‹ Au pays des CanaquesChapitre 28 sur 41 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Jusqu*à Pam. — Les moustiques. — Les lies du nord de la NouTelle-Calédonie, Poindoumié, Balabio, Paàba. — Massacres de Ycnguébane. — Le Bélep. — Les îles Huon. — Les naufragés du MaiUand et du Plato. — Le ChesterÛeld et le guano.

Ouégoa est à 30 kilomètres de Pam ou Pouranambaoum, port situé à l'embouchure du Diahot.

Un sentier court le long de la rive droite du fleuve, dont la vallée s étend depuis Pam jusqu'à hauteur du cap Colnetl.

Nous ne séjournerons pas à Pam, et rentrerons de suite en embarcation à Ouégoa, car je ne vois point ce que l'on pourrait aller y faire, à moins de s'oflrir à la piqûre des moustiques, plus nombreux en cet endroit que partout ailleurs.

Il y a quelques années les bâtiments du port étaient situés sur 'île même, à l'embouchure de la rivière, mais l'endroit fut reconnu absolument inhabitable à cause des insupportables insectes; le service dut être transporté en face, sur la Grande-Terre, au lieu dit Pouranambaoum. Le nom de Pam a subsisté pourtant, les moustiques s'y sont transportés! En somme, les malheureux habitants ne sont guère mieux partagés qu'avant leur changement de résidence.

Il n'est point exagéré de dire que les moustiques constituent un véritable fléau en Nouvelle-Calédonie, tant y est grande en certains

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endroits leur production, surtout à Tépoque où les pluies se montrent d*ordinaire plus fréquentes.

S'élevant en troupes immenses des marais, ils font irruption à trompe armée chez vous et sur vous, et le soir» principalement si le promeneur a la malencontreuse idée de revêtir des vêtements de couleur noire ou foncée, c'est par centaines qu'ils s'attaquent à Timprudent, à travers l'étoffe, impuissante à le protéger.

Si l'on songe qu'un moustique peut reproduire par année

cinq ou six générations d'œufs à 350 environ chacune, et peut être représenté par des milliards de descendants à la fin d'un été, on comprend que le mot fléau n'est pas trop fort dans un pays où les oiseaux insectivores sont encore insuffisamment répandus *.

L'espèce qui se retrouve ici est une sorte de cousin annelé, gris, rayé de noir sur les pattes et le corps, et voisin du culex annul(Uus de Duméril, si ce n'est le même. C'est la plus grande espèce de France. L'animal est réellement féroce dans sa fureur sanguinaire; il n eût pas servi de modèle à Pline, lorsqu'il étudiait les manifestations divines dans les plus petits insectes, si le célèbre naturaliste avait pu habiter certains points de la Nouvelle-Calédonie.

Quant aux accidents suites des piqûres, ils sont en général peu accusés, à moins que l'on ait eu l'imprudence d'écorcher la blessure, auquel cas on paît voir apparaître de petites plaies.

Mais jamais d'ordinaire, à part chez les forçats et les libérés qui les entretiennent pour ne pas travailler, celles-ci ne se transforment en ces larges ulcères, rencontrés h chaque instant dans d'autres colonies moins saines, où les tissus anémiés sous l'influence du climat ne peuvent résister à la moindre violence.

Pour luller contre ri.mporlun diptère, les Européens s'entourent la nuit d'un moustiquaire, et emploient le jour les fumigations au moyen de diverses poudres, préservalif aussi coûteux qu'infidèle. Les Canaques s'enfument dans leurs cases *, et quand ils circulent,

< Une sorte de grenouille imporlée à Canala, et qui se répand rapidement eu Calédonie, est aussi une ennemie redoutabk pour les moustiques; il importe d'en favoriser la mullipliealioQ.

* La fumée éloigne très bien les moustiques, mais présente un inconvénient sérieux pour l'odorat, et un danger véritable pour les yeux et les voies respiratoires. Seule, la fumée produite par lo combustion des écorces ou peaux de uiaouli finement décou^éti et brOlées sur un petit réchaud de braises, réussit très bien à engourdir l'animal rendu inoiïcnsif; elle a rinuncusc avantage de n'élrc nullement irritante, mais au contraire bknfaisajitc |K)ur les poumons et les brouebes. J'ai pu maintes fois eu faire rcipérieBte*

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les écartent de leurs membres nus^ au moyen Jd'un rameau queU conque;

Il faudra du temps sinon pour débarrasser la Calédoniè des mous* tiques, au moins pour les reléguer dans les parties inhabitées de l'île, mais la chose n'est point impossible. Les défrichements des marais qui avoisinent de trop près certains centres^ la multiplication toujours croissante d'animaux insectivores, finiront dans un temps plus ou moins rapproché, par avoir raison en grande partie de myriades d'insectes aussi insupportables qu'inutiles.

