‹ Au pays des CanaquesChapitre 23 sur 41 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Singulier oi<teau. — La rivière encaissée. — Fougères et cyca«. — Une plante utile. — Les simples en Galédonie. — Le papayer. »- Pouembout. — Koniambo.

Le coup de feu qui nous a réveillés n'était point destiné à un malfaiteur. Voici la victime promise depuis quelques jours : c'est le fameux corbeau aboyeur dont nous avons, à différentes reprises, entendu le cri dans la campagne. Ce cri ressemble assez bien au jappement d'un petit chien. Mais là n'est pas le seul intérêt de curiosité qui s'attache à ce singulier animal. Il est aussi agent de la voirie, vit des cadavres exposés par les Canaques, aussi des œufs de petits oiseaux qu'il déniche.

De plus, il est doué d'une sagacité que l'on peut appeler merveilleuse. D'après M. Gallet, administrateur principal, lorsque ce corbeau, moins gros que noire corbeau de France, chasse les insectes, qui se mettent hors de sa portée en se réfugiant sous une écorce ou dans un trou, il emploie un moyen très ingénieux pour les faire sortir. Il cherche une branche fine et flexible et la tient dans son bec jusqu'à ce qu'elle en fasse le prolongement. Il l'introduit alors dans le trou et la remue en tous sens tant et si bien que, l'insecte effrayé, sort de sa cachette et devient sa proie.

Le corbeau aboyeur vit aussi de noix de bancoul ; comme l'enveloppe en est fort résistante, il se sert pour la casser d'un moyen curieux : il choisit un arbre élevé sous lequel il y ail une roche assez dure, et du haut d'une branche située parallèlement au-dessus de cette pierre, il laisse tomber la noix qu'il veut briser. Si elle n'est pas rompue au premier coup, il recommence jusqu'à ce qu'il ait réussi. Vous reconnaîtrez facilement les arbres qui lui servent à cet usage au tas de coquilles amoncelées à leur pied.

Tout le monde n*a pas la bonne fortune de pouvoir suivre l'inté-

fessant animal dans ses intelligentes opérations, qui semblent, pour la seconde surtout, nécessiter de la part du corbeau des notions assez exactes sur la perpendiculaire et la connaissance des roches. M. Gallet a été dix ans avant de pouvoir vérifier par lui-môme un fait qui le laissait incrédule, car le corbeau redoute à ce moment le voisinage de Thomme. Il accepte volontiers, au contraire, la compagnie de la tourterelle et de la perruche cornue h bec noir, qui viennent lui demander à partager son repas.

Nous pouvons maintenant nous rendre compte de la présence

d'un assez grand nombre d'oiseaux en Nouvelle-Calédonie, qui n'est plus le pays silencieux d'autrefois. S'il est certain que dans les forAtSr dans les grandes plaines, on n'en rencontre qu'en très petite quantité, si leur chant ne vient que rarement réjouir l'oreille, il n'en est plus de même autour des centres, grâce aux importations dont nous avons parlé.

N'est-ce point à elles que nous sommes redevables de ces mésanges, fauvettes, rouges-gorges, roitelets, geais, merles, grives, sansonnets, hirondelles, sans oublier les martinspécheurs et ces jolis petits cardinaux à tête rouge qui viennent dévorer nos papayes ? Il faut espérer que, de même que les espèces plus utiles, toutes celles-ci se répandront facilement à rencontre des rapaces : faucons, éperviers, buses, milans, grands destructeurs de volailles et, par cela même, déjà beaucoup trop nombreux ici.

Après avoir suivi une assez belle route jusqu'à la Mouéo, nous

allons nous engager dans la vallée de Népoui, au milieu d'une quantité de gaïacs. Ce chemin nous conduira jusqu'à la rivière Tiaoué, dont le lit profond lui a valu le nom de « rivière encaissée » et dont les bords sont garnis de pandanus, fougères arborescentes, figuiers canaques, etc.

Les richesses calédoniennes eu fougères, cycas^ sont incalculables. Sur les grands marchés d'Europe, dans les pays amateurs d'horticulture, elles, atteignent parfois des prix fabuleux. Au sujet des cycas il faut citer le tacca pinnatifida, qui fournit une farine vendue sous le nom d' «arrow-root », à Tahiti. La quantité de fécule retirée d'une autre plante, nommée pya, qui croit ici partout à l'état sauvage, est considérable. Elle pourrait devenir une source de produits aussi variés qu'avantageux.

Permettez-moi aussi de vous présenter une petite et modeste

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plante excessivement répandue ; c'est une euphorbiaeée» Vmiph^rMa pUluUfera. Constamment employée dans la pharmacopée anglaise d'Australie contre Tasthroe, à cause de Tiodure qu'elle contient, elle est ici d'un grand secours à beaucoup de colons» souvent éloignés des centres médicaux, qui ont recours h ses infusions.

Est-il besoin d'ajouter que l'Européen n'a qu'à étendre la main pour trouver autour de lui, dans les richesses du pays, toutes sortes de remèdes végétaux simples et peu coûteux? Déjà, à Toccasion des substances employées par les naturels, on a pu voir que certaines d'entre elles, sagement ntilisées, pouvaient rendre des services.

Faut-il parler de la tisane de racines de vétiver ? On s'en sert aux Indes comme excitant tonique et sudorifique. Macérées dans l'eau de coco, c'est encore une excellente boisson stimulante indiquée contre l'énervement et l'épuisement produit par la chaleur.

