LA GRANDE BIVIÉRE DE L'EST
J'ai éprouvé une impression de soulagement en sortant de l'almosplière élouiFanle de l'usine. Des voilures avaient été préparées, qui nous ont menés à travers la plantation où des centaines de coulics faisaient la coupe des cannes, armés de leurs longs coutelas. Nous sommes arrivés ainsi chez M. Berriclion,le directeur do la plantation, dont l'h^bitatioa se trouve près de Tem- :|touchure da la Grande Rivière Sud-Est, qui forme ici un large estuaire où croissent des palétuviers. C'est un vrai et grandiose fleuve des tropiques ; mais, comme toutes les rivières da cette petite île, la Rivière Sud-Est n'est largo ^a'à son embouchure; dans l'intérieur, c'est un ruisseau. La lièvre règne toujours là où croît le palétuvier et il semble qu'on la respire avec l'air dans celte région chaude, humide et marécageuse.
Nous avons trouvé chez M. Berrichon la traditionnelle hospitalité du planteur créole ; une vingtaine de convives réunis autour d'une table servie en pleine air par des Hindous ont fait honneur aux huitrcs de la mer des indes, au gibier, aux volailles, aux choux palmistes et au curry qui constituent l'ordinaire du planteur.
L'INVASION HINDOUE
Lie pays le plus peuplé de la terre. — I^ conquête asiatique.
— Le nombre des Hindous. — LV;mancipalion des noirs.
— Les coulies. — L'Afrique aux Hindous. — Le Chanipde-Mars un jour de courses.
Si la culture de la canne à sucre a changé la physionomie de l'île Maurice, telle que l'ont décrite les voyageurs du siècle dernier, l'envahissement du pays par les Hindous n'a pas peu contribué non plus à lui donner un aspect différent.
La Belgique, qui passe généralement pour êtro le pays le plus peuplé de l'univers, eu égard à son territoire, est fort dépassée sous ce rapport par l'île Maurice, où la nioyenne de la population est de 534 habitants par mille carré. C est à l'envahissement des Hindous qu'est dû ce phénomène. Il n'y a pas moins de 25G.000 Hindous sur une population totale de 370.000 âmes (|ue compte l'île Maurice d'après le recensement do
L'Hindou a remplacé le noir, que le planteur
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employait autrefois. El par sullo de cette s titution, le noir s'éLcînt falalemptil et sùremei Le nÈgre travaillant dans les plantations est un type presque disparu. Le noir ne laboure plus la terre, parce que cela lui rappelle le temps oii il vivait dans la servitude. Il est paresseux, ivrogne, cl, comme tout être qui ne se soumet point à la loi du travail, il vit de vol et se dégrade de plus en plus : à moins qu'il ne se résigne à travailler, il n'aura bientôt plus de quoi manger, et alors on le tuera, comme me disait un Cri^ole, Mais déjà l'Hindou a tué le noir par sa redoutable concurrence, et le jour ne semble pas éloigné où il tuera le blanc. Déjà les Créoles sont débordés par les Indiens. Les Créoles font du riz leur principale nourriture, et comme le riz est importé de l'Inde parce que l'ilo Maurice ne le cultive pas, ce sont les Indiens qui font le prix du riz : ils sont maîtres de la place, pendant que les Chinois accaparent le petit commerce.
En sorte que la conquête totale de l'ile Maurice par la race asiatique n'est plus qu'une question de temps, qui se résoudra à bref délai.
Qu'ils soient de sang anglais ou de sang français, personne ne doute, parmi les blancs, que l'absorption ne soit aussi rapide que sûre : tout le monde prévoit qu'un jour la perle de la mer
L'INVASION HINDOUE
des Iodes sera aux Indiens, et que les Créoles devront chercher nne antre patrie à Madagascar ou dans les colonies d'Afrique.
Dans celle concurrence entre l'Asie et l'Europe, l'Indien a tout l'avantage, parce qu'il a peu de besoins. Le Malabar qui gagne huit roupies par mois, environ quinze francsau cours actuel, trouve moyen d'en économiser quatre. A la longue il amasse un pécule qui lui permet d'acheter un lopin de terre, et insensiblement il devient propriétaire du sol. Si l'on songe que le sol n'a pas quarante-cinq lieues de circonférence, et que 236.000 Hindous s'en disputent la possession, il est facile de prévoir la destinée Gnalo de l'île. Déjà beaucoup d'Hindous ont amassé assez d'économies pour acheter des propriétés sucrières, et on m'a même cité trois puissants capitalistes hindous qui sont propriétaires d'importants moulins à sucre à Ciuny, à la Savane, et -jnème à Pamplemousses, où résidaient autrefois les gouverneurs de l'île de France.
Fatalement la conquête asiatique se fera, et la race blanclie sera supplantée par la race indienne. Et ce qu'il y a d'intéressant, c'est qu'on ne saurait échapper à cette invasion, qui est un mal nécessaire : à défaut de noirs, il faut bien faire appel aux coulies, sans lesquels pér'
rait la culLuro du sucre, la richesse de Mauriq Aussi les planteurs réclameat-ils à cor et à ( des travailleurs îadiens. Ou la ruiae de rile,4 la conquête de l'ile, on ne peut sortir de ce tn blaot dilemme.
L*av6nement de l'ère hindoue a été la coa quence naturelle de l'émancipation des uoiradt crélée par l'Angleterre en 183t. Il y avait ald dans la cnlonJo soîxante-cînq mille esclaves, grande mesure do réformation les proclamai bres pour une époque déterminée. Mais les < claves n'étaient pas encore libérés, que déjà| manifestaient parmi eux certains signes de i ditinn qui engagèrent les planteurs prévoyants . se procurer d'autres bras pour la culture du a Ils imaginèrent de faire venir des travailleurs i l'Inde, et, dès 1838, vingt-cinq mille couliesti rivèrent de Calcutta. Ces coulies étaient eogj gés pour un terme de cinq années, moyenonj un salaire de cinq roupies par mois et la aotfj riture. Quand les noirs se virent définitivemei libérés, l'ile Maurice fut le théâtre des mèmij scènes de révolte qui se produisirent ailleurs à suite de l'émancipation des noirs. Les anciei esclaves refusèrent de travailler, jugeant i leur liberté serait incomplète s'ils n'abandoi laient entièrement les travaux qui leur rappi
L'INVASiON HINDOUE
laicnt leur coadition première. Affranchis du jour au lendemain de toule contrainte, ils se portèrent à tous les excès : la faim seule pouvait les déterminer au travail, mais ils ne travaillaient plus (pie par caprice, et les planteurs ne pouvaient plus compter sur leurs anciens esclaves. C'est alors que le gouvernement local organisa une immigration systématique des coulies hindous. Une loi prohiba l'introduction des noirs de la côte d'Afrique, et ce fut de l'Inde seule qu'afllucrent les travailleurs.
