécialement celle de Mgr de Laval. Mais il faut savoir se borner. J'ai fini mon excursion en Normandie,et je reprends le chemin de la grande capitale de la France.

I Mgr de I,aval et le P. Eudes professaient une grande vénération pour IMarie des Vallées. D'après 'M. de Latour, le premier évêque de Québec fit un pèlerinage à son tombeau. Le P. Eudes écrivit sa vie, et en envoya une copie à Québec à ^Igr de Laval. Cet ouvrage était encore au Séminaire il y a quelques années. » C'était, m'a dit le regretté abbé Rhéaume, un gros volume manuscrit d'au delà 500 pages, bien écrit, bien conservé, bien relié en veau, et la seule copie, paraît-il, qui existe, l'autre copie, celle du P. Eudes, ayant disparu. La copie qui avait été envoyée au Séminaire à Mgr de Laval est maintenant, m'a-t-on dit, entre les mains du P. Le Doré. »

Paris, 2 juin 1891.

... Je revenais la semaine dernière de mon pèlerinage aux principaux endroits oii a vécu Mgr de Laval, en France, avant de passer au Canada : Chartres, Montigny-sur-Avre, Evreux, Caen, Bayeux ; et j'allai rendre visite à M. Mercier, que je n'avais pas encore eu le plaisir de rencontrer à Paris :

« J'arrive moi-même de Chartres, me dit-il. Mgr Lagrange m'a accueilli avec une sympathie que je n'oublirai jamais, et m'a donné l'hospitalité dans son palais épiscopal.

(( Dimanche dernier, je suis allé à Santeuil ^, où le curé de l'endroit, l'abbé Cantenot, m'avait invité à adresser la parole à ses paroissiens à la suite de la messe. Dimanche prochain, je vais à Tourouvre,pays de mes ancêtres. Voulezvous m'y accompagner?»

« Très volontiers, lui répondis-je. Moi aussi,

1 Extrait du Paris-Canada.

2 Petite commune de 275 âmes, dans le canton ou doyenné d'Auneau, archidiaconé de Chartres.

je suis originaire de ce pays-là : j'aurai donc le plaisir de voir la terre de mes aïeux. »

Je dis ma messe de très bonne heure dimanche matin ; puis j'allai rejoindre M. Mercier et ses aimables compagnons pour me rendre avec eux à la gare ISIontparnasse. M. Shehyn fut retenu par les affaires à la maison.

En quelques heures le train rapide de Paris à Granville nous conduit à Laigle, et nous voyons se dérouler devant nous ces tableaux ravissants que vous connaissez : Maintenon, Versailles, Dreux, Verneuil, les plaines si riches de la Beauce, puis les campagnes non moins intéressantes de l'ancien Perche.

A Tillières-sur-Avre, où le train n'arrête pas, je salue de loin Montigny, lieu de naissance de Mgr de Laval, qui n'en est distant que de quelques kilomètres.

Nous voici à Laigle. Ici, il faut changer de train pour aller à Tourouvre. Nous avons maintenant un train-omnibus, qui nous permet d'examiner plus à loisir les campagnes que nous traversons. Comme ces paysages sont bien « canadiens ! » Ces collines verdoyantes que nous voyons là-bas, ces ravins pittoresques, ces forêts de hêtres, de chênes, de sapins, de platanes, surtout, qui imitent si bien l'érable, ces maisons disséminées un peu çà et là, tout

cela est-ce bien la Normandie? n'est-ce pas plutôt le Canada, surtout dans les environs de Québec, ou mieux encore dans les Cantons de l'Est?

Déjà, aux différentes gares, nous avons pu constater la grande similitude du type canadien et du type normand. Ah, oui, nous sommes bien normands ! Examinez ces physionomies, ces allures, ces gestes : tout cela ne se retrouvet-il pas au Canada ? Ecoutez 'parler ces Normands, ces Normands de l'Orne, surtout : comme au Canada, ils disent presque toujours 071 au lieu de notis^ et leur a — je l'ai bien remarqué— est presque aussi ouvert que celui des Canadiens.

Voyez encore ces femmes si bien mises, et en même temps si réservées, si polies, si bienveillantes : n'est-ce pas encore la femme canadienne du moins dans la plupart de nos bonnes localités?