Sur toutes les côtes de la Nouvelle-Calédonie, à une distance

plus ou moins rapprochée de la Grandes-Terre, il existe un grand nombre d'îles et d'îlots plus importants h Textrémité nord que partout ailleurs peut-être.

Parmi les plus voisins, nous avons près de Balade, Poudouniié ou Poindimié, l'Observatoire de Cook, car c'est près de là qu'il mouilla, ainsi que d*Ëntrecasteaux. Durant l'expédition de ce dernier, en mai 1793, l'un des ofBciers, le commandant Huon de Kermadec, mourut à Balade. Il fut enterré de nuit et secrètement sur Tllol de sable^ pour que son cadavre fût soustrait aux goûts cannibales des indigènes.

On avait à cette époque élevé une pyramide en pierres. En 1869 le gouverneur Guillain ordonna la construction d*un monument destiné à perpétuer à Poindimié, le souvenir de l'expédition de d'Entrecasteaux.

L'île Balabio, presque au nord, est située au-dessus de l'île Pam. Elle a une étendue de 2,500 hectares, des parages poissonneux, très fréquentés par les requins. Longtemps, les pêcheurs ont préparé le poisson salé sur ce coin de terre, vraisemblablement visité par Cook.

Viennent ensuite les Paâba, dont la principale, d'une superficie de 3,000 hectares, est renommée, avons-nous dit déjà, par ses cocotiers. Les indigènes qui l'habitent sont des Nenémas de la Grande- Terre. Comme îles moins importantes, ce groupe renferme Yenguébine, tristement célèbre par le massacre de l'équipage d'une chaloupe de VAlcmène, vers la fin de 1850.

Commandé par le vicomte d'Harcourt, le navire vint mouiller près de Balade. Le commandant, désireux d'obtenir quelques relèvements^ envoya une chaloupe avec quinze hommes sous les ordres des aspi-

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ranls de Varenne et de St-Phal. Pour éviler la Grande Terre et les anthropophages, ceux-ci eurent la malencontreuse idée de venir accoster près d'un îlot voisin qu'ils croyaient inhabité! l/embarcalion, d'après le Père Lambert, aborda l'après-midi à Tamboua, près du mouillage de Oundi.

Bientôt environnés par les naturels, les Français se livrent sans défiance aux échanges. Les objets qu'ils montrèrent excitèrent-ils la cupidité des Canaques, et ceux-ci crurent-ils comprendre que les blancs allaient se rendre chez les Koumacs, leurs ennemis ?

La mort de nos infortunés compatriotes fut décidée, et le lendemain ils étaient massacrés, soit à terre, soit à bord de leur canot; puis leurs cadavres furent dépecés et cuits au four. Seuls, deux matelots, Hervé, Morvan, et le jeune Lafitte, mort capitaine de port à Nouméa, en 1884, furent épargnés, et retrouvés trois jours plus tard au milieu des indigènes, par une embarcation de VAlcinènef commandée par l'aspirant Pouthier, plus tard capitaine de vaisseau.

Aidé d'un naturel de Balade et du Frère Jean Taragnat, un des compagnons de Mgr Douane avec qui il était arrivé à Balade, en décembre 4843, Pouthier réussit, grâce au courage et au dévouement de ses compagnons, à arracher les trois Français au sort qui les attendait.

Le commandant d'Harcourt vengea sur les naturels des tribus environnantes la mort des hommes de son équipage; ce fut à la suite de son rapport que le gouvernement songea sérieusement à occuper la Nouvelle-Calédonie.

Faute de temps pour visiter toutes ces lies, surtout pour

nous rendre aux Bélep, aux Huon, aux Chesterfield, nous nous contenterons d'en parler en retournant à Ouégoa.

Les Bélep, à 25 milles de la pointe nord, constituent un groupe de neuf lies, parmi lesquelles on doit citer Art, qui a 14 milles de long sur deux ou trois de large. Sa formation est la même que celle de la Grande-Terre. Quelques gorges, quelques torrents, quelques baies, des traces de nickel et de cuivre sur le sol : voilà pour l'aspect.

Les indigènes qui l'habitent se livrent à la pèche et à la culture. Par suite de la réduction de la population, on a pu y envoyer en 1879 plusieurs centaines de Canaques faits prisonniers pendant l'insurrection.

Internés sous la surveillance du chef Alphonse, et nourris d'abord

par rAdniinistration, ils se suffisent à eux-mêmes depuis longtemps; et un grand nombre d*entre eux travaillent chez les colons de là Grande-Terre. .., ;

On trouve à Art dû maniania en abondance, ce qui permet aux indigènes d'élever quelques troupeaux.

