CHAPITRE XXIIL
Marais et paludisme en Nouvelle-Calédonie. — Une réputation surfaite. Tribus fidèles.
L'hospitalité reçue au poste de Koné, situé h 9 kilomètres d l'embouchure de la rivière qui traverse la riche vallée de ce nom,
* Pouembout et Koniambo comptaient, en 188^, 250 concessionnaires, sur une popu lation totale de 575 habitants.
ne doit point nous faire oublier le rude chemin qui mène à Voh. Nous pourrions suivre à pied le bord de la mer, en allongeant de deux heures le trajet; mais ce serait perdre le coup d*œil dont on ouit du sommet du mont KafTéate.
Faisons-en sans nous presser l'ascension. Dans trois quarts d'heure la vue de la splendide baie do Gatope nous payera de nos fatigues.
Que de marais à traverser dans ces régions! Cest à se
demander comment il se fait que la Nouvelle-Calédonie ne soit pas sujette comme tant d'autres contrées, principalement des pays chauds, à la malaria, cette terrible endémie qui tue non seulement par elle-même, mais encore imprime à toutes les maladies des contrées tropicales, où elle atteint son summum d'action, un cachet de gravité spécial, rendant absolument impossible Tacclimatement de la race blanche sur ces sols inhospitaliers.
Pourquoi donc notre colonie n'a-t-elle pas à compter avec le paludisme^ qu'il serait plus exact d'appeler tellurisme ou poison né du sol, par opposition au typhisme^ groupe des poisons nés de rhomme aggloméré ou isolé (typhus divers, fièvre typhoïde, etc.).
Faut-il voir là l'influence des vents régnants qui balaieraient et rafraîchiraient notre île, véritable atome au milieu de l'Océan qui l'entoure ? Que d'Iles placées dans des conditions identiques d'aération et de ventilation sont pourtant paludéennes t
En Calédpnie, il est d'usage populaire d'attribuer l'excellence du climat au bienheureux niaouli ', c< l'arbre à tous maux », qui a détrôné ici l'antique verveine des anciens Gaulois.
Sans vouloir médire du végétal cher aux Calédoniens, dont l'utilité à tous points de vue est incontestable, nous croyons que sa réputation a été en cela surfaite. Expliquez donc comment ses feuilles tombant dans les marais, ses émanations purifieraient l'air ou neutraliseraient les miasmes des marécages * ?
Ne constate-t-on pas l'absence de fièvres dans certaines plaines,
* C'est Filzroy qui le premier attribua au niaouli la vertu d'empêcher les fièvres intermittentes. Le célèbre géomètre, qui avait proposé à son gouvernement d'établir en Calédonie un poste de convalescents, ne put jamais pardonner h ses coropalriotes de s'être laissé de? ancer par les Français.
* Nous ne nierons pas qu'en drainant le sol, comme il a été déjà dit, le- niaouli n'en puisse diminuer l'humidité, et contribuer ainsi indirectement à son assainissement; mais cette action seule nous paraît absolument insuflisante à expliquer l'absencn de malaria.
ii6 LA NOUVELL£-<:ALéoeNlB BN 1890.
dan6 certaines vallées fermées, où le niiouiî léii défaut complète ment, et e6t remplacé par l'inévitable palétuvier, Tarbre ft malaria par excellence, répandu sur une supericie de plusieurs eeataifies d'hectares ?
Pour établir l'action préservatrice du niaouli, il faudrait (expérience difficile et de longue durée), l'importer <laf)s les pays connus pour être des foyers de paludisme, voir comment il se comporte visà-vis de la malaria, et, d'après les effets obtenus, l'expérimentateur serait en droit de conckire oui ou non à la vertu merveilleuse de ses salutaires émanations.
Mieux vaut croire qu'en Galédonie, le niaouli ne combat ni ne détruit rien, par la raison toute simple que le miasme dont on le fait l'antagonisme n'existe pas.
En effet, que faut-il pour l'engendrer?
l» L'existence de marais à l'air libre ou souterrains;
î*» Le renaue^uent de l'humus. Tous les grands travaux, qui étalent à l'air des matières organiques contenues dans le sol et les exposent à l'action de la dialeur et de l'humidité, mettent ce fait en évidence. La nature nous en fournit elle-même des preuves «lanifestes. Amboine était jadis à l'abri des fièvres; elles ont fait leur apparition depuie 48â5, époque où l'tle fut bouleversée par un tremblement de terre.
Or, en Calédonie, la couche d'humus que recouvre le sol des plaines est en général infime par rapport à la charpente qui la supporte. Quant aux marais véritables, grâce également à la présence de coraux au travers desquels les eaux filtrent sans stagner, ils n'existent pas davantage. Ces marécages ne possèdent point leur flore caractéristique ; l'eau se renouvelle certainement à travere cette mince pellicule de terre arable, que trouent, en maints endroits, les a'^tes de l'assise rocailleuse qu'elle recouvre '.
Si le miasme existait en Calédonie, du reste, il eût terriblement f;4it sentir ses effets lors des immenses travaux entrepris soit à Nouméa, soit ailleui^s. Il n'en a rien été*.
* L'objection que Ton pourrail Uror de ta graode é|>aUséur de la <rouche d'humus, en certains endroits restreints et isotési ne saurait être invoquée. Ces couches sont des c Micfaes lierfes qui n'ont jauiMS été pfofondémont reaiuées par la culture, laqueHe n'a U \i qu'égratigiier leur surfacCé
^ liiâo.dea médeeûis ost .reconnu U préaence de quelqnea cas isolés de fièvre inter-
Hmn tt^Misifltoit8 pas «ur un dernier potnt signalé ptr M. I>Mrmre: Faut-il que les coraux soient vivants pour penueltre réconlemeiii des eaux, ce q«i expliquerait la présence de la malaria dans les pays ùk Ton trouve les coraux morts, comme aux Nouvelles-flébrides et aux Aitilles ? Contentons-nous de bénir cette perméabilité. Elle existe bien réellement ici; pour longtemps encore, elle metlra notre lie h i abri ds la ierrible endémie.
..... Descendre est plus facUe que monter, d'ordinaire. C'est ce que nous allons faire après un instant de repos. Les Canaques aous aiiferont, en nous offrant le secours de leurs robustes épaules pour franchir les cours d'eau et les passages difficiles.
Les indigènes «que nous rencontrerons appartiennent à des tribus fidèles 1 les Ounas, les Panequi, les Koné, les Pinjin... Toutes ont su résister aux tentatives des^Ounounas, habitants du centre, qui cherchaient à les entraîner dans la révolte, et massacrèrent quelques Européens dans la vallée de Pouembout, pendant les troubles de 1878.
Les PiBJio, qui occupent Taase de Kataviti, dans la baie de Koné, sont grands pécheurs devant rÉternel, et approvisionnent tous les Européens d'aletitemr.