Actuollement les coulies forment les deux tiers de la population de l'île Maurice. Dans cette population indienne il faut distinguer les Indiens propres, nés dans l'Inde, des Indo-Mauriciens, nés dans la colonie : les uns sont au nombre de cent mille, les autres au nombre de cent cinquantesix mille. Les coulies (dans leur langue le muL signifie Iravail/eurj sont recrutés chaque année dans l'Inde par un agent de la colonie, et ils s'engagent pour un terme de quelques années : ils sont a indenturcd» , c'est-à-dire liés par contrat ; à l'expiration de leurengagement, ilsont le choix ou de le renouveler, ou de retourner dans leur pays, ou de s'établir librement dans la colonie. Ils usent très rarement de la faculté de retourner dans leur pays; la plupart préfèrent rester à ^ ta
AU l'AYS DE l'AUL ET VIRGINIE
Maurice, où leur sort est assurément beaucoup meilleur que dans l'Inde ; comme ils se recrulent parmi les classes les plus basses, ils ont à souffrir dans l'Inde le mépris que les castes supérieures professent à l'égard des castes inférieures, tandis qu'à Maurice ils sont traités en sujets anglais. Il y a donc les coulies enrôlés et il y a les coulies libres. Ceux-ci ont de petites propriétés qu'ils cultivent, et ils sont passés maîtres dans la culture maraîchère. Enfin, il y a des Hindous appartenant à une classe supérieure qu'on désigne crronémentsous le nom d'Arabes: ceux-là s'adonnenlau commerce et sont venus à leurs frais dans la colonie.
Si un deraî-sicclo a suffi pour peupler l'île Maurice d'un quart do million d'Hindous, on se demande ce qui adviendra quand les Hindous n'y trouveront plus de place. Alors, ils envahiront lîourbon, Madagascar et la côte d'Afrique. Depuis quelques années des milliers d'Hindous ont pria le chemin de la colonie du Natal, où ils ont supplanté dans la culture de la canneà sucre les Cafres, qui ne peuvent lutter avec eux. Et si l'on n'y prend garde, il adviendra de la colonie du Natal ce qui est advenu de l'île Maurice. Le mémo phénomène se passe à Zanzibar et sur d'autres points de la côte d'Afrique. L'Hindou se trouve
L'INVASION HINDOUE
admirablement du climat de l'Afrique, et le jour n'est peut-être pas éloigné où les peuples de r i'indc, aussi envaliissants, aussi encombrants el I .aussi catreprenants que les Chinois, accapareront toutes les régions basses de la zone tropicale et refouleront vers les liauts plateaux de l'intérieur les noirs au^iqnels ils sont inOnimcnt supérieurs dans l'échelle des races humaines. Le continent noir serait-il destiné, dans les desseins do la Providence, à recevoir le trop-plein de l'Inde, dont le territoire ne sulfit plus à nourrir deux cents millions d'Hindous ?
Pour contempler l'invasion hindoue dans sa réalité visible, rien de mieux que de se rendre' au Port-Louis un jour do courses. A l'exception du jour de l'an, le troisième jour des courses, qui tombe régulièrement un samedi, est lagrande fête nationale des Hindous. Ils accourent, dès les premières heures du jour, do tous les points de l'ile, et c'est pour eux une occasion de ren- ■ contrer, une fuis dans l'année, leurs parents et l leurs amis, et de se gorgcr de gâteaux de maïs, de limonades, et d'autres boissons moins inoffensives. Cette îéte u lieu au mois d'août, et Je n'y ai pas manqué. Je n'ai rien vu de plus coloré, de plus brillant, de plus fascioateur que cette flamboyante foule Je vingt-cinq mille Indiens qui
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MJ PAYS DE l'AUL ET VIRGINIE
premier ordre que l'Angleterre juge seuls digi de diriger les établissements astronomiques t premier ordre. Les de la Caille, les Humbolj les Hersrhel el d'autres héros de la scient avaient depuis longtemps émis le vfcu de voir rtle Maurice clioisie comme station astronomique. Ce l'ut leD'.Meldrum qui eutla gloire de réaliser celte idée en fondant aux Pamplemousses uo observatoire destiné principalement aux observations météorologiques et magnétiques dans r«céaii Indien. Le due d'Kdimbourg présida, en iSfiS. à la cérémonie de la pose de la première pierre de l'édifice.
J'ai trouvé le vaillant vétéran de la science trfcs ébranlé eQtmre d'une violente attaque d'inlluenza qui a failli lui être falale ; mais rhomnte qui aregardéenface tantde redoutables cyclones qui ont passé sur l'île Maurice depuis quaraute ans qu'il en a fait sa nouvelle patrie, a eu aussi assez d'énergiej malgré son grand âge, pour regarder en face une maladie à laquelle deux mille personnes viennent de succomber dans l'espace d'un mois. De même que Tyndall était l'homme des glaciers, le D' Meldrum est l'homme des cyclones. II a consacré toute une vie à rélude de ce phénomène, et il a installé dans son observatoire des appareils enregistrant avec une admi-
LF, DERNIER OtIHAGAN
rable précision les courbes barométriques elles courbes du vent qui rendent en quelque sorte visiblesàl'œilles différentes phases d'un ouragan. Lorsqu'il m'a fait voiries courbes enregistrées lors de l'ouragan du 29 avril, je n'ai pucn croiremes yeux, Dansles terrîblescyclonesquin'ontquetrop iiouvent désolé l'ileMaurice, le vent aalteint parifois une vitesse de cent milles à l'beure; mais le .29 avril ce chiffre a été dépassé, et pendant cinq minutes le vent a atteint la vitesse incroyable de 121,2 milles. Le baromètre tomba à 27,997, le point le plus bas qu'on ait jamais observé à Maurice.
