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CHAPITRE X

Pirogues canaques. — Honneurs funèbres et cimetières chez les Néo-Calédoniens. — Cake. — Agilité des indigènes. — Lèpre et lépreux en Nouvelle- Calédonie. — Médecine et chirurgie, les Takatas.

Il nous a été impossible de nous procurer une pirogue pour nous rendre dans le village de Cake. Déjî\ nous en avons vu des spécimens

1 Ces instruments s'appeUent, en certains points de la colonie, Tanangoî ; de la (terre légitre) et goî (bois dur).

* Voir plus loin.

dans les rivières de la vallée. Simples ou doubles, creusées dans un tronc d'arbre, elles se manœuvrent à la perche, la pagaie ou à l'aide de voiles triangulaires en nattes. Les simples ont un balancier fait d'une solive flottante pointue à ses deux extrémités et reliée h Tembarcation par trois traverses horizontales.

En outre de ces pirogues de rivières, les Canaques ont d'autres grandes pirogues de mer construites à l'aide d'immenses troncs de kaori. Ils savent habilement les lancer en utilisant les torrents qui descendent des montagnes à certaines époques.

Quoi de plus gracieux qu'une embarcation chargée d'herbes, que deux popinées, placées debout à chaque extrémité du mince esquif, font glisser à la surface de l'eau à l'aide de simples perches d'un bois aussi léger qu'il est dur? Quelle habileté pour se maintenir en équilibre, quelle souplesse de mouvements!

Nous allons remonter la Négrépo, comme le firent en 1863 M. et M"»« Guillain, venus h Canala pour se faire présenter les chefs indigènes avec leurs femmes et leurs enfants, non sans saluer le Pic des Morts, ancien cimetière canaque, bien connu dans tout le pays.

Les Canaques ont le culte de leurs morts. Ils tiennent à conserver et à pouvoir contempler le plus longtemps possible les restes de ceux qui leur sont chers. Ils honorent la mémoire de leurs chefs par des fêtes funéraires, font aux mânes de leurs ancêtres des ofl'randes d'ustensiles, d'éloftes, de fruits et d'aliments*. En 1859, de fervents sectateurs de Gall, dédireux d'enrichir nos musées de phrénologie, parvinrent à ravir au cimetière du Pic des Morts plusieurs crânes, mais ils faillirent payer cher leur témérité profane ; la présence du poste calma seule l'excitation des Canaliens. A l'heure actuelle, les usages, a-ton dit, auraient changé ; l'habitude d'exposer les morts comme ils le faisaient jadis tendrait à disparaître. Le culte des personnes disparues n'a pas diminué chez eux. Quant h la manière dont ils comprennent ce devoir, le temps seul, « ce grand éducateur des peuples », et les progrès de la civilisation, pourront leur faire modifier leurs habitudes, sur ce point comme sur tant d'autres. L'administration, il est vrai, dans un but hygiénique facile à comprendre,

1 Ed somme les Canaques, à défaut d*autre culte, ont celui des aïeux. Les esprits supérieurs, auxquels ils croient et dont ils redoutent la puissance, no sont autres que ceux de leurs ancêtres et, en les honorant, ils n'ont d'autre but que do se les rendre favO' râbles.

cherche à les décider par tous les moyens à enterrer leurs morts ; mais cette pratique leur répugne. Ils réservent ce moyen de sépulture pour les simples tayos, les popinées, afin de pouvoir montrer quelques tombes, preuves de leur bonne volonté. En général, sauf pour les catholiques, chaque fois qu'un Canaque d'un certain rang vient à mourir, surtout si c'est un chef, on expose son corps sur un treillis de lianes. Des guerriers, les narines bouchées à Taide d'herbes aromatiques, le veillent jusqu'à ce que la tôte se détache du tronc ; après quoi le crâne, enserré dans un filet en fibres de bananier, est déposé, la face tournée vers le village, dans des endroits consacrés à cet usage ; puis enfin on suspend les corps. Les tayos, quand on ne les enterre pas, sont simplement enveloppés et ficelés dans des nattes pour être suspendus de la sorte aux arbres des cimetières. Afin de tromper l'œil de Tautorité française, les naturels ont choisi dans les montagnes, ici près, dans la forêt de Citi, des endroits presque inaccessibles, sur lesquels veillent continuellement des gardiens spéciaux.

