QUÉBEC—HÔTEL DES REMPARTS
Quelle était l'existence du général entre deux campagnes ? Quelle vie menait-il dans son hôtel de la rue des Remparts ?
Privé des douceurs de l'intimité familiale, il n’avait, pour triompher de l’ennui, que les distractions de la vie de société. D'avance, il s’était enquis des agréments que pouvait offrir à un
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gentilhorame la bonne compagnie du Canada. Et, nous en avons sa parole, la réalité “épassa son attente. Il écrivait, en effet, en septembre 1757, à son ami le chevalier de Lévis : « J’ai des clous, mon cher chevalier, la pituite me suffoque... je ne mange qu’un quarteron de pain, je me purge demain, et me trouve bien ici : c’est une capitale ».
C’est de Québec qu’il s’agit. A Montréal, il se plaît beaucoup moins. Les dames n’y sont pas aussi cultivées, leurs manières lui semblent trop réservées. Et puis, il n’est point à son aise près du : re Les relations, sans doute, sont correctes, on y met
e et d’autre de la bonne grâce, de la délicatesse, mais la cordialité en est absente et l’exubérance méridionale du général n’y trouve point son compte. Aussi, tout prétexte lui est bon pour prendre congé du marquis de Vaudreuil et filer sur Québec.
Là, il donne des soupers, il est recherché comme parrain, il cultive un cercle de dames où le bon ton, l’aisance et l’esprit lui valent d’agréables soirées. Quant aux Bigot et autres parvenus, il les méprise, sans oser ni pouvoir le dire trop haut. 1l ne peut ignorer néanmoins le palais de ‘intendant, mais il y paraît le moins possible : « Je n’ai encore été qu’une fois avec assez d’indiftérence (au palais) », écrivait-il une dizaine de jours après son arrivée. À son gré, le gouverneur eût pu montrer plus de fermeté et opposer une digue aux abus scandaleux des jeux de hasard et des folles dépenses qui s’étalaient sans pudeur aux yeux du peuple affamé. Pourtant il ne peut sy soustraire lui-même entièrement, et il éprouve le besoin de s’en excuser arprès de ses amis : « Grand soc, 2r au palais, écrit-il à Lévis en janvier 1758; j'y eus comme de raison la fève et M"° de Péan fut ma reine. Au reste je me suis retiré à une heure, fou de voir autant jouer et berlander.... je compte (inter nos) y être pour une quinzaine de louis ; il y a des sociétés qu’on ne peut refuser.»
Peu après son arrivée, il avait, selon son expression, «ouvert l'avis du retranchement des tables.» Vaudreuil, en ce moment à Québec, promettait de l’imiter, et, de fait, le gouverneur donna l'exemple d’une relative modestie. «Je vous exhorte, disait le général à Lévis, À n’avoir qu’un gros dîner bourgeois, à un seul service pour les officiers arrivant des quartiers, ni violons, ni bals, ni fêtes.» L’intendant lui-même sembla un moment impressionné par ces exemples; d’ailleurs le flot montant des imprécations populaires ne pouvait manquer de l’émouvoir quelque peu. «L’intendant a, d’avant-hier, commencé à servir à un seul
domestique, et supprimé la pâtisserie, À cause de la farine,» Hélas ! le char était trop embourbé, et Montcalm lui-même, en face de l’abîme qu’il entrevoyait, se laissait reprendre dans l’engrenage des jeux et des soupers, et, quoique en gémissant, continuait d’obéir plus ou moins À une routine insensée : « Mardi, l’intendant chez moi ; jeudi, monseigneur. Je soutiens noblesse et dignité, mais je mauge mon bien, et je frémis pour l'avenir, Du 1“ avril 1755 au 1* janvier 1758, 57,000 livre ‘argent sec dépensées. Et si j'avais eu auelques provisions ! que faire ? Celui qui est dans ma place doit faire ainsi.»
C’est encore à son confident ordinaire, Lévis, qu’il fait ces candides aveux. Les circonstances, il faut le dire, étaient plus fortes que lui. Eût-il fait mieux, avec l’autorité suprême ? C’est douteux. Toutefois, il ne se départit jamais d’une sage fermeté vis-à-vis de l’armée. Il avait interdit aux officiers de Jouer, aussi bien entre eux qu'avec les bourgeois, et les infractions étaient sévèrement punies. .. « On a joué chez une madame du ré iment de Guyenne, il y a un mois; le mari puni par moi; défense ; nulle récidive... D’Hart à ordre de s'informer si on joue ailleurs, de m’en rundre compte, d’ordonner punition ei c’est chez nous, et de m’avertir si l’on joue chez des officiers de la colonie ou des bourgeois ». Dans cette même lettre, écrite en décembre 1767, on lit une phrase qui sonne comme un glas : « L'intendant aura le malheur de finir par être détesté, et cela doit être pour qui ne met aucun ordre dans les commencements »,
Au point de vue religieux, il n’est pas douteux que Montcalm ait été d’un bon exemple. Rien ne montre qu’il ait jamais démenti sa première éducation ni oublié les leçons de sa pieuse mère. Dieu, pour lui, était bien le chef suprême sous lequel il
rétendait servir et À qui il faisait hommage de ses succès. Au endemain de Carillon, ne faisait-il pas, sur le champ de bataille même, chanter un Te Deum devant une croix au pied de laquelle était gravé ce distique :
Quid duz? quid miles? quid strata ingentia ligna? En signum, en victor Deus: hic Deus ipse triumphat ?
Et ce n’était point pour la parade. Ses lettres privées sont Ben des mêmes sentiments : « C’est Dieu qui a fait un vrai
ou
K ige dans cette occasion, » écrit-il à la supérieure de }’Hôtel. eu.
Je tiens donc que le général était aussi bon paroissien qu’il
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