A Tourouvre, M. Mercier est l'objet d'une véritable ovation. Le curé-doyen, son vicaire ^, le maire de la commune et tous les principaux personnages des environs, le comte de Charencey, entre autres, et le docteur Chamousset,

1 L'abbé Eugène Duval, aiajourd'hui curé de Courteille d'Alençon.

qui sont venus de plusieurs lieues, des centaines de personnes sont à la gare pour souhaiter la bienvenue à l'hôte distingué qui vient visiter le pays de ses ancêtres. La joie est peinte sur tous les visages.

Nous nous acheminons vers le presbytère, par une magnifique allée plantée d'arbres pour la circonstance, ornée de drapeaux et d'oriflammes.

A l'entrée du presbytère se lisent ces deux inscriptions: Vive le Canada ! — Honneur à notre illustre compatriote !

Ce presbytère est monumental. Il faisait autrefois partie du château des De Voves, illustre .'famille anoblie à l'époque des Croisades, qui possédait la seigneurie de Tourouvre, et qui, vers le milieu du dix-septième siècle, organisa, avec l'esprit chrétien qui l'animait, plusieurs corps d'émigration vers le Canada, En une seule fois, d'après la tradition, près de quatre-vingts familles quittèrent Tourouvre pour se diriger vers la Nouvelle-France. De ce nombre était Julien Mercier, l'ancêtre de notre premier ministre.

Nous entrons au presbytère, où nous attend l'hospitalité la plus cordiale : l'abbé Marre-Desperriers, curé-doyen de Tourouvre, nous a fait préparer un magnifique goûter.

Mais voilà déjà l'heure des vêpres: il est près de trois heures. M. Mercier et ses compagnons se rendent à l'église ^ : on leur a placé des fauteuils dans le chœur.

M. le curé veut absolument que, comme prêtre canadien, je préside à la partie religieuse de la fête, que je chante les vêpres et que je fasse la procession du saint Sacrement : — c'est, en effet, le dimanche dans l'octave de la Fête-Dieu. Comment lui refuser ce plaisir ? Il veut même, ce qui est plus grave, que j'adresse quelques mots d'édification à ses paroissiens : je me résigne à tout.

L'église est remplie : le département de l'Orne est encore un des meilleurs de la France, Vous avez dû remarquer le maire de Tourouvre associé à son curé pour la réception du premier ministre. Il y a un très grand nombre d'hommes dans la nef et dans le chœur ; il y a même quelques gendarmes, qui, il faut bien le dire, y paraissent un peu dépaysés: la curiosité, peut-être, autant que la dévotion, les aura attirés aux vêpres.

L'église de Tourouvre est très ancienne et très belle. L'ornementation du chœur m'a

I L'église de Tourouvre a pour titulaire saint Aubin, évêque, dont la fête tombe le premier de mars.

rappelé beaucoup celle de la chapelle des Ursulines de Québec.

Les vêpres chantées et la procession faite, M. Marre-Desperriers monte en chaire et dans une allocution chaleureuse rappelle à ses paroissiens la scène du départ d'autrefois :

« Il y a deux siècles et demi, dit-il, quatrevingts familles de ce canton venaient dans la même église où nous sommes réunis en ce moment, pour demander à Dieu de bénir leur résolution. Elles avaient décidé de quitter leur patrie pour aller fonder une colonie en Amérique. Réunis au pied des autels de Marie, ces hardis colons jurèrent de rester toujours Français et catholiques.

" L'un d'eux s'appelait Julien Mercier, et nous voyons aujourd'hui parmi nous un illustre descendant de ce héros, qui vient nous assurer par ses exemples comme par ses paroles que les Canadiens ont été fidèles à leur serment, et qu'ils sont restés sincèrement Français de cœur et catholiques. Avec quelle joie, avec quel enthousiasme nous l'accueillons au milieu de nous ! »

Il développe cette idée avec chaleur et émotion ; puis il m'annonce à ses paroissiens.

Qu'est-ce que j'avais à dire, quand tout avait été déjà si bien dit? Qu'est-ce que j'avais à

faire, sinon commenter en peu de mots le texte qui se trouvait déjà sur toutes ces lèvres chrétiennes : « Ecce quam bonum et quam jucundtim habitare fratres in îinuni. Oh, qu'il est bon et agréable pour des frères de se trouver ensemble ^ ! »

Français et Canadiens, nous sommes frères de toutes manières, par notre commune origine, par notre langue, par nos aspirations, par notre caractère, mais surtout par la foi et par la religion. Nous sommes tous Français, soit dans la vieille France, soit dans la nouvelle, en attendant que, par la religion fidèlement pratiquée, nous arrivions tous à notre commune patrie, inattaquable, celle-là, et permanente, le ciel.

