‹ Au pays de Montcalm [microforme]Chapitre 2 sur 7 · CANDIAC · texte numérisé non relu

CANDIAC

Des hauteurs du Rouergue à la campagne nîmoise la distance n’est pas énorme ; la vapeur nous y transporte en moins de quatre heures. Maïs dans cet intervalle on a franchi les Cévennes, et sitôt qu’on atteint le versant méridional de ce massif, tout change d’aspect. Le calcaire jurassique disparaît sous des couches plus récentes ; latempérature s’élève sensiblement. Nous sommes encore à quelque cent mètres d'altitude, et déjà le mûrier abonde, alimentant de florissantes magnaneries. Achevez de descendre la rampe, vous atteignez cette vallée ensoleillée, au fond de laquelle dort l’antique cité romaine, Nemausa la belle. Ce n’est pas tout à fait la Provence, mais c’est presque le même soleil. Nîmes n’est point Marseille, mais l’esprit y est vif, l’ima-

ination ardente. C’est le Midi enfin, ce Midi qui fait tant parler e lui lorsqu'il lui prend fantaisie de bouger.

Allons tout droit à Candiac ; au retour, si vous y tenez, nous jetterons un coup d’œil d’amateur sur la grande cité. Candiac est presque la banlieue de Nîmes; en moins de trois quarts d’heure, la locomotive nous dépose à la gare de Vauvert. Vauvert est le chef-lieu du canton auquel ressortit administrativement le domaine de Candiac. La «riche» Vauvert, ainsi la nomment les traditions locales. «Verte vallée », tel est le sens du vocable où je soupçonne une parenté bénédictine. Quel est donc l’écolâtre qui, coupable du plus misérable des calembourgs, a doté les armes de la ville d’un prosaïque jeune veau? Le bourg est assez considérable et compte une forte proportion de réformés. Aussi bien, depuis les nombreux tunnels des Cévennes, nous sommes en plein théâtre des vieilles luttes religieuses. Les défilés des collines cévenoles semblent toujours pleins de mystère. Ils étaient bien faits pour une guerre d’embuscade, et ies Camisards avaient beau jeu pour y faire un pied de nez aux dragons du grand roi.

Il ya plus que des ruines, à Vauvert, pour nous parler de Monicalm. Dans la pensée de ses concitoyens, le héros occupe une grande place. On le sent revivre dans ces lieux qu’il habita jadis. Le digne curé de Notre-Dame de Vauvert racontait naguère à ses paroissiens, dans les pages de son bulletin mensuel, les gloires de l’illustre concitoyen d’autrefois. Mais c’est surtout

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au « Comité du Monument » que Montcalm règne en vrai dictateur. Le secrétaire trésorier, M. G. Bouzanquet, est un homme épris. Infatigable, enthousiaste, il est identifié avec son rôle, et il parle de Montcalm comme d’une gloire personnelle. Avec quel joyeux empressement il fait part de ses projets et de ses espérances ! On ne se défend pas contre un zèle si conquérant auquel un plein succès est assuré d’avance.

Allons visiter maintenant le manoir de Candiac. Du haut du mamelon qui porte Vauvert, on l’aperçoit là-bas, comme une île blanche au milieu de ia plaine. Deux kilomètres environ, sur un chemin poudreux, en une chaude après-midi de juin, cela manquerait de charmes, sans la douce fraîcheur d’une aimable compagnie. Avec un partenaire comme M. le vicaire de Vauvert, je pouvais bien sans fatigue sensible tripler cette distance.

Le château ne ressemble aucunement à une forteresse. Ce n’est pas un guerrier debout, bardé de fer, l’air sombre et menaçant, l’œil au guet, prêt à lancer la mort par d’étroites meurtrières. C’est au contraire un bon bourgeois nonchalamment assis parmi de vastes champs aux épis dorés, aux pampres vermeils. Ni créneaux, ni donjons, ni fossés, ni courtines. L’aspect est joyeux, les couleurs sont claires, les baies largement ouvertes au soleil.