Ck>mme purgatifs, nous engagerons à évitei* le bancoulier, les graines de ricin, surtout le pignon d'Inde et le croton-tiglium. Au contraire, la pulpe de tamarin constitue un excellent laxatif.

Notons en passant Yérythriney dont l'écorce est employée dans nos colonies contre les piqûres de poisson-crapaud; l'indigo*, dont la décoction de tiges vertes sert aux Antilles et à Tahiti pour combattre la salivation mercurielle. Les feuilles de flamboyant sont purgatives, les fleurs fournissent une bonne tisane pectorale. L'infusion de cassie passe aux Antilles pour être excellente contre les palpitations et oppressions cardiaques douloureuses. Une sorte d*hibiseu9, VH. EsculetUtis, GombOy est une malvacée dont les fruits verts et mucilagineux, bouillis à l'eau, sont précieux pour les personnes atteintes d'affections de poitrine. Coupés en tranches et assaisonnés comme des petits pois nouveaux, ils fournissent un aliment sain et léger qui convient parfaitement aux convalescents.

Les feuilles de patate de mer, froissées dans un bain, le rendent réparateur.

On a importé, d'Australie en Calédonie, YeiwalyptuSf dont les infusions de feuilles peuvent être uiilisées contre les affections vermineuses et de poitrine.

Inutile de parler du thé que l'on commence à cultiver, et de Tin-

< Culture t ses débqU en Calédotiio«

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fusion de lepêffspermum vergcUîm, employée par le» indigène» pont* le remplacer. II est curieux de remarquer que c'est Cook qui a ie premier yanlé ee thé, qu'il avait goûté h son premier voyage en Océanie.

IjS menthe poivrée est d*an excellent usage en Europe comme excitant et stomachique.

A coup sûr, si une plante est, malheureusement pour tes culturels répandue en Notivelle Galédonie, c'est le lentana qui nous vient de Talîti. Vengeons-noDs de lui en utilisant le plus possible ses pro«priélés astringentes. Associées k celles de niaotUi et macérées dans du vin« ses feuilles donnent on excellent liquide aromatique dont on peut se servir, aa besoin, pour le pansement des plaies^ et de pins c'est un remède contre les aphtes.

Les anciens employaient le lentana contre la toux et le rhumatisme. Aux AntilleS) on dit que Tinfusion de feuilles et de fleurs est digestive ; elle jouirait d'une action sur les facultés intellectuelles, qui la ferait employer comme le café chez nous.

Viennent ensuite le vilex, la salsepareille, le gingembre, les citrons, dont le zeste est excitant, l'écorce amère et tonique, les semences fébrifuges et vermifuges.

Tout le monde connaît les propriétés anliscrofuleuses des algues, dues à l'iode contenue dans ces végétaux. Deux espèces comestibles sont prisées par les Canaques : un gelidium et le laurentia Wrighti. Il existe aussi en Calédonie de ce fameux raisin de mer, que les Brésiliens atteints de goitre mâchent pour se guérir de cette affection.

Dernièrement, la flore de Calédonie vient de s'enrichir d'une plante nouvelle : le cassia alata, légumineuse. Cette importation .est due à M. Porte, pharmacien de la marine, qui a préparé avec le principe actif des feuilles, un produit médicinal donnant de bons résultats dans les maladies de la peau, principalement dans les aff'eclions herpétiques.

Ne prolongeons pas davantage cette énumération. Après

avoir franchi le col de Tiaoué, nous avons à jeter les yeux sur la vallée de la Pouemboul, aux excellentes terres d'alluvîons, où le gouverneur Fallu de La Barrière a fait établir un centre agricole pénitencier.

Pouembout, situé au milieu de terrains boisés, est réuni ati dé'^

barcadère placé sur la rive droite de la rivière, par une route longue de 3 kilomètres, et large de 8 mètres.

Dès 1883, furent commencés les premiers travaux. Deux cents allotissements furent affectés par le service géométrique de l'administration pénitentiaire ; les premiers condamnés employés h opérer les défrichements formèrent les premiers noyaux de concessionnaires.

Ceux d'entre eux qui ont dépassé 50 ans, n'ont que de petites concessions d'un hectare ou deux. L'élevage du petit bétail, les produits d'une basse-cour sont leurs principales sources de revenus.

Le centre de Koniambo est de formation plus récente encore que le précédent. Comme h Pouembout, on n'y a installé les concessionnaires qu'après que les terrains eurent été préparés.

Cette manière de procéder est un véritable progrès sur le système de colonisation pénale anciennement usité h Bourail. Elle donne, parait-il, de très bons résultats *.

Finissons-en, avant d'arriver à Koné, avec les drogues et les

simples. Ce serait pourtant une injustice d'oublier le papayer, qui possède un fruit que l'on mange cru comme le melon, ou confit comme les concombres.

Le suc laiteux qui s'en écoule, lait végétaly sert, étendu d'eau, h faire macérer les viandes coriaces. La résine que Ton en relire (caricine) fournit un bon médicament très facile à obtenir en précipitant la substance du lait végétal à l'aide d'un peu d'alcool concentré.

Cette poudre blanche, comme du reste le suc de la plante luimême, mélangé h du miel, est un parfait vermifuge. Les ascarides surtout ne résistent pas.

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