De Rochas y a également signalé des lucioles inconnues sur la terre ferme. En revanche, on rencontre h certaines époques et à cer* tains endroits, par exemple à Canala, des champignons phosphorescents, éclairant d'une lueur verdàtre et très vive pendant la nuit, les bosquets des jardins.

Les îles Huon sont situées à 180 milles au N.-O. de la Nouvelle-Calédonie. Elles doivent leur nom au commandant Huon de Kermadec, bien qu'elles aient été découvertes le 28 novembre 1792 par le capitaine Henri Bont, commandant le Royal Admirai, qui faillit se perdre sur les récifs. Le groupe est formé par l'île Huon dans un premier lagon et trois autres dans un deuxième.

D'après le P. Montrouzier, ces îles sont très pauvres, de formation madréporique, et depuis peu émergées. Elles ne se composent que de sables calcaires, de fragments de coquilles et de coraux. Le zoologiste n'y trouve que deux espèces de tortues {iestudo lacrymata et testudo maculata), ainsi que de nombreux oiseaux de mer; l'entomologie et la botanique y sont d'une pauvreté extrême.

En 1879 et 1880, on a exploité les dépôts d'engrais dus à la présence des volatiles. Mélangés aux débris de coquilles et de végétaux, ils constituent une sorte de guano de qualité inférieure.

L'hydrographie de ces îles peu importantes a été faite par le commandant Chambeyron, qui a baptisé les deux principales d'entre elles du nom des deux premiers pilotes de la colonie, Fabre et Leleizour.

Ce fut sur l'île Fabre que se perdit, en 1872, le navire anglais Maitland,

Pendant douze mois, les naufragés demeurèrent sur cet îlot sans jamais se douter qu'ils étaient si rapprochés de la Nouvelle-Calé donie.

Après avoir élevé des abris à l'aide des débris de leur navire, ils construisirent une chaloupe, dont les bordages, faute de clous, étaient reliés par les fils de fer provenant du gréement du Maitland. Sans avoir la patience d'attendre le retour du second, qui s'était em-

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barque avec quelques hommeB dans un canot, pour aller chercher du secours en Australie, le capitaine et les matelots qui restaient ne tardèrent pas à imiter leurs compagnons.

Il y avait k peine quelques jours qu'ils avaient quitté Ttle Fabre, que le pilote Sam-Miller, depuis longtemps fixé dans le nord de là Nouvelle-Calédonie, atterrissait dans ces parages en simple baleinière. 11 recueillait dans une bouteille suspendue à un arbre, le journal contenant le lamentable récit des aventures des infortunés naufragés. On y trouvait la description exacte de leur navire improvisé^ ce qui permit plus tard de reconnaître ses débris au cap York.,. Quant aux passagers, ils avaient disparu I

Là n'est point le seul sinistre dont Ttle Fabre ait été le théâtre. Douze mois auparavant, le P/olo, autre navire anglais, s'était perdu au même endroit. Les gens de l'équipage sMnstallèrent et construis sirent même une scierie. Bientôt découragés, ils gi*éèrent diverses embarcations et allèrent débarquer sains et saufs aux lies Salomon. Mais un sort plus cruel que la mort dans les flots les attendait; tous, sauf un seul, furent tuét et dévorés par les indigènes.

Les Chesterfield ont été reconnues en 1793, par un navire de

ce nom. Après la découverte du guano qu'y fit, en 1877, un Anglais de Nouméa, le gouverneur Olry envoya la SêudrBy commandant Guyon, en prendre possession au nom de la France.

Ce sont deux récifs de forme allongée, situés dans le N.-O. de la Nouvelle-Calédonie, à 495 milles de sa capitale. Ils supportent quelques ilôts dont la seule végétation consiste en une sorte d'arbre assez semblable au bourrao. Hibiscus tiliacœus. Ces îlots sont inhabités ; le sol ne s'y compose que de sable et de guano peu riche à cause des pluies fréquentes. Produit par les excréments des oiseaux et les ossements de ceux qui viennent y mourir, le guano que l'on peut retirer de ces parages est estimé en quantité à 100,000 tonnes. C'est dire le nombre d'oiseaux que l'on y rencontre.

Malheureusement pour les navires qui vont chercher le guano dans ces îles, où il est facilement recueilli après tamisage du sable, les abords des Chesterfield sont dangereux pendant Thivemage.

Vienne un cyclone, et la rade foraine ne peut offrir entre les deux récifs, qu'un abri des moins sûrs aux navigateurs.

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