On peut donc affirmer que ce dernier cyclone, dont j'ai pu voir les effets dans l'île entière, a été le plus violent non seulement du siècle, mais aussi de toute la période qui remonte jusqu'aux débuts de l'histoire de l'île Maurice. Jamais non plus on n'a vu un cyclone éclater d'une manière aussi soudaine, aussi imprévue, ni dans une sai-
.aon aussiavancée, carlemois d'avril correspond, 4ans l'hémisphère austral, à notre mois d'octohre. Une chaleur étouffante régna pendant les
•^quinze jours qui précédèrent le désastre ; mais comme on n'était plus dans la saison des ouragans, nul n'eût pu prévoir qu'un effroyable coup i ■de vent allait balayer en quelques heures une des
lord- *
plus belles récolles qui eûl jamais réjoui des planteurs. Pendant deux jours, il est un venl assez viulent souffla du nord et du nordest, et pendant la nuit du 28 au 29 la mer s'enfla d'une façon fort disproportionnée avec la force du vent ; mais le baromètre n'eut pas une cbute assez sensible pour inspirer des inquititudes. Il n'y eut donc d'autre signe précurseur de la tempête qu'un ras de marée.
Étrange par sa soudaineté, le cyclone fut étrange aussi par là perfldie qu'il déploya entre son premier accès et son paroxysme. Le vent, qui s'était élevé vers dix heures du matin, continua à croître jusqu'à une heure do l'aprèsmidi; en ce moment, il soufflait avec une vitesse de soixante milles à l'heure, et le baromètre était tombé au point le plus bas; le dommage se bornait encore à peu do cliose : quelques maisons renversées, quelques arbres abattus.
Tout à coup survint un calme complet ; le soleil SB montra, les feuilles des arbres reprirent leur immobilité, et beaucoup d'habitants ouvrirent leurs volets et sortirent de leurs maisons,croyant que la tempête était finie. Mais ceux qui connaissaient les lois dos cyclones ne se méprirent point à ce temps d'arrél.
Une heure après, un sourd mugissement ar-
LE DERNIER OURAGAN
! la dir(
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;elle d' ait l'a
où était
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"venue Ja tempête du matia : c'était l'autre cô du cyclone, doot le calme, qui venait de passer, marquait le centre. Celte fois l'ouragan se déchaîna avec une fureur inouïe. Un major d'artillerie, témoin du désastre, disaitquc toute l'artillerie du monde n'eùl pu faire un pareil bruit ni accomplir une pareille destruction. Les colonnes d'air auxquelles le cyclone donnait une impulsion irrésistible nivelaient tous ce qu'elles rencontraient : tout être humain qui se trouvait
IBur leur passage était précipité sur le sol et lue sur place : maisons, arbres, tous les obstacles étaient balayés par ces colonnes d'air animées d'une vitesse double de celle des plus rapides trains de chemin de fer.
Quand l'ouragan eut passé, un paisible clair lie lune, tel que l'on n'en voit que sous les Ironiques, éclaira une scène de mort et de désolation. Onze cents personnes avaient perdu la vie, ensevelies sous les décombres de leurs maisons ; deux mille étaient blessées; cinquante mille affamés se trouvaient sans abri; plus une seule chaumière indienne n'était debout; plus de deux cent mille arbres gisaient par terre; toutes les cannes à sucre étaient rasées ; la plupart des mouliosà sucre n'étaient plus que des monceaux
de ruines; presque la moitié des maisr classes aisées étaient renversées; et lo tiers i la ville du Port-Louis était détruit, en sorte que vingt mille liabitanls s'y trouvaient sans loJt et se laroeAtaient de la perte de six cents parents tués ou morts, au bout de quelques heures, des blessures reçues daua l'écroulement de leurs maisons. Dans un tremblement de terre, on peut chercher son salut dans la l'urte en rase campagne ; mais dans un ourag;an tel que celui du 29 avril, la fuite était la mort assurée : aucune force humaine ne pouvait résister à la l'orce du veut, sans compter le dang;er de recevoir les débris de toutes sortes qui volaient dans les airs. Mieux valait donc rester chez soi, même au risque de périr sous les débris de sa maison. C'est ainsi que deux cents personnes furent ensevelies sous les ruines d'un moulin à sucre oii elles s'étaient réfugiées contre, la fureur du vont.
Dans ce grand désastre, où la nature, suivant l'expression du gouverneur général , semble avoir voulu déployer tous les raffinements pervers d'une vengeance de femme, tout était imprévu, étrange, sans précédent. Au cours de son inspection, le gouverneur vit, à cûté d'une solide maison en pierres réduite en atomes, une hutte absolument intacte, bien qu'elle no reposât
LE DERNIER OURAGAN
que sur quatre misérables pieux et semblât ausa^ fragile qu'un plgconnior. Dans son rapport, gouverneur laisse aux savants le soin d'expliquer comment des arbres séculaires, de huit à douze pieds de diamètre, furent brisés et déracinés; comment les branches du bois de ferj furent bâchées comme des roseaux; commenta des pièces de fer de dix-huit pouces d'épaisseuifl furent tordues comme il arriva aux grande) échelles à poulie d'un dragueur de mer; comment la colonne de pierres cimentées du monument Malarlic s'écroula comme un château de cartes. En présence de tels faits, la seule choscJ dont on puisse s'étonner, c'est qu'une île de qua-i rante-cinq lieues de circonférence, qui s'ea^l trouvée enveloppée dans le centre du cyclone-, ait pu échapper à une complète destruction.