La cérémonie des funérailles ne s* accomplit naturellement pas sans solennité. Poïndi, chef de Pounériouhen, étant mort il y a quelques années à l'orphelinat, près de Nouméa, on a pu cette fois se rendre quelque peu compte de ce qu'était la veillée des morts chez les Canaques. Revêtu des insignes de chef, le cadavre de Poïndi demeura toute la nuit sur les genoux de sa sœur, pendant qu'un certain nombre de popinées remplissaient l'office de pleureuses et se lamentaient à qui mieux mieux.

Poïndï fut enterré. Auprès de Nouméa était-il facile de faire autrement? Dans l'intérieur, il eût été exposé et confié à la garde des guerriers croquemorls appelés Taboues^ dont nous parlions plus haut. Ceux-ci, quand ils ont accompli leurs fonctions funèbres auprès des cadavres, laissent pousser leurs cheveux en signe de deuil et les enferment dans un turban fait enracines de banian. Une doivent jamais, a dit M. Lemire, se découvrir devant qui que ce soit, le matin quand ils arrangent leur chevelure dans quelque coin bien isolé; s'ils étaient aperçus par une femme, il leur faudrait faire des ablutions.

Chez les Canaques, il ne saurait y avoir de fêtes sans repas. Aussi, dès que le corps a été transporté à l'endroit où il doit être exposé ou enterré, fait-on un immense festin aux dépens de la basse-cour et des provisions du décédé, qu'il est d'usage de piller consciencieuse-

ment pour la circonstance, ainsi que sa famille. Les mêmes cérémonies gastronomiques se renouvelaient jadis, peut-être encore maintenant à la fin du mois, quand les Canaques se réunissaient pour cuire la lune, suivant leur pittoresque expression (De Rochas). Du reste, elles sont Taccompagnement obligé des fêtes données à l'occasion d'une naissance, d'un mariage et de tout événement de moindre importance. Après la bombance, au lieu de dévaster les plantations en signe de deuil, on se contente d'ordinaire, aujourd'hui, de couper la cime de quelques cocotiers.

Mais voyons plutôt ce tayo peu vêtu, qui nous attend là-bas sur la rive à l'endroit où nous allons débarquer pour entrer dans le royaume de Cake. Remarquons les profondes cicatrices qu'il porte sur la face externe des bras. Ce sont des marques de deuil, car l'usage cruel, impitoyable, veut toujours que les parents du défunt, non seulement les femmes comme d'aucuns le prétendent, mais tous se tracent sur les bras, au moyen de tisons de bambou, ces profondes incisions transversales. De là, ces cicatrices, ces chéloïdes d'après leur nom scientifique, dont la présence intrigue souvent ceux qui en ignorent l'origine.

Le tatouage n'est point général chez les naturels. Plus fréquent chez les femmes, il consiste souvent en quelques raies transversales tracées sur les joues et partant des commissures ou angles des lèvres. U s'en trouve aussi qui portent sur le corps, sur les bras surtout, des rangées de petites tumeurs gaufrées, faites à l'aide de petits moxas, c'est-à-dire de brins d'herbes fixés dans la peau et allumés ensuite.

Cake, chez qui nous nous trouvons, est un spécimen du parfait sauvage au physique comme au moral. Grand, fort, robuste, le dos un peu voûté par Tâge; il a la tête énorme, le visage labouré de rides profondes, le teint noir, les arcades sourcilières saillantes, ombrageant, sous une épaisse toufle de poils gris, des yeux profondément enfoncés dans leurs orbites. Il porte, comme les chefs, la moustache et la mouche rudes et bien fournies. Inférieur à tous points de vue à Gélima, son cousin germain dont il subit l'ascendant, il nous a, grâce à ses conseils sans doute, toujours bien servis ; mais actuellement ce n'est plus qu'un être absolument passif, ivrogne et abruti. Néanmoins, il est le plus grand chef de la vallée. Sa tribu proprement dite compte 14 centres, plus ceux de Kouaa, à 30 kilomètres de Canala, dans la direction du nord-ouest.

Le maître est absent, il n'y a pas grand monde à cette heure dans le village. Beaucoup d'hommes et de femmes à la pêche, aux champs ; beaucoup d'enfants à l'école.