C’est vers la fin du 15° siècle, que la seigneurie de Candiac fut acquise à la famille de Montcalm-Gozon. Le château fut restauré et complété en 1632. Il formait alors un quadrilatère flanqué à chaque angle d’une tour carrée. Dans le premier quart du dernier siècle, par suite d’une querelle de famille, deux de ces tours furent rasées et le château réduit aux proportions actuelles. Une partie des anciens murs se voit encore, et ce qui reste d’une des tours disparues est utilisé comme dépendance de la ferme. En 1858, la propriété fut vendue aux enchères. L’adjudicataire, M. le baron de Bernis, a gardé le château et une partie des terres qu’il fait exploiter à forfait. Une autre partie a été acquise récemment par la famille Bouzanquet et, en souvenir de Montcalm, baptisé du nom de Saint-Véran !,

Tel quel, le manoir offre encore de belles dimensions, et, quoique le propriétaire ne l’habite point, accuse un certain souci de conservation et d'entretien. Les abords sont pe et la façade à peu près en l’état. Pénétrons maintenant à l’intérieur.

1— Nous devons ces détails et d’autres qui suivront à l’obligeance de M. G. Bouzanquet, ci-haut mentionné.

fermière de céans, avec une entière bonne et non sans un ne de fierté, s'offre à nous faire les honneurs du château.

ensez donc ! Ce n’est point tous les jours qu’on vient du Canada pour un tel resiange ! Et ce n’est pas pour une bagatelle qu’on affronte une heure durant, en plein mois de juin, le soleil du ras soleil puissant qui gonfle les grappes et fait bouillir les têtes !

Un tour de clef. Nous franchissons le seuil que foulèrent jadis les pieds du futur héros. Le rez-de-chaussée, encombré de produits et de mobilier agraires, nous livre avec peine un passage vers l’escalier d’honneur. Celui-ci est assez remarquable ; la rampe est massive, les marches sont très larges, la pente fort douce, le plafond formé de petits carreaux dont les dessins et les motifs varient à l'infini. Le tout, parfaitement préservé, ne porte point trace de réparations. Les appartements des deux étages sont aussi en bon état, quoique sans ameublement. Voici la chambre où Mon«alm poussa son premier cri. Bien que le décor y fasse entièrement défaut et que rien n’y éveille l’imagination, on ne se défend pas d’une certaine émotion à la vue de ces murs qui abritèrent pendant des années le futur général. Ici l’enfant essaya ses premiers pas ; voici, dans le galetas, un guéridon tout vermoulu où ilalignait sans doute ses soldats de plomb. A peine adolescent, il fit connaissance avec l’armée, et fut luimême, à peine âgé de quatorze ans, un soldat pour de bon. Il n’avait mordu que mollement aux leçons de son précepteur. Il était rebelle aux charmes de la calligraphie, n’aimait que médiocrement la lecture. L'histoire seule avait le don de lui plaire et il y excellait. C’était peu aux yeux de l’abbé Dumas. «Qu’en fera-ton ? »exclamait-il. Et pour lui faire honte, il lui mettait sous les yeux l'exemple de Jean son frère qui, à six ans, traduisait grec et hébreu. Il est vrai que ce petit prodige était mort à sept ans. Pour cette raison ou pour d’autres, Louis-Joseph restait indifférent au désespoir de son maître. Et il développait son idéal, à lui, dans une lettre à son père: « Voici mes ambitions : être un homme honorable, vertueux, brave et chrétien... être soumis à vous, à ma mère, déférent à Dumas... savoir monter un cheval convenablement. » C’était un assez beau programme, et que l’enfant ne devait pas démentir. À 14 aus, donc, le jeune homme était dans les rangs. À 20 ans, il faisait, avec le grade de capitaine, la campagne de Pologne. C’est à Candiac qu’il venait se reposer et guérir ses blessures. On ne le voyait guère à la cour. C’est à sa

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mère, et, après son mariage, c’est À la marquise et à ses nombreux enfants que vont toutes ses pensées. maison en effet s’est promptement aa car : dix enfants lui sont nés. Quelle allégresse au château, lorsque, après sept ans d’absence, le marquis revient, glorieux et tout rayonnant de joie ! Il rapporte cette fois le titre de général, mais il n’est plus rien qu’époux et père. Il entend à peine les acclamations d’un peuple en délire; ily a bien autre chou qui l’occupe : ses enfants, son épouse, sa mère, ses champs. Il va oublier sa gloire et ses fatigues dans l’existence simple et poétique d’un gentilhomme à la campagne. Les armes, purifiées de leur rouille sanglante, reprendront leur place sur la panoplie du salon ; le panache et les épaulettes attendront au a ; d’un coffre le signal de la prochaine campagne.