L'ouragan accourut du nord-est ; or, on connaît que deux cyclones antérieurs qui vîn-j rent de ce côté de l'horizon, et qui n'occasion-J aèrent d'ailleurs qu'un minime dommage. Cesdeux cyclones eurent lieu au mois de janvier.] L'île Maurice a eu parfois des perturbations a mosphériqucs en mai et même on juin, maîsj n'étaient alors que des tempêtes, et non do^ ragans ; depuis 1773, on y a vu trois au mois d'avril ; mais jamais encore u
^ le
AL l'AYS DE TACIL ET VIRGINIE
n'avait tlépassé la date ilu iO avril- En sorlo quej luul, jusqu'à la date môrao, semble anormaldai le dernier cyclone et parait devoir modifîor ie»Â théories encore incertaines sur lesquelles aonfe* basées les lois de la météorologie, à moins que la théorie du docteur Mcldrum sur les taches solairea ne trouve ici une confirmation nouvelle. Il est probable, toutefois, que le cyclone du 29avrilestun phénomène absolumentexceptionnel, et c'est ce qui rend excusable la quiétude de la directiondcrobscrvatoirequi, en répouseàuno anxieuse dépèche par laquelle le gouverneurdemandait les prévisions des météorologistes dans la soirée du 28, télégraphiait que la direction du vent et la hauteur du baromètre qui avait monté depuis la veille ne laissait place à aucune appréhension. Le lendemain, il étailtrop tard pour réparer l'erreur, caria rupture du fd télégraphique avait rendu impossible toute communication entre l'observatoire et les autres points de l'île. Ce no fut que vers onze heures du matin que l'inspecteur du port annonça par le canon le danger qui menaçait les navires. A ce signal, tous ceux q se rendent journellement au Porl-Lnuis en cU6> min de fer se précipitent vers la gare, dans l'a»» poir de pouvoir retourner chez eux avant que I| danger n'augmente; mais déjà la ligne est lil^
^" LE DERNIER OURAGAN
quée, aucuo traia ne puut plus quitter le Port- Louis, ot ce n'est que le jour suivant qu'ils peu- , vent rejoindre leurs familles. Le désastre fut sî i soudain, que mariset femmes, parenls et enfants s'élaicnl quittés une heure avant pour ne plus se revoir jamaifi; beaucoup àa victimes dont les noms sont restés inconnus furent ensevelies dans une fosse commune. Voici un fait pris au hasard : une dame, entendant frapper à la porte, ouvre et reçoit le cadavre d'un enfant que lui a pro- , hablement jeté la mire qui s'en va périr en voulant secourir ses autres enfants.
Tels furent les effets du plus terrible cyclone f|ui ait peut-être jamais dévasté la perle de la ' mer des Indes. Aujourd'hui, les traces en sont encore partout visibles. Le quartier détruit du Port-Louis n'est pas relevé de ses ruines, le tombeau Malarlic n'est pas réédiDé, les deux cent mille arbres qu'a touchés la main do fer de
It'ouragan sont encore décapités, et toute une Population en deuil pleure des milliers do viclipies.
Mais la race mauricienne est une race héroïj^ ^ae qui ne se laisse point abattre par les gran^ iofortunes : elle s'est remise à l'œuvre depi et la perspective d'une riche moissnri de sucr^ la console et lui donne courage. Un cyclori
AU PAYS DE l'AUL ET VIRGINIE
paralyser pendant quelque temps les affaires, mais jamais un cyclone n'a plongé ce vaillant peuple mauricien dans un d(5sespoir irrémédiable.
Lo D' Meklrum, qui a vécu pendant tant d'années dans l'intimité des cyclones, a bien voulu me comnmniquer quelques travaux qu'il a consacrés à l'étude de ce phénomène. Voici une curieuse étude déjà ancienne (1), dans laquelle il expose la relation qui existe entre la périodicité des cyclones et des pluies et la périodicité ' des taches qui apparaissent sur le disque solaire. Le catalogue des 113 cyclones survenus dans l'océan Indien pendant une période de douze année.s, dans l'espace compris entre l'équaleur et lo 34" parrallèle S. et entre le 40" et le liO' méridien E. montre que les cyclones ont 6té beaucoup plus nombreux dans les années où la fréquence des taches solaires a atteint son maximum que dans les années oii elle a atteint son minimum. Les observations montrent aussi que la proportion existe non seulement quant au nombre, mais aussi quant à la durée, l'étendue et l'énergie des cyclones. L'aire cyclonique
(1) Ou cydone and rarnrall pcriodicities in coaneMoa wilh tliu suQspot periodicity, by Clinrltm Mddrum (from Die Report or Itii! Brilîsh Asaociatloo for [bu advancoincnl ot scieoue for
LE DERNIER OURAGAN
trc douze fois plus considérable | :orrespondant au m taches solaires que dans celle correspondant au minimum, et celle-ci n'a pas eu de véritable ouragan. Tous les autres facteurs ont présenté la même correspondance, et la relation est surtout frappante dans l'énergie des cyclones, qui ie traduit par la masse des colonnes d'air mises 1 in mouvement et par la rapidité du vent. Si l'on |
it que la niasse est à peu près proportionnelle à l'aire cyclonique, que la vitesse du vent est de cinquante-cinqmilles par heure dans uno tmpète ordinaire, de soixante-dix milles dans
forte tempête, de quatre-vingt-cinq milles ' ans un ouragan, la somme d'énergie cyclonique %été dix-liuit fois plus considérable dans l'année ' à maximum que dans l'année à minimum. Bien que les résultats des observations n'offrent nécessairement qu'une grossi&re approximation, le Meldruni n'hésite pas à dire que les rapports , dépendance existant entre les taches solaires il le nomhre et la violence des cyclones ne peu- 'ent faire l'objet d'aucun doute.
Si cette théorie est fondée, il ne faudrait plui '(Uonaer de tout ce qu'a présenté d'anormal la irnier cyclone : l'hypothèse du savant astroT lUflirait à expliquer les variations excepi
tionncllcs que subissent les courants atmosphériques dans la circonvolution do la terre autour du soleil. L'étude des cyclones à Maurice a rendu de grands services au monde : c'est dans cette île qu'ont pris naissance plusieurs théories météorologiques aujourd'hui universellement a'imises.
LA FAUNE MAURICIENNE
Un continent disparu. — Les tortues terrestres. — Le Dronte. — Le Solitaire. — L'Aphanapterix. — La faune actuelle . — La faune marine. — Les polypes .
Les Hindous, en envahissant Tile Maurice, en ont fait comme un coin de Tlnde, et ils ont ainsi réfuté en une certaine manière la vieille erreur géographique qui en faisait un île africaine. Ane considérer que la distance qui sépare du continent noir Maurice et Bourbon, les îles sœurs, et même la grande Madagascar, à ne tenir compte que de la profondeur du canal de Mozambique, cette immense vallée que les flots ont creusée entre elles etla terre, on a quelque peine déjà à regarder ces îles perdues comme appartenant à l'Afrique. Mais leur flore et leur faune ont des espèces propres si différentes de celles de l'Afrique qu'on peut se demander si les archipels des Mascareignes et des Seychelles ne sont pas, tout comme Ma-
AU PAYS DE PAUL ET VIRGINfE
dagascar, les derniers vestiges d'un iramei conlinent, plus vasle que l'ALlantide de Piati f|ui s'étendail jusqu'aux Indes, et peut-être qu'aux îles actuelles de la Polynésie.