Nous allons prier cet indigène de nous faire donner quelques noix de cocos, pour nous procurer l'occasion de juger de l'agilité du Canaque. Suivons des yeux cet enfant embrassant le tronc de l'arbre, tandis que, le corps courbé en arc, il appuie h plat la plante des pieds contre l'écorce et les élève successivement. Avec quelle habileté il va atteindre la cime du cocotier et s'emparer d'un fruit qu'il lui faudra dépouiller ensuite. Nos sauvages ont pour cela un moyen simple et rapide. Ils aiguisent à ses deux extrémités un bâton, fixent l'une d'elles en terre, inclinent l'autre devant eux; puis, saisissant la noix à pleines mains, ils la frappent à tour de bras sur l'extrémité pointue et font voler au loin les débris de l'écorce dilacérée par les chocs successifs.

...Le Canaque est essentiellement paresseux et indolent. Il n'aime pas à sortir le soir de peur des revenants, ou lotie matin par crainte de la rosée. Rencontrez-le se dandinant, il dira qu'il se promène. Du reste, le peu de soins qu'il prend pour améliorer sa position, sa cuisine, la construction de ses cases, malgré le contact et l'exemple des Européens, n'*esl-il point la meilleure preuve de la nonchalante apathie d'une race qui se contente de demander à la nature généreuse ce qu'elle peut lui donner pour subvenir à ses premiers besoins ? Mais de là à rester complètement inactif, non certes 1 A la plantation des ignames, à la pèche, huh pilous^ que de mouvements, que d'exercice! D'une merveilleuse souplesse, singe et chat tout h la fois, moins l'appendice caudal, jamais il ne tombe en grimpant aux arbres, dans ses courses ou dans ses travaux*. D'une grande résistance à la fatigue, il peut parcourir 60 à 70 kilomètres par jour dans la montagne, fournir une course de 4 à 5 kilomètres, nager des heures entières et, au besoin, devenir un cavalier accompli. Couchés vers les dix ou onze heures du soir, les naturels se lèvent avec le jour, mais ne dédaignent pas, en cas de grande chaleur, de fatigue exceptionnelle, de faire au milieu de la journée une sieste prolongée s'ils en ont l'occasion.

^ Un mission uaire, qui vit ovcc eux depuis 25 ans, disait qu*il n'arail jamais vu de fractures suite de chutes.

Nous n'irons pas chez Nondo, le troisième seigneur de la vallée. Cest un chef do guerre, du grade de lieutenant, noire auxiliaire pendant rinsurrectiou de 1878 où il a été blessé. Il a, comme beaucoup d'autres chefs, une trisle réputation de moralité : le peu de cas qu'il fait des femmes de sa tribu, on dit même des siennes qu il vendrait au premier venu, n'est point fait pour donner une haute idée de ce personnage *. De plus, il a la lèpre, car vous n'ignorez point les ravages que fait actuellement en Calédonie cette terrible maladie *.

Ceci n'a rien d'étonnant quand on songe qu'il s'agit d'une race livrée, par son ignorance des règles élémentaires de Thygiène, à l'agression de tous les principes morbigènes.

Est-ce à dire que les Canaques n'aient point de médecine? Non, loin de là. Ils ont leurs praticiens ou plutôt leurs sorciers: êtres ignorants, contrefaits souvent, bouffons de la tribu môme; mais êtres terribles, redoutables, par leur réelle intelligence, et surtout par l'esprit du mal, le seul peut-être bien développé chez eux.

Les médecins ou takatas tiennent de leurs ascendants quantité de formules thérapeutiques et de pratiques bizarres relevant autant de la sorcellerie que de la médecine. Ils jouissent d'une autorité consi-^ dérable auprès des leurs, font la pluie et le beau temps, distribuent la santé, la maladie, la mort même, au gré de leurs désirs; les chefs doivent compter avec eux. Tous les remèdes indigènes sont administrés à l'intérieur ou à l'extérieur sous formes de tisanes, fumigations, frictions, applications.