En aliénant le manoir, la famille a gardé les reliques du passé,

Ce qui ne méritait pas d’être enlevé encombre aujourd’hui une graude pièce du second. Voici une botte qui aurait appartenu au grand guerrier, me dit la fermière. Dame ! je ne suis pas un antiquaire, et il m’a été impossible d'identifier l’épaisse basane. Elle a bien une tournure militaire et un air d’antiquité incontestable. C’est tu1t ce que je veux dire. Mais si vraiment les cavaliers du régiment de Montcalm chaussaient tous pareilles bottes, je vous donne ma parole que, s'ils furent parfois sans pain, comme plus tard les soldats de Sambre-et-Meuse, ils n’étaient point «sans souliers ».

En résumé, le château de Candiac est un précieux souvenir, et Vauvert peut être fière de l'avoir À ses portes. On sait que les autorités du moment n’apprécient guère cet honneur. Le geste du conseil municipal socialiste refusant le droit de cité au plus illustre fils de la commune a soulevé dans tous les milieux un sentiment de dégoût et suscité de nobles rivalités. Montcalm n’aura pas son monument dans la commune de Vauvert qui s'est sottement privée de cet honneur, mais à Vestric-Candiac, la commune voisine, Il y sera aussi chez lui, car il en était seigneur de son vivant, et, de plus, c’est précisément À la commune de Vestric qu’est rattachée, depuis la Convention, la terre de Candiac. C’est donc là, à un mille environ du château, que s’élèvera la statue de Montcalm. Depuis longtemps déjà les feuilles canadiennes ont reproduit la maquette du sculpteur Morice. Le monument se dressera au milieu de l'unique place du village, débarrassée à cette occasion de quelques immeubles démodés. L'église d’un côté, de l’autre le château qu’il fit construire luimême, seront pour le héros un cadre bien approprié. C’est dans

cette église de Vestric que fut ensevelie en 1788 la veuve de Montcalm. Nous transerivons ici partie de l’acte de sépulture, dont une copie photographiée nous a été gracieusement transmise par M. Bouzanquet :

L'an mil sept cent quatre-vingt-huit et le premier jour de mars, nous nous sommes transporté au lieu et château de Candiac dont le service paroissial est immémorialement annexé à notre dame de Vauvert, notre église... où étant nous avons prié Dieu en présence des restes précieux et respectables de Madame Louise Angélique Talon du Boulay, Marquise de Montcalm, veuve de M. le marquis de Montcalm, lieutenant général des armées françaises dans l'Amérique septentrionale, mort devant Québec, et pour le repos de l’âme de ladite Dame, avons ensuite offert le St-Sacrifice dans la chapelle du dit château.....après quoy......avons honorablement fait l'enlèvement du corps de la dite Dame, reposant dans son à partement, pour le transporter processionnellemei. °n la susdite chapelle dudit Château où après luy avoir rendu les honneurs pieux et funèbres qui nous compétaient, en avons solennellement fait le dépôt.……avant d'arriver à Vestric, terre appartenant à la maison de Montcalm et dans l'Eghse de laquelle sa sépnlture a été élue...

A défaut de Vestrice, Nîmes eut été fière de donner à Montcalm une place d'honneur au milieu de son Esplanade ou autour de sa merveilleuse fontaine. Le théâtre, à un point de vue, eut été plus digne du héros, et ici encore, il se fut senti chez lui. Lorsque le seigneur de Candir+ sortait de l'intimité familiale, c’est parmi la noblesse nîmoise qu’il trouvait les meilleures relations d’amitié. Son souvenir n’est pas mort dans la vieille cité romaine, son nom se rencontre dans la série des rues et des édifices publics, et selon toutes les apparences, les fêtes que Nîmes lui prépare seront dignes de lui.

AVEZES

De Nîmes, en prenant la direction du nord-ouest, on trouve la sous-préfecture du Vigan, et à 8 kilomètres de là, le château d’Avezes, résidence actuelle des héritiers de Montcalm.