Je dus être court, pour bien des raisons, mais surtout parce que tout le monde avait hâte d'entendre le héros de la fête qui devait adresser la parole à ses « compatriotes », sur une estrade en dehors de l'église, à l'endroit même où ses ancêtres ont été inhumés durant des siècles ^.

Vous avez lu les discours prononcés par M.

1 Ps. 132, V. I.

2 Le cimetière, en effet, était autrefois sur la place même de l'église : il est maintenant un peu plus loin.

Mercier depuis qu'il est en France, ses dis-cours, par exemple, à l'Alliance française, chez les Jésuites de la rue Vaugirard, et au banquet de la Société Le Play. La note patriotique et chrétienne y domine toujours ; cette parole franche et sincère trouve de l'écho dans tous les cœurs vraiment français.

J'ai assisté l'autre jour à la séance de la Société Le Play qu'il présidait, et j'ai été témoin de l'enthousiasme avec lequel ont été accueillies ses déclarations d'attachement à la France et à l'Eglise.

Mgr Labelle a creusé en France un sillon beaucoup plus profond qu'on ne le croit généralement au Canada. Evidemment il n'y a que des hommes de grande valeur qui peuvent réussir à éveiller sur un pays encore aussi jeune que le nôtre l'attention de tant d'esprits éminents. Ce travail a été fait cependant : on ne parle ici que de Mgr Labelle et du Canada ; et l'on n'en parle généralement qu'avec beaucoup d'intérêt et de sympathie ^

M. Mercier creusera encore davantage ce sillon, et il y répandra, par sa parole autorisée,.

I « Le Canada, ce grand pays, d'esprit si français, » écri-^ vait tout récemment M. Méline, un des principaux hommes politiques et un ancien premier ministre de la France. {Revue hebdomadaire du 7 aovit 1909, p. 22.)

•des semences bienfaisantes qui produiront tôt ou tard d'heureux fruits.

A Tourouvre, il ne s'agissait pas de faire un de ces grands discours dont je viens de parler. M. Mercier était là comme un enfant de famille qui revient visiter le pays de ses aïeux après une longue absence, l'humble village où ont vécu ses ancêtres, l'église où ils ont été baptisés, le sol qu'ils ont remué pour en tirer leur subsistance, le cimetière où reposent leurs ossements bénis.

Il était visiblement ému, et tout le monde partageait son émotion. J'ai vu plus d'une larme couler sur ces bons visages normands, lorsqu'il a raconté les luttes sanglantes et douloureuses à travers lesquelles ont dû passer les enfants de Tourouvre émigrés au Canada, les déchirements de la séparation d'avec la mère patrie, les joies de la liberté qui ont suivi nos luttes patriotiques, notre fidélité au drapeau de la France, que nous arborons, dans nos fêtes, à côté du drapeau anglais, et les manifestations de sympathie qui sont parties du Canada à l'occasion des malheurs de 1870.

Tous les habitants de la commune de Tourouvre, hommes, femmes et enfants, se pressaient autour de M. Mercier. On l'applaudissait à outrance ; on criait souvent: «Vive la

France ! Vive le Canada ! » Je renonce à décrire l'enthousiasme qui régnait dans cette foule.

M. Mercier descend de l'estrade, se rend au presbytère et se voit entouré d'une légion de personnes qui se réclament de ses parents, et apportent des preuves à l'appui de leurs prétentions.

Je remarque surtout dans la foule deux jeunes gens bien mis, à la figure ouverte et intelligente, aux manières engageantes et polies. Ce sont deux jeunes Mercier, qui n'habitent pas Tourouvre, mais sont venus d'une commune voisine, Bubertré \ pour voir leur « parent. » Ils descendent en effet en droite ligne de Julien Mercier ; et il est facile de trouver dans leur physionomie plus d'un trait de ressemblance avec notre premier ministre. L'un d'eux s'appelle Constant, l'autre, Alfred.

M. Mercier cause quelque temps avec eux, et leur promet d'arrêter les voir le lendemain, en se rendant à Nonant-le-Pin ; puis il les congédie gracieusement.

Nous nous mettons à table pour dîner. Mais voilà bientôt une fusillade qui commence et nous avertit qu'il se prépare au dehors quelque chose de sérieux. Durant le repas, on organise

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