Vient d'abord la citronelle {andropogon schœnantus) utilisée en

^ Noodo est mort au mois de novembre 1889. Il était depuis longtemps atteint de la redoutable affection et il se serait donné la mort à Taide d'un poison subtil dans une case où il s'élnil retiré sur les bords de la Négrépo, avec l'inlenlion d'y mourir. Ce chef, dont le commandant Rivière a tracé un portrait aussi exact qu'inimitable, nous arait rendu, en 4878, de signalés serrices. M. Serran arait complètement dompté le saurage qui, dans la marche du commandant de Canala sur la Foa, aiait eu un moment la relléitc de mettre à mort ce dernier. L'énergique attitude de M. Serran, faisant don ï ce moment de sa carabine ï Nondo, saura la situation. On raconte au Canala qu'il aurait dit au chef conaque : « Prends cette arme, Nondo : si ton dessein est de me suirre pour aller rejoindre le colonel, tu t'en serriras contre nos ennemis ; si, au contraire, tu as l'intention de m'assassiner comme je le pense, tu diras que tu me Tas prise ». Vaincu par ces fiercs paroles, Nondo n'hésita plus et combattit fidèlement à côté de nos troupes.

' Voir, à l'index bibliographique, l'article que nous arons publié dans les Archivet (U médecins navale (férricr 1894).

infusion contre les flux inteslinaux *. Le Oancoulier(alcurite8trUoba)i en canaque cahurUy donne une huile, huile de camari, douée de pro» prfôlés éminemment purgatives et susceptible d'être employée par nous. Préparée par M. le pharmacien de la mariue Garnault, elle figurait, en 1862, h l'exposition de Londres. Les Néo-Calédoniens mangent également un ver qu'ils trouvent dans la noix, et dont ils sont très friands.

Le ricin (ongd'o) est, comme le précédent, très répandu à l'état sauvage, bien que n'étant pas indigène. Les propriétés du ricin sont connues des takatas.

Deux autres plantes de la même famille sont très en honneur sinon dans la médecine du moins dans la sorcellerie canaque. L'une est Vexcœcaria atroXy voisine du mancenilier et de la même tribu {Hippomânes). La toxicité de celte plante, connue sous le nom d'arbre aveuglant des MohiqutSy a été dès longtemps signalée par de Rochas. L'autre, un arbuste, dont toutes les parties donnent un suc irritant, s'appelle à Ganala dû-, elle sert aux Canaques d'aborlif, et aussi pour se procurer du poisson qu'ils empoisonnent en jetant dans les rivières une sorte de composition faite à l'aide du suc de la plante : le poisson n'acquiert de la sorte aucune propriété toxique.

Le maniania (quechoc) est une légumineuse {Pachyrizzus montantis), dont Icb naturels aiment à manger, en cas de disette, les racines crues ou cuites sous la cendre. Ils se servent aussi, au dire de certaines personnes, de Tapplication de feuilles mâchées comme topiques contre les piqûres des araignées noires. En outre, le tubercule do cette liane, dont les bestiaux sont très friands, aurait aussi la propriété d'augmenter la lactation

Le bourao {peu), une malvacée scientifiquement nommée hibiscus tiîiacœus, fournit aux indigènes un émollient de premier ordre et un singulier aliment. Après avoir fait sur les branches de l'arbre des séries d'incisions transversales, ils enlèvent l'écorce de deux en deux. Le tissu nouveau qui la remplace est une sorte de bourrelet d'un blanc jaunâtre, mets savoureux, agréable, rappelant en plus dur le fond d'artichaut.

Le rhus atra{Thérébintacêes), ou sumac vénéneux dont les émana-

1 En Au:^tralie, on l'utilise aussi contre lu dysenterie ; elle agirait par son tannin. Son huile essentielle est iliapborétique et stimulante. Beaucoup de colons se serrent de la cilronclle pour remplacer le thé et la méli!«<«(\

lions sont malfaisantes, possède un suc très vésicant, plus utile au sorcier qu'au médecin. Son application faite sur de grandes surfaces peut déterminer de graves accidents (Hayes). Comme les Canaques, les condamnés le savent bien : ils s'en servent pour se procurer des plaies. On tire un suc, très usité pour les breuvages de sorcellerie, de l'amande cuite sous la cendre de Vanacardium orientale. Je tiens pourtant d'un Père Mariste, qu'il Ta vu employer étendu d'eau, pour laver des plaies envahies par les vers.

L'huile de calophyllum inophyllum (Clmiacees) sert aux naturels pour frictionner les gens atteints de douleurs rhumatismales *. Ils emploient également pour cet usage le fruit acre comme le poivre du gatellier commun {vitex agnm castus).