La seigneurie d’Avezes ne devint la propriété de la famille des Montcalm-Gozon qu’en l’année 1789, et ce, a rès un combatsoie de trois demi-siècles. Vers la fin du V° siècle, elle avait été acquise aux Vabres de Beaufort, originaires du Rouergue comme les S* Véran. Peu après, à la suite d’une alliance entre les deux familles, des prétentions opposées se firent jour.

affaire fut portée devant les cours en 1633. On plaida ferme. La procédure mérita par sa longueur le nom de « Grand p

des Cévennes». Nous avons vu, encombrant une pièce du ch4teau, les nombreux volumes de ce fameux dossier. En 1756, le marquis Louis-Joseph, lieutenant-général des armnées du Roi en la Nouvelle France, représentait la partie plaignante. Une tentative d’accommodement eut lieu le 28 septembre de cette année. De part et d’autre, on fournit des cautionnements et on accepta des arbitres. Mais le général, trop occupé avec l’An-

Jais et l’Iroquois, n’avait pas le loisir de surveiller ses intérêts.

1 se promettait saus doute d’y voir à son retour. Hélas ! il ne revint pas ; et lorsque le Parlement de Toulouse, dans la dernière de ser séances, se prononça enfin pour les réclamants, le héros des Plaines dormait son glorieux sommeil sous la chapelle des Ursulines. Son fils, Pierre-Louis-Marie-Gilbert, prit aussitôt possession du domaine. (Ce fut une fête aux alentours. L’occupart d’alors avait atteint le comble de l’impopularité. Hautain et sans scrupules, il vit son départ salué par des huées unanimes, tandis que le fils de Montcalm était acclamé comme un libérateur. L’année suivante, la seigneurie d’Avezes prit fin, mais tel était déjà l’ascendant du nouvzau seigneur que les patriotes se gardèrent d’incendier ou de raser le château ; ils exigèrent ement qu’on abattît les donjons et qu’on aveuglât les meurtrières.

Le vainqueur de Carillon n’habita donc pas le château d’Avezes ; c’est bien là pourtant que son souvenir est le plus vivant. Ses descendants, qui n’ont cessé de l’habiter, ont tenu à honneur d’y perpétuer la mémoire de leur glorieux ancêtre. Divers portraits du héros s’y montrent à toutes les pièces ; ici, et là, des panoplies décorent un mur aux antiques peintures, vieilles armes qui ont un air de vénérables reliques. Bon nombre de meubles, transportés de Candiac, sont ceux-là mêmes qui furent témoins des adieux suprèmes de 1756. Le propriétaire actuel, le marquis de S* Maurice-Montcalm, a entrepris de restaurer les tourelles et de réndre au château la forme qn’il devait avoir au XVIII siècle. La façade principale est déjà complète.

Avec une parfaite courtoisie, le régisseur fait au voyageur canadien les honneurs du manoir. Le marquis ne doit arriver qu’à la fin de la saison, et en attendant le babillage des enfants, le parc ne retentit que du ramage des pinsons et du murmure d’une cascade mignonne tombant dans un vivier. A l’une des extrémités du parc, une grotte encadrée de verdure sert de trône à la Vierge de Lourdes. Ce fac-similé de Massabielle est un

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ex-voto élevé par la marquise, née Pozzo di Borgo, en mémoire d’ane guérison obtenue. La reconnaissance est attestée par une laque de marbre, mais elle doit s'échapper souvent à cet endroit ‘ane poitrine vivante, car tout indique qu'on vient souvent s’agenouiller aux pieds de la Madone.

Non loin de là, un phénomène végétal, assez bien nommé le Pont de mousse, compte parmi les curiosités de l'endroit, et fait nécessairement partie des souvenirs qu’un touriste bien équipé loge dans sa camera. Un flêneur sans ambition et sans moyens se contentera d’une carte postale illustrant la petite merveille.