On pourrait écrire untraité d'iiistoive naturelle sur le» espèces aujourd'hui éteintes que les premiers colons trouvèrent à Maurice. Cette île a nourri longtemps dos tortues terrestres en assez grande quantité pour f'tro d'une réelle utilité aux navigateurs qui y relâchaient. On trouve sur ce sujet de curieux détails dans les anciens recueils do voyages. « On vit, dit un de ces recueils, une fort grande quantité de tortues, dont quelques-unes étaient si grosses que quatre matelots pouvaient se mettre dessus, et elles ne laissaient pas que de faire leur chemin. Les écailles étaient si grosses que six hommes pouvaient s'asseoir dans une seule (1). » Comme on l'a fait justement observer, ce qu'ils appellent ici écaille est pris probablement pour la carapace, ce qui ne laisse pas encore d'être une fort belle tortue.
Ou voit dans une relation fortcurieuse et trop ignorée qu'un matelot français ayant abordé à Maurice avec quelques Anglais échappés d'un naufrage et d'un incendie en mer, ce matelot
ito^H
LA FAUSE MAURICIEKNt;
kréféra rester soûl dans l'île et manger de la ] liaip de tortue crue i]uede s'exposer aune morl J presque certaine. C'était en 1600 et i601.Cenouj^eauRobinson séjourna vingt mois dans celte il s. En 1606, l'amiral hollandais Matelief écrit : Kllya quantité de tortues de terre et de mer. 1
premières sont de mauvais goût et af- Ireuscs à voir (1). » L'année suivante, l'a- 1 ïiiral Van der Lagcn nourrit ses matelots avec 1 la chair de tortue, n II y avait une multiitude de tortues de terre et de mer. » Et plu» P'ioin : « Les tortues de terre et do mer sont en j cette Jle en telle abondance que cela est surprenant, et elles sont aussi grasses que des pour-' ^ peaux. On en ouvrit une qui avait plus de 1^0 1 rafs. La chair des tortues terrestres était d'un 1 Mort bon goût; on en sala, et on en Gt fumer dont | Bpii se trouva très bien (2). » Voilà deux i
râleurs qui ne s'accordent guère quant au goût 1
wdB la tortue ; mais là n'est pas la question, et ]
fcce qu'il faut retenir de leurs récits, c'est que l'île j
VMaurice était, de leur temps, abondamment j
pourvue de tortues terrestres.
Parmi les espèces éteintes de la faune mauri- 1 cienne, il n'en estpas de plus intéressantes que 1 o ou Droute, le Dïdus hiepliif de L
(l)Ibid., tonmlll. p. 31S.
{•i) Rec. des voyages, pp. I9G et 199.
le Dod Eersen ou Walghvogel des Hollandaid C'était ua oiseau bizarre, d'un aspect grotesqiir d'une taille énorme, et comme il ne pouvait ■» lor avec ses ailes rudimentaires, les premîen colons vinrent à bout de le détruire en quelques années : il disparut un siècle à peine après la découverte de cette terre isolée au milieu de l'Océan, et une trentaine d'années après qu'elle fut colonisée. Comme on ne pouvait en retrouver des spécimens vivants, pondant longtemps les naturalistes révoquèrent en doute l'existence de cet être anormal qu'ils regardaient comme fabuleux. Et cependant il est prouve d'une manière indéniable qu'il vivait autrefois à l'île Maurice, ot il n'est pas moins certain que l'espèce en a été exterminée il y a plus de deux siècles. Non seulement on en a des preuves historiques, mais aussi des preuves tangibles, des vestiges et mf^me des représentations par la pointure. Lo Dodo est mentionné dans les manuscrits de l'époque et dans les récits des premiers voyageurs ; cinq anciennes peintures à l'huile ot quelques • grossiers dessins du temps en ont reproduit la physionomie étrange; enfin, on en conservedes ossements à Londres,àOxford,àCopenhague, et en 1889 on on a trouvé des squelettes complets dans la Mare aux songes, près de Maliébourg.
LA FAUNE MAURICIENNE
Âl'aidd de ces matériaux, les naturalistes ont pu reconstituer cet oiseau disparu, daas lequel ils avaient cru voir tour à tour un genre voisi: des autruches, des vautours ou des gallinacés d'autres le rapprociiaientdes pluviers dans l'ordre des écliassiers, tout eo convenant qu'il avait de l'analogie avec les pigeons. C'est dans cette dernière famille que l'a placé définitivement M.Slrickland, opinion partagée par M. de Selys- Longcliamps (1).
Oq peut se demander d'où vient ce nom de Dodo. Il est probable qu'il dérive du mot hollandais Dodoor, dormeur, fainéant, à caiisû des habitudes de cet oiscauqui, ne sachant pasvoler, avait le caractère paresseux. Dans les récits des anciens navigateurs hollandais on le trouve désigné sous le nom de Dodars, Dodaers ou Bod Eersen. L'amiral Cornélius Malelief, qui visita l'île Maurice en 160(î, signale dans son journal l'abondance de ces oiseaux, o On y trouve, dit-il, un certain oiseau que les uns nomment Dodarse, ou Dodaersen ; d'autres lui donnent le nom de Dronte. Les premiers qui vinrent en cette ile le nommèrent oiseau de dégoût (Walgh-vogel), parce que la chair en était
. {K\ RêBue loologique, 11* nnnèe. Oomplei t Attdita EiDdred, by H.E. Strickland a. Lac
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AU l'AYS DE PAUL ET VIRGINIE
repoussante. Ils sont aussi grands (|u'uncygaej et, couverts de petites plumes grises, sans a.voii d'ailes ni de queue, mais seulement des aiieroi^ aux côtés, et quatre ou cinq petites plumes a derrière, un peu plus élevées que les autrei Leurs pieds sont grands et épais, leur bec leurs yeux fort laids, et ordinairement ils dans l'estomac une pierre aussi grosse que î poing. »
Un autre oiseau non moins bizarre que I Dodo, el dont il ne reste plus que le souvenic esl celui que les anciens voyageurs désigne!
