‹ Au pays des CanaquesChapitre 30 sur 41 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Vers Oubatche. — Une route peu commode. — A Pouébo. — Pénibles sourenirs. — Température et sanitaria en NouTelle-Caiédonie. — Excellent climat. ^ Études comparatives. — La TÎe moyenne. — La mortalité des enfants. ^ Tous centenaires I

Il faut passer à Pouébo pour aller à Oubatche. Depuis longtemps, si notre itinéraire ne nous avait menés jusqu'à la pointe de Ttle, nous eussions pu gagner ce centre en la traversant à hauteur de Gomen, et en suivant une voie très curieuse, dont le seul inconvé* nient est la longueur de son trajet soixante-deux kilomètres!

Après avoir quitté Gomen et passé la Ouanga au lieu dit Colligo» le tracé franchit les massifs montagneux qui séparent les vallées des deux affluents de cette rivière, puis longe la chaîne centrale entre un de ces affluents et la Koumae. Bientôt il traverse celle-ci à sa source, passe au pied du mont Pemboa, et de Tautre côté du Diahot à Ouenia, gravit les contreforts du sommet Doghéne, et va conduire le voyageur au col Ignambi, à 800 mètres dans la montagne, pour le redescendre enfin vers Oubatche.

C'est à Ignambi, en pleine forêt, que Ton avait proposé l'établissement d'un sanitarium pour les malades convalescents, la température y étant assez basse en juillet, pour que le thermomètre n'y accuse, à i> heures du matin, que 8<> centigrades au-dessus de 0^.

Nous reviendrons plus loin sur cette question, car voilà Pouébo avec sa belle église que l'on aperçoit de loin en mer.

Nous pourrions y aller voir le tombeau de Mf Douarre. Le corps de révèque, décédé à Balade le 27 avril 1853, et qui avait d'abord été inhumé dans cette localité, fut transporté à Pouébo en 1881, au mois d'avril.

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. PoUébo évoqae un aatre souvenir bien pénible. Les 6 et 7 octobre 1867, le maréchal des logis de gendarmerie Bailly et le gendarme Venlurinî étaient massacrés par les Canaques, ainsi que 17 autres personnes. Heureusement, les assassins furent livrés aux autorités françaises» jugés, condamnés à subir la peine de leurs crimes, et exécutés ô Pouébo le 18 mars 1868'.

Au mois d'août de la même année, une colonne de 60 hommes, sous la direction du commandant Mathieu et sous les ordres directs du capitaine des Pallières et du sous- lieutenant Martin, dut aller dans le nord rétablir Tordre troublé depuis les derniers massacres. En effet, depuis le mois de novembre de Tannée précédente, non seulement les indigènes de ces régions se remuaient et nécessitaient par leur altitude Tintervention hardie des garnisons de Wagap et de Napoléonville, mais encore les tribus hostiles situées entre Houaîlou et Kouaa se soulevaient. Elles se joignaient aux mécontonts du nord et de la côte occidentale. Plusieurs meurtres étaient commis,

La colonne des Palli^res ayant à s'opposer à un mouvement insurrectionnel qui menaçait de s'étendre, évolua surtout entre Houaîlou 6t Bourail. Non sans fatigues, sinon sans combats, elle parvint à rétablir Tordre.

Au mois de septembre, eut lieu k Canala un grand pilou de réconciliation, présidé par les chefs Cake et Gélima. Ceux-ci tendirent la main aux rebelles dont nous avions reçu la soumission, et acceptèrent dans leurs écoles et dans celles de Bourail 40 enfants des tribus repentantes.

Nous avons vu, tout à Theure, que Ton avait proposé à

Ignambi Tétablissement d'un sanitarium, mais Ignambi est bien loin de Nouméa. Mieux vaudrait le mont Mou au nord de Pal ta, s'il n'était aussi élevé.

Pourquoi ne pas donner la préférence au Prony, avec ses brises ie mer, ses sources d'eaux ferrugineuses et thermales, ses sites remarquables, qu'il nous sera donné de voir bientôt ! Que d'autres points, du reste moins connus mais très nombreux, conviendraient, également au séjour des convalescents, et où la température est délicieuse pendant toute Tannée!

1 Oo avait donué le nom d« Bailly à une pointe située au nord de Pouébo ; plus lard^ ta septembre 1869, une décision du gouverneur (}uillain ordonna rér'eclion d*un monument commémoratif.

