IX. — LA JONCTION
Pendant que les capitaines de la 2e compagnie se mariaient si heureusement, Sir Garnett qui s’était mis en marche et qui n'avait pas beaucoup plus de chemin à faire que Si Sliman, Sir Garnett qui avait hâte d’arriver, approchait de Barma-Goungou. Il y entra trois jours après les mariages. On lui fit grande fête.
En route, Sir Garnett avait eu une rencontre avec le Sbah, roi de l’Ouadaï, son allié ; il lui avait promis des cartouches : car ce roi se trouvait dans une situation singulière que notre explorateur Mizon a très bien expliquée.
On sait que les Madhistes avaient battu une grande armée égyptienne commandée par des officiers et un général anglais; cette armée exterminée, les Madhistes avaient pris les fusils à tir rapide des Egyptiens ; mais ils eurent bien vite épuisés les cartouches dans une guerre qu’ils firent ensuite au Sbah, roi de l’Ouadaï, qui les battit à fond et leur prit les fusils des Egyptiens; mais point de cartouches.
Il avait donc un bataillon de fusilliers à tir rapide, mais ceux-ci ne pouvaient tirer.
Le premier soin de Sir Garnett fut de lui préparer des cartouches.
Sir Garnett y fit procéder avec méthode.
Il eut d’abord soin de faire improviser une grande hutte qui devait servir d’atelier et de magasin à ses armuriers.
Il en avait un, très habile, qu’il avait envoyé à Liège faire son apprentissage ; cet homme, un nègre arabe de Zanzibar, avait formé des élèves plus ou moins initiés aux secrets du métier; de sorte qu’il ne manquait pas d’ouvriers. Or, Sir Garnett ne voulait pas, s’il était obligé de tirer beaucoup, se trouver pris au dépourvu de cartouches ; il avait donc emporté tous les outils nécessaires à la confection de cartouches métalliques .
Pour fabriquer en grand, c’est compliqué ; mais,, pour fabriquer en petit, à la main, c’est très simple.
En somme, il s’agit de faire un tube fermé à un bout ; c’est un jeu pour n’importe quel ferblantier; puis on charge le fond au fulminate de mercure, on charge à poudre, on enfonce la balle.
Rien là qu’un ouvrier bien dressé ne puisse faire vite et bien avec très peu d’outils.
Quant à fondre des balles, c’est encore moins difficile; il faut des moules; mais avec de l’argile, on en fabrique sans avoir besoin d’un grand savoir-faire.
Du reste, l’armurier était passé maître dans toutes les branches de son art.
Sir Garnett avait résolu de fournir au Sbah, son allié, des cartouches /pour ses remingthons et ses smders, et ses armuriers avaient travaillé avec zèle, car Sir Garnett les payait à la tâche.
L’atelier fonctionna à Tombouctou, puis sur la flottille, puis à Birmi, plus tard à Barma-Goungou, et Sir Garnett, au momént où il opéra sa jonction avec les troupes du Sbah, se trouva pouvoir approvisionner chaque fusil rapide de celui-ci à cent coups d’exercices à feu et à deux cents coups pour les combats.
Or, un soldat fait, un vrai guerrier, un hofnme de la troupe des soldats du Sbah, héros de vingt batailles, quand il a tiré cent coups avec une arme, s’est familiarisé avec elle.
Gertes les cartouches de Sir Garnett n’avaient pas l’absolue régularité, la perfection extrême que l’on obtient à l’aide des machines spéciales; la poudre surtout était un peu défectueuse ; mais on en avait augmenté la charge et les fusils partaient encore juste à plus de mille pas, ce qui était un beau résultat.
Quand Sir Garnett vit son atelier de cartoucherie fonctionner, il ordonna que tout le monde fut exercé à la cible avec soin et à de certaines manoeuvres qu’il avait imaginées ; ainsi se passa un certain temps, pendant lequel un agent de la Compagnie anglaise intrigua ferme auprès des sultans de l’Adamoua et du Sokôto.
Mais dans notre récit, nous -croyons bon de donner une idée de la constitution de cette troupe étrange qui s’appelait la Grande Caravane