sous le nom de Solitaire {Didus soUfariuSj ainsi appelé parce qu'on lo voyait rarement ( troupes. La description nous en a été laissée pd un gentilliomme français du nom de FranQôj Léguât, qui a raconté ses aventures auS) émouvantes qu'extraordinaires dans un livi rare et curieux (1). Au dire de ce voyageur, i Solitaire'ne volait pas plus que le Dodo:
ailes étaient trop petites pour soutenir le po^ de son corps ; il ne s'en servait que pour 1 battre, el le bruit de ses ailes ressemblaîtj celui d'une crécelle : à cause de la difficulté qu'il
{)) Voyage! el aventures de François Léguât el de st pagnons en deux îles désertes des Indes Orîenlales. LoniS
L\ FAUNE MAURICIENNE
Sivaieulàcouriretà voler.on capturait facilement 1
tes oiseaux, et l'on s'explique ainsi leur prompte j
iCxtioction. La femelle était d'une beauté a<imi- J
rable : au haut du bec elle portait comme un 1
Eibandeau de veuve ; elle marcbail avec tant de |
r.çràce et de fierté qu'on ne pouvait s'empêcher ]
3 l'admirer et de l'aimer, de sorte tjue souvent I
leurbonneminc leursauvala vie. Le Solitaire ne j
se laissait point apprivoiser : lorsqu'on le captu- I
, rait, il jetait des plaintes et se laissait mourir I
frde faim. On lui trouvait toujours dans le gésier 1
^une pierre brune de la grosseur d'un œuf de '
poule, si dure qu'elle pouvait servir à aiguiser
les couteaux. L'œuf, beaucoup plus gros que
^ celui d'une oie, était couvé tour à tour par le
^âle et la femelle, et l'éclosion avait lieu au |
feout de sept semaines. I
Léguât nous a laissé une foule d'autres détails
[«tir cet oiseau qui pourrait passer pour fabuleux
M le muséum de Paris, le musée de Glascow et
société géologique de Londres n'en possé»
paient des ossements. La description de Léguai I
t accompagnée d'un dessin qui montre que le'
Eëolitaire diirérait beaucoup du Dodo.
Cet oiseau se trouvait aussi à l'île Bourbon, ] domine l'atteste le voyageur français Carré quïj Ivisila cotte île en 166tJ. » Les habitants, dit-ilj
2iû AU l'ATS DE PAUL ET VIRGINIE
l'ont nommé l'oiseau Solilairc, parce qu'eff tivement il aime la solitude et ne se plaît i dans les endroits les plus écartes; on n'e jamais vu deux ni plusieurs ensemble; il ç toujours seul. 11 ne ressemblerait pas mal à rfï coq d'Inde, s'il n'avait les jambes plus hautes. La beauté de son plumage fait plaisir à voir. C'est une couleur cbangeanLe qui Lire jaune. La cbair en est exquise : elle faÎL un des meilleurs mets de ce pays-là, et pourrait faire les délices de nos tables. Nous voulûmes garder deux de ces oiseaux pour les envoyer en France, et les faire présenter à Sa Majesté ; mais aussitôt qu'ils furent dans le vaisseau, ils moururent do mélancolie, sans vouloir ni manger ni boire (1). w Vers le même temps, uq autre voyageur français, attaché à l'expédition do M. de la Haye, donne du Solitaire celte description : n Ces oiseaux sont nommés ainsi, parce qu'ils vont toujours seuls. Us sont gros comme une grosse oie, et ont le plumage blanc, noir à l'extrémité des ailes et de la queue. A la queue il y a des plumes approchantes de celles d'autruche, ils ont le cul long et le bec fait comme celui des bécasses, mais plus gros, les
(1) Giirré, Voyaget des Indes Orienlalfa, I, \i. 12.liiH. yen. de» vayages, vol. I, p. 3.
La faune MAORICIENNI]: «1
nambcs et pieds comme poulets d'Indo. Cet
misoau se prend à la course, ne volant que bien
Parmi les oiseaux brévîpennes que renconllrèreot les premiers habitants de l'île Maurice, H en est un qui appartenait à une autre famille que celle du Dodo et du Solitaire : c'est ['Aphnnapterix Imperiaiis de Frauenfcld, qui était probablement de la famille des râles : cet échassier avait un lon^ bec recourbé, et par son magnifique plumage rouge et soyeux il pouvait rivaliser avec les plus beaux oiseaux des troques. Son liistoire est encore peu avancée, tparce que les documents ostéologi(|ue3 manquent ou consistent en des fragments insunisanls.
Milne Edwards, Sclilegel, 0\ven,de Selys-Lon}^champs ont étudié les restes de ces intéressants J oiseaux aujourd'bui éteints (1).
La faune mauricienne, autrefois si ricbe, n'of* fre plus aujourd'hui que deux espèces indigènes, le tenrec et le rat, descendant do ces terriblea | rongeurs qui étaient si nombreux, au début la colonisation, qu'ils forcèrent les Hollandais à | déserter l'île. Les autres quadrupèdes vivant à |
l'état sauvage soot le sanglier, le Lerf,le lièvre, le lapin et le coclion de Giiinée.
La ciiasse aux cerfs est, à l'île Maurice, une véritable institutiua : elle a lieu du 15 Oq d'août. On chasse aussi le sanglier connu aous le nom de cochon marron, parce qu'on suppose qu'il descend des cochons doinesti(]ues qui 86 sauvèrent dans les bois aune époque reculée. Ils atteignent souvent une grande taille : le mâle pèse parfois jusqu'à 400 livres ela des défensesde 9 pouces de long. Ils se nourrissent de vers, de chenilles, de semences et d'autres choses qu'ils trouvent dans leurs maraudages. Ils commettent souvent de grands ravages dans les plautationa de la Savane, do la Rivière Noire et du Grand Port, La chasse de ces cochons marrons demande do grandes précautions. Us ont un odorat très fin ; quand ils se sentent poursuivis, ils se réfugient dans les bois et les marais, et il est très difficile de les en déloger.
La plupart de nos animaux domestiques ont été Importés à l'île Maurice. Les animaux de trait les plus estimés sont le cheval d'Australie, le poney de Timor, la mille d'Espagne et do la Plata, l'àne de Muscat et le hœuf à bosse de Madagascar, qui rend de si précieux services aux planteurs pour les transports par chariots
i FAUNE MADRICIENNE 2H
Outre la plupart de nos oiseaux de basse-cour, l'île Maurice possède l'aulruelie du Cap et celle d'Australie. On y trouve une grande variété d'oiseaux des tropiques, le perroquet, la perruche, lo bengali, le cardinal, le marLin ou niynaj l'oiseau-banan«, l'oiseau blanc, et diverses espèces de canaris. Los oiseaux de proie sont le mangeur de poule, sorte de faucon originaire de Maurice, le corbeau et la frégate de mer. On coniptedeux espèces de cliauves-souris se nourrissant exclusivement de fruits. Dans les récits s voyageurs on trouve mention d'une énorraechauve-souris qui avait lagrosseur d'une [poule et dont les ailes étaient longues de près de deux pieds : elle ne perchait pas, mais s'accrochait par les pieds aux branches des arbres, la tète pendanten bas : otcommesesailes étaient
» munies de plusieurs crochets, on avait beau la frapper, elle demeurait toujours attachée par quelque crochet. Fraaçoit Léguât assure que les Hollandais en faisaient un mets précieux et la préféraient au gibier le plus délicat (1).