Les environs sont pittoresques. Le massif des Cévennes vient mourir là, en face du soleil de la Provence. Les montagnes abruptes sont devenues des riantes collines aux flancs couverts de vignes et d’oliviers Vu des hauteurs voisines, le village d’Avezes présente un joli coup d’æil. Le château se devine, plutôt de ne paraît, au travers d’une ligne de verdure en claire voie. Îl domine légèrement les humbles maisons du petit bourg et même la modeste église paroissiale. Lors de mon passage, l'unique porte de ce temple rural gardait encore les traces de la hache sacrilège qui avait, deux ou trois ans auparavant, livré passage aux héros de l'inventaire. La chose n’alla pas toute seule, paraît-il Tont comme en Bretagne, on jugea prudent de calmer les nerfs de la population électrisée. Finalement, les officiers de la loi, après force délais, eurent recours à la ruse et vinrent, à une heure savamment choisie, consommer leur intéressante besogne.

C’est que, je le répète, nous sommes ici en plein théâtre des vieilles luttes religieuses. La foi y reste active et fière en face de l'erreur puissante et audacieuse ; le mal de l'indifférence y est moins répandue qu'ailleurs. Il est telles paroisses qui, au point de vue religieux, rappellent les meilleures du Canada. Le curé du Vigan, par exemple, s’il était transporté tout à coup dans une des vieilles paroïsses des environs de Québec, pourrait se croire encore au milieu üs ses bons Viganais.

Ainsi, il ne sera surprenant pour personne d'apprendre que le nom de Montcalm, nom d’un grand | sea et d’un grand chrétien, soit populaire dans ce milieu. Avezes n’est pas, à vrai dire, administré du Vigan, mais si je ne fais erreur, elle le fut autrefois. En tout cas, les ci-devant seigneurs d’Avezes avaient des propriétés dans la commune du Vigan, et, de ce chef, étaient citoyens de cette ville. C’est à ce titre que les Viganais se récla-

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ment du marquis Louis-Joseph de Montcalm. Avant que le comité de Vauvert eût pris un caractère national, le conseil municipal avoit voté un monument au héros de Carillon. Ce vote fat commné dans la suite eu une souscription au monument de Vauvert. Et lorsque le conseil sectaire de cette petite ville eut commis la petitesse que l’on sait, Le Vigan, en concurrence avec Nîmes, épiait l'honneur d'offrir un piédestal au glorieux méconnu. La petite sous-préfecture, déjà fière de son chevalier d’Assas, lui eut volontiers procuré le voisinage de son camarade. Je puis bien user de ce terme, malgré la distance des grades. Tous deux, d’Assas et }'ontcalm, furent victimes de cette fatale guerre de Sept ans ; ils tombèrent à treize mois d'intervalle, l’un, en Westue sous les baïonnettes prussiennes, l’autre À Québec, sous 6: balles anglaises. Celui-ci ne vit point le triomphe de l’ennemi ; le premier ne put re de la victoire due à sa valeur. Et tous deux, le général et le capitaine, moururent assez tôt pour ne pas subir la honte du traité de Paris.

Mais pourquoi refuserais-je à une plume vagabonde le plaisir de retracer ce charmant épisode de nos héroïques annaies ?

Au Canada, la lutte était finie. Montréal avait capitulé ; les régiments et les autorités de la colonie étaient sur mer, et l’on se battait encore de l’autre côté de l'Atlantique. Le régiment d’Auvergne, campé à Clostercamp, en Prusse, était à la veille d’une bataille. Pour prévenir une sur rise, 8 capitaine va seul, en éclaireur, reconnaître la position de l'ennemi, et donne en plein dans un avant-poste. En un clin-d’œil, il est entouré et désarmé. On lui offre la vie et même la liberté, s’il consent seulement À ne point donner l’alarme.... Mais son régiment va être surpris et taillé en pièces. S'il donne l’éveil, c’est la mort pour lui, mais c'est peut-être la victoire pour ses soldats. Feignant de délibérer, d’Assas recueille son souffle, et, de toute la force de ses poumons, jette à sa compagnie son dernier commandement : « À moi, Auvergne, ce sont les ennemis !» Il tombe à l'instant, percé de vingt baïonnettes. Mais les Français accourent et le vengent noblement.

Maïs revenons à nos moutons, comme dit la farce du bon Patelin. D’ailleurs, mon pèlerinage, soumis à des limites précises, m’interdit de nouvelles flâneries. Je vous invite donc à reprendre en pes de Montcalm, viâ l'Atlantique, le chemin du vieux Québec.

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