Laissons de côté le niaouli, le palétuvier ei h casuanne {casuarina 4*quitifolia) y espèces astringentes et abortives. Les pousses tendres de palétuvier mêlées à du coco râpé sont un régal pour les Canaques.

Trois fougères rendraient h la médecine néocalédonienne de grands services : Vangiopteris erecta, contre les rhumatismes; lew^rtensia dichotoma, dans les affections de la vessie; enfin, les femmes canaques de certaines tribus emploient les feuilles broyées de la troisième, le nephrodium exaltatum, pour hâter la cicatrisation du uombril chez les nouveau-nés.

A citer encore, le cerbera ahoui ou du moins une de ses variétés, le cerbera mangliao, dont l'ingestion des fruits, la fumée respirée, seraient mortelles!

- . Le takata connaît bien les terribles effets de ces plantes, mais connaît il réellement les autres propriétés des simples qu'il utilise par routine, par tradition, plutôt qu'avec un réel discernement; à quoi lui servent Yacacia laurina^ le cœnanthm asiatica^ le desmodium australe^ le dodonia riscosa, Vavicenia resinosia et cent autres (Hayes)?

Tous les remèdes sont tirés uniquement du règne végétal. Il convient pourtant de faire une exception en faveur de l'eau de mer dont ils absorbent une grande quantité pour se purger. Cet usage est très répandu chez les indigènes des Loyalty et chez tous les riverains.

Pour faciliter l'effet de ce remède on absorte en même temps, si

* L'huile acre de calopbyilum, qui n'est autre que le tamanou, aurait été essayée ji l'hApitai de Nouméa par Hœckei, dans le traitement des ulcères.

Ton peut, l'eau de plusieurs cocos. Ce serait être incomplet que de ne pas parler de la saignée locale, la base, le fondement sur lequel repose toute la thérapeutique canaque. Depuis longtemps ces sauvages ont compris tout le parti à tirer de ce puissant dérivatif. Aussi, est-ce toujours ou presque toujours par des scariScalions larges et profondes, pratiquées à Taide d'un morceau de verre, que les takatas commencent le traitement d'une affection. Plaies, contusions, oppressions, douleurs de toute nature, sont traitées par une série d'incisions. Les Canaques, stoïques et d'une résistance admirable h la douleur, les supportent sans se plaindre. Par ce moyen, les médecins indigènes combattent les inflammations ou empêchent leur développement. Quelquefois pourtant, Tabus de la saignée pratiquée d'une façon intempestive ou en un endroit mal choisi surtout, a causé la mort, par blessure artérielle, des malades devenus victimes du zèle des takatas pour les émissions sanguines, et de leur ignorance complète des premières notions anatomiques.

Quant aux connaissances chirurgicales des Canaques, elles nous ont toujours paru assez rudimentaires. On panse les plaies avec une feuille tendre de bananier non encore déroulée, dont les propriétés seraient astringentes. On se sert encore pour les furoncles, les abcès, de la feuille de la plante communément appelée fer-à-cheval; souvent aussi les indigènes emploient pour les blessures et les brûlures, un mélange de graisse et de charbon de bois finement pulvérisé.

Certains takatas s'entendent également à soigner les fractures des membres, quand elles ne s'accompagnent pas de déplacement. Comme tous les sauvages de quelque partie du monde qu'ils soient, ils maintiennent les fragments réunis à l'aide d'attelles de bois et d(; lianes, et appliquent en somme un appareil qui condamne le membre à l'immobilité. Le résultat est ce qu'il peut être, bon parfois, plus souvent mauvais. En somme, de là à posséder comme le veut ici la légende, des aptitudes spéciales pour ce genre de cures, il y a un abîme; nous ne souhaiterions à personne de tomber entre les mains d'un praticien canaque.

Les femmes accouchent accroupies, les mains appuyées par terre et soutenues par des matrones seules spectatrices. Quant aux procédés d'obstétrique, ils sont des plus simples, mais aussi des moins délicats. On tambourine de la main sur le ventre delà patiente, doucement et délicatement d'abord, plus vite et à grands coups de

poing, voire même h coups de pied ensuite, si les choses traînent en

longueur !

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