I L'île Maurice est une des rares contrées tropicales qui ne soient affligées d'aucun reptile venimeux ou insecte nuisible. Dans ces dei
(1) yo'ja;/ese! amitiui-e.f de Fraiifois Le'jval. M" p, lOU.
241 AU PATS DE PACL IT VIBGISIE
temps, il est vrai, quelques serpents ont été portés de l'Inde, avec le lest des navires, mi ils a'appartienoent poiat aux espèces dangerai ses. Les seuls èlres désagréables dans la saisi cliaude sout les scorpions, d'une petite espèce, les moustiques et les guêpes. L'ile s lézards. Les iascctcs les plus communs sont l'araignée, l'abeille, la fourrai, la sauterelle, papillon, la clienîlle, la mante et l'horrible pi naisequi abonde dans les buttes des Indiens.
L'énuméralioD des poissons qu'on péclie si les cotes de l'ile serait très longue, car toute faune de la mer des Indes, une des plus poissonneuses du monde, y est représentée : le requin, ce tigre des mers, abonde sur tout le littoral, et dévore ciiaque année quelques victimes. Les rivières contiennent de nombreux poissons d'eau douce, lelsquela carpe, l'anguille, la damo Géré, etc. Enlîn, la côte est très riche en crustacés, huîtres, crabes, homards et coquillages d'une variété infinie.
On ne peut parler de la faune marine sans dire un mot des polypes. Autour Je l'ile Maurice on trouve partout les surprenantes constructions do ces prodigieux ouvriers, dont, pendant des siècles, on a admiré les ouvrages sans comprendre leur existence : car ce n'est que depuis le dix-
eii
LA FÂÏÏSE Mît
huitîèi
siècle
nu on siiit que
des aaimaux, et qoq des plantes. Les e entourentMaurice semblent offrir les coiiditious les plus favorables pour la croissance des polypes : situées dans la zone torride, elles ont la, tompératuro qui convient à la vie de ces èlreE' mystérieux. L'île entière est défendue sur loaii son pourtour par des formations coraliennes, et) cette chaîne do récifs, qui en défend l'approche' comme un rempart circulaire, n'est interrompue qu'à l'embouchure des rivières et sur une petite étendue de la côte méridionale, oil l'Océan reçoit des eaux boueuses qui s'opposent au développement des polypes, car le polypo ne travaille que dans les eaux claires. L'immense muraille dont l'ile s'enveloppe comme d'une ceinture repose sur les solides fondations qu'ollraient les torrents do lave que les volcans vomirent jadis jusqu&i dans la mer. Les récits s'élcndent jusqu'à una ou deux lieues au large, les uns à quelques pied?! au-dessous de la surface des eaux, les aulxes se' montrant même à découvert aux plus basses mi rées,sans que celte circonstance semble affectei la vie de certaines espèces de coraux.
Parmi tous les mystères de la nature, il n'eft] est guère de plus merveilleux que l'aclivilé di ces chétifs animalcules qui s'emparent des mail'
Icaircs do l'Ucéan pour construin aHmirabics cellules. Si nombreux que soient tes pi>]ypea, ils ont chacun non seulement lour mode de construction propre, mais encoro leur habitat particulier aux différentes profondeurs oik se passe la vie coralienne. On sait, par les admirables travaux d'Agassîz sur les coraux, que la Bubstanco corulino est chez le polype coque la substance osseuse est chez d'autresètres organiiiis : c'est la partie solide du corps de l'animal. Le corps du polype, qui ressemble à une anémono marine pendant la vie de l'animal, sedurcîL À mesure (jue ses parois se chargent dematièrd calcaires, et devieiil ainsi à la longue un corari| Les récifs de coraux les plus considérables se trouvent dans la baie du Graud-Port, sur la côte du quartier do la Rivière Noire, et autour du morno tirnbant. Le naturaliste américai N. Piko assure que, dans la baie du Grand-PoH ils s'accroissent avec une telle rapidité qu'il n^ faudra pas une longue période d'années poufl que ce port ne puisse plus recevoir que les plutfT petits bateaux de poche. Non pas, toutefois, quff Jea coraux aient une croissance rapide, car biei au contraire ils croissent avec une telle letfi tcur qu'on a calculé qu'il leur a fallu des ccntag de siècles pour contruire les récifs tels qu'il
LA FAUNE MAUBICIKNNE
sont dans leur état actuel. Ces récifs grandissent non pas lantpar l'acci'oissement propre aux polypes que par l'apport continu des coraux arracliùs par la vague, des débris de coquilles et dos ; sables qu'amènent les marées et qu'accumulent J les ouragans. Les cyclones qui ravagent périodiquement l'île Maurice exercent sur les récifs une grande puissance destructive : Ils arraclient d'énormes masses de coraux qu'ils apportent à ■la côte, et ces masses transportées du large con- Étinuent à s'accroître sur leurs nouveaux domaines, ofi elles forment une masse plus irréjulière et moins compacte que lorsqu'elles étaient exposées à la houle de l'Océan.
Et ainsi peu à peu se modifi e l'aspect des îles | et des terres. Et les polypes, ces fragiles mais patients architectes, préparent de nouvelles contrées aux générations futures ; un jour peut-être^ ils rejoindront l'Ile Maurice à Bourbon, à Mada-
scar, et ils referont le continent disparu dont 1 ces îles ne sont que les vestiges. Car, comme l'a | dit un ingénieur écrivain, les polypes sont des I faiseurs de mondes, et c'est à eux sans doute que pensait Alexandrcde llumboldt quand ils'écriail ] que la mer renferme dans son sein une exubérance de vie dont aucune autre région du globe ] ne pourrait donner l'idée.
