‹ Au pays des aiglesChapitre 16 sur 22 · XII. — LA TACTIQUE DE CÉSAR · texte numérisé non relu

XII. — LA TACTIQUE DE CÉSAR

Lorsque César se trouva en présence du soulèvement général des Gaulois, réunis en une grande armée, il résolut de diviser leurs forces en attaquant tantôt une province, tantôt une autre, ce qui amenait ses ennemis à faire des détachements qu’il battait en détail. 9

. Sir Garnett résolut d’affaiblir Mac Clelan.

Il appela Yomberry et de La Ponterie, et il leur dit :

— Avec les sokrars, qui sont des Sahariens, cavaliers de naissance et bons méharistes, et avec tous mes cavaliers et mes méharistes, vous allez former un formidable escadron qui se placera en tête de la cavalerie du Sbah ; vous envahirez le Sokoto et vous razzierez ses villages avec méthode, les faisant se racheter du pillage contre une rançon raisonnable et en défendant le meurtre. Il faut maintenir une discipline de

J’ai arrêté avec le Sbah quelles seraient les parts de prise Vous aurez deux mitrailleuses et deux canons; de la dynamite et des outils pour élever des batteries au besoin.

Mais je vous recommande une méthode qui réussit presque toujours. n

Vous envoyez quelques obus sur les maisons ou les cases les plus apparentes ; vous sommez ensuite la ville de payer rançon. J

Elle s’exécute.

Je vous recommande la modération.

Comme j’ai autant de confiance dans l’un que dans l’autre de vous, vous allez tirer au sort à qui aura le commandement en chef.

— Mais, dit de La Ponterie, c’est inutile. Yomberry a plus d’expérience que moi pour des coups de main pareils ; il a enlevé des tatas (places fortes) au Sénégal. 11 s’y connaît et je serai sous ses ordres.

— Je vous adjoins le prince arabe qui commandera, lui la cavalerie du Sbah, laquelle sera très fière d’avoir, comme général, un prince du sang royal de Zanzibar.

Et il ajouta :

— Comme règle, pour les rançons, après renseignements et estimation, exigez le quart de la fortune liquide de chaque ville et village.

Munis de ces instructions précises, Si Sliman et ses compagnons partirent le lendemain en razzias.

On entendit bientôt parler d’eux.

Dès leur second jour de marche, ils furent rencontrés par un courrier que le prince révolté du Sokoto envoyait à Sir Garnett, afin de l’avertir qu’il avait toutes les forces del’Adamoua sur les bras et qu’il allait être assiégé dans Jacoba, sa capitale.

De La Ponterie se concerta avec le prince arabe et renvoya le courrier en lui disant qu'il marchait au secours de son maître.

De La Ponterie avait une idée audacieuse, c’était d’attaquer Yola, la capitale de l’Adamoua.

Coup risqué !

Les autres officiers hésitaient; mais Si Sliman se rangea à l’avis de de La Ponterie et l’expédition fut décidée.

On fit avec les excellents chevaux arabes et méharis une marche foudroyante.

Un matin, on arriva devant la ville, et, tout aussitôt, canons et mitrailleuses furent en batterie.

Le bombardement commença.

On juge de l'effroi d'une ville qui n’était gardée que par une poignée de vieux guerriers dont pas un. n’avait vu, de sa vie, l’effet des obus.

La population qui comptait huit mille âmes, s’effara et s’affolla; elle voulut fuir; mais des détachements de cavalerie la refoulèrent.

Jugeant l’effroi à son comble, Si Sliman envoya un parlementaire et fit cesser le feu.

Il donna cinq heures à la ville pour verser sa rançon, livrer mille fusils et mille chevaux, faire sa soumission; moyennant quoi pas un soldat n’entrerait dans ses murs, mais elle fournirait à tous les besoins de l’armée.

Les conditions furent acceptées et exécutées.

Aussitôt Si Sliman fit construire une grande redoute avec un fortin de réduit dominant la ville et le pays, tenu sous la gueule des canons et des mitrailleuses.

On juge de la stupéfaction du sultan Zoubir, quand il apprit que sa capitale était au pouvoir d’un parti ennemi ; il laissa devant Jacoba la moitié de son armée pour y tenir son adversaire bloqué et il marcha sur Yola avec ses meilleures forces, sa garde et la compagnie d’Haoussas anglais qui emmenait ses canons et ses mitrailleuses.

Si Sliman ne doutait pas qu’il en serait ainsi et il résolut d’aller écraser l’armée assiégeante devant Jacoba; en conséquence, quand il sut que Zoubir était à deux jours de sa capitale, il exécuta une marche de nuit rapide sur le flanc gauche de l’armée qui se portait à la délivrance de Yola ; il fit plusieurs autres marches rapides de nuit, et, un matin, à l’aube, 1 surprit un des camps assiégeants; celui-ci, bombardé, fut chargé, écrasé, dispersé.

Le prince Birmani sortit , avec son armée et culbuta un autre camp; puis les deux armées réunies balayèrent les assiégeants qui laissèrent deux mille morts sur le terrain.

C’était une victoire décisive.

Le prince Birmani était désormais dégagé pour longtemps, en raison du désastre subi par son adversaire; mais de La Ponterie proposa de marcher sur Yola, avec toutes les forces

du prince, et de profiter de la déroute qui déprimait l’énergie des Adamouas pour leur infliger encore une défaite.

Son conseil fut suivi.

Zoubir, apprenant que les spahis jaunes et leurs alliés avaient abandonné Yola pour aller au secours de Jacoba, avait fait demi-tour et repris le chemin de cette ville ; il connut la catastrophe à moins de vingt lieues de Jacoba; alors il voulut rentrer à Yola pour s’y mettre en défense.

Avec les canons de la ville bien servis cette fois, avec l’artillerie des Haoussas anglais, il pouvait y résister victorieusement; de La Ponterie n’en doutait pas; mais il espérait le battre avant qu’il fût arrivé.

En effet, il atteignit son arrière-garde le second jour de la poursuite et il lui tua encore un millier d’hommes ; mais les Haoussas anglais, en bataillon carré, sauvèrent le reste de l’armée adamouanè; car de La Ponterie et le prince Birmani n’avaient pu gagner de vitesse qu’avec de la cavalerie impuissante contre les forces d’un carré défendu par les feux rapides.

Toutefois, ce nouveau désordre affaiblissant énormément le sultan Zoubir, il était à prévoir que le prince Birmani serait à même désormais de lui tenir tête.

De La Ponterie abandonna donc le prince et retourna au camp du Reiss où il mit son immense butin en sûreté, il en avait déjà vendu les trois quarts à Birmani et à ses sujets.

Sir Garnett félicita ses lieutenants et les renvoya en razzias ; dix villes, cent villages furent rançonnés, et le Sultan du Sokoto détachait en vain de son armée de forts partis qui arrivaient toujours trop tard.

Alors il s’affaiblit en envoyant de fortes garnisons dans les villes exposées; c’est ce que Sir Garnett attendait et espérait.

Bientôt il ne restait plus que dix mille hommes et Mac Clelan au Sultan.

Quant à Sir Garnett, il dit :

— Ma stratégie à la César a réussi. Agissons donc maintenant !

Et il porta toute l’armée alliée en avant.

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