LA FIÈVRE DE MAURICE
im. — L'épidémie de 1867. — Causes de Pinfièvres. — Caractères de la fièvre de Maurice, eux antidote. — Abus de la quinine. — Cauédifications du climat. — Le déboisement et le it.
lurice a deux fléaux : les cyclones et . Les Mauriciens, ne pouvant éviter es, ont cherché à fuir les fièvres en iblir à Curepipe, le lieu le plus élevé li jouit d'un climat humide et froid.
is quelque temps on constate à Cure- 3 des cas de fièvre qui prouvent que u lieu n'est pas encore suffisante pour sanitarium. A mesure que Tagglomémd, rincurie des habitants et de Tadmîamèneles mêmes résultats qui ontfait
Port-Louis à cause de l'insalubrité de Bjà beaucoup de Mauriciens prennent
d'aller refaire leur santé dans l'île
sœur de Bourbon, au sanitarinm de Cilao, silmi à deux mille mèlros d'altitude. L'un d'eux me disait qu'après avoir séjourné quelques semaines à Cilao, son lils en était revenu agile comme une chèvre, lui qui n'avait pas la force de marcher sous le ciel énervant de son pays natal. Lorsque Curepipe sera devenue à son tour malsaine et inhabitable, à cause de l'iiicuric des rurepipiens,Ics Mauriciens, pour fuir les lièvres, n'auront plus qu'à déserter leur île.
Un jour un navire chargé d'émigrants de Calcutta apporta à l'îleMaurice la terrible contagion du choléra, et depuis lors les coulies ue purent plus être recrutés que dans les présidences (le Madras et de Bombay. Mais dette restriction à l'immigration hindoue n'a pas pu empêcher l'importation des fièvres dans celle île qu'on citait autrefois pour la salubrité de son climat, pour la transparence do son atmosphère, pour la limpidité de ses eaux pures de toutes exhalaisons dangereuses. Les fièvres, qui étaient à pou près inconnues à Maurice dans la première moitié de ce siècle, y éclatèrent soudainement en 1606 avec une effroyable violence. Lors do l'épidémie de 1867, vingt-cinq mille habitants, lo tiers de la population, moururent dans la seule ville du Port-Louis, et la population totale de l'tlo
AU l'AYS DE l'AUL ET VIRGINIE
médecins les plus distingués do la colonif entrepris de résoudre les questions suivant*
La fièvre a-t-elle toujours existé à Maurice? N'a-t-ollo fait son apparition qu'en 18G6? A-telle été importée ? A-telle quelque connexion intime, quelque parenté avec la lièvre qui a sévi en iSoC, ou bien n'est-elle qu'une superactivilé du miasme paludéen ou tellurique qui, au dire do rares auteurs, exerçait déjà une influence pernicieuse dans la colonie ? Enfin, peut-on, à l'heure présente, à l'aide des ressources de l'hygiène, contribuer à arrêter les ravages qu'occasionne la fièvre, surtout au sein do la population indigente ?
J'ai lu cette instructive causerie pleine de curieuses révélations, et j'y ai trouvé la convînliou quelafiùvre actuellcn'oxistaitpasà Maurice avant IRIiti. En dépit d'uno opinion uniquement basée sur la statistique des malades des divers régiments qui se sont succédés à Maurice, la colonie jouissait antérieurement d'une parfaite salubrité. Les faits cités par le docteur Antelme prouvent d'uno manière décisive que non seulement le pays était sain, mais qu'il était encore sans fièvre. Plus de trente mille hommes dé garnison qui s'étaient succédé à Maurice dans ^apace do dix-huit ans n'avaient donné que
LA FIÈVRE DE MAURICE
^^^pix-neuf admissions aux hôpitaux pour cause do ^^■Bèvre intermittente et rémitteoto. Mais qu'est-ce que dix-neuf admissions dans l'espace de dîxhuit-ans 1 D'ailleurs les hommes de la garnison pouvaient être déjà contaminés à leur arrivée à Maurice ou avoir contracté le germe de la maladie dans les pays contaminés d'ofi ils venaient. fJCe qui est certain, c'est que la fièvre ne se rencontrait point parmi les habitants. La colonie méritait donc, au point de vue de la salubrité, sa désignation de « perle do la mer des Indes ». C'est aussi l'opinion du docteur Meldrum, le
P.4avaDt astronome royal, dont les reclierclies herculéoDQea sur la fièvre mauricienne ont autant d'autorité que celles d'un médecin,
11 n'est pas douteux non plus que la fièvre a été importée à Maurice par des émigrants venus de l'Inde : elle n'est pas née spontanément dans la colonie. On ne peut la considérer comme une ^^^èvre paludéenne et tellurique,car elle est trans- ^^htiesible et de nature Infectieuse, comme l'attes- ^^PleQtson envahissement, sa marche, son extension, les ravages qu'elle a commis, et encore l'apparition de la même fièvre dans l'île sœur do la Réunion, quelque temps après son apparition à ^^BÉIaarice. On a remarqué cïussi que la quiniue, i ^^nui agit si merveilleusement partout ailleurs
^^B contre le
^™ d'avoir la
AD PATS DE l'AUL ET VIRGrME
contre le paludisme ou le tellurisme, est loin
'avoir la même tifficacilé auprès de la fièvre , mauricienne.
M, Scolt, directeur du jardin botanique, qui réside depuis douze ans aux Pamplemousses, i assuré qu'il n'a jamais eu le plus léger accès à lièvre, Lien que ce quartier de l'île, autrefois n dos plus salubres, soit aujourd'hui un des pluQ infectés. 11 m'a assuréaussi qu'il doit son nit6 à l'usage à haute dose du whiskey, qu*^ considère, en sa qualité d'Ëcossais, comme \ plus puissant de tous les antidotes.il est certald qu'il semble jouir d'une sauté très llorissantc trop florissante peut-être pour un climat tropîc oi'i le wliiskey n'est pas l'idéal des raffraîcl sements. La lièvre, selon M. Scott, n'attaqi d'ailleurs que les Indiens et les Créoles. En c pit de cette assertion, tous les Européens ql| résident à Maurice, depuis le gouverneur juglj qu'aux commis de bureau, sont si préoccupa de la crainte des fièvres qu'ils font un usaj immodéré de quîtiioe. Lorsque je dinais chez H résident, il s'administrait cinq grains de (\ avec le potage et m'engageait à faire Je mêni Une dose de cinq grains, qui nous paraltén< est considérée ici comme si anodine que .
Itbarmacicns n'en préparent point de moîndn