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....» D'après les observations prises depuis longtemps à Nouméa, on s'accorde à donner k la Nouvelle-Calédonie une température moyenne de 35<»,5 centigrades.

Envisagé au point de vue absolu, il s'en faut de beaucoup que ce chiffre soit exact, car il existe dans notre colonie une saison d'hiver correspondant au printemps et h l'été septentrionaux, et une saison d'été inversement formée de Thlver et de Tautomne de notre hémisphère.

Or, si la moyenne de 25<>,5 est beaucoup trop élevée pour la saison d'hiver, elle ne l'est pas assez pour celle d'été. Décembre, janvier, février sont des mois chauds et très chauds. La température y varie de la nuit au jour, de 22« à 36<>, et même 38°. L'hiver, en juin, juillet, août, septembre, la température s'abaisse considérablement, oscillant entre 13<» et 26<>.

La différence entre le minimum absolu 13 et le maximum absolu 38 est assez considérable, puisqu'il est de 2So, mais outre Técart constant entre les variations nycthémérales, le changement se fait très graduellement, par suite de la transition qui s'opère pendant les mois intermédiaires h ceux signalés plus haut.

Encore une fois, les chiffres mis en avant sont ceux relevés à Nouméa, qui est peut-être le point le plus chaud de la colonie. Ils n'ex-* priment point Tétat de la température générale de l'île, de certaines localités des côtes, comme Canala, Thio, Bourail par exemple, qui jouissent d'un climat plus tempéré*.

Il serait facile de prouver qu'il en est de même en bien des points, non seulement de la côte orientale, plus ventilée par la mer que la côte occidentale, placée, a-t-on dit, sous le vent de l'île, mais de toute la Calédonie.

Dans toutes les grandes vallées, à Canala, à Yaté, par exemple, la brise de terre peut s'établir après le coucher du soleil, avantage

^ A Canala, d'après les obserTalions du poste, d'après des observalioDs personnelles, la température ne dépasserait pas pendant les mois les plus chauds, Zt" 5, tout en s'abaissant la nuit, après ces journées, à 20*, ce qui donnerait |K)ur Pété une moyenne de 26«, inférieure de 4« à la température moyenne de Télé dans la capitale.

L'hiver, il eiiste encore une différence sensible entre la température de Nouméa et ecUe du chef-lieu du S* arrondissement.

Si le thermomètre marque 95* à midi è Canala, )• nuit il s'abaisse quelquefois jusqu'à 8*i, la moyenne est donc de 46«7, soit de 2*3 inférieure à celle de Nouméa. Bn certains ptiBtâ de la vallée, à CIu, les écarts de température et la baisse do mercure s'accenlBo* raieut davantage pcudaut rbivcr^

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refusé aux localités resserrées, comme Test Nouméa, entre la mer et la barrière de montagnes qui séparent la ville du reste de Ttle.

Possédant maintenant tous les éléments qui permettent de juger de Texcellence du climat calédonien, nous pouvons établir des comparaisons. On a souvent rapproché ce climat de celui de l'Algérie et du midi de la France.

Sans exagération, il serait peut-être facile de démontrer que, pour ce qui est de Tintérieur tout au moins, l'avantage reste incontestablement à la grande ile du Pacifique.

Sans parler de PAigérie, vous le savez du reste, la température est parfois excessive dans nos départements méridionaux.

Si la moyenne générale y est de ii^fiy il convient de rappeler que celle des maxima atteint et dépasse 36<»,3.

Passons à l'hiver. Qu'en dire? La moyenne des minima est pour Aix, Marseille, de 11<»,6 il est vrai, mais la température ne s'abaisset-elle pas jusqu'à 0^ et au-dessous, et le Rhône ne gèle-t-il point plusieurs fois par siècle, alors que nous jouissons ici, pendant la saison d'hiver, d'un merveilleux printemps? De plus, par suite de la plus grande quantité de pluie qui tombe en tout temps en France, l'humidité ne règne-t-elle pas plus continuellement; y est-on à l'abri des inondations? Enfin, les ravages des cyclones ne sont-ils pas compensés par les dégâts occasionnés dans notre patrie par la foudre, la grêle, la violence extrême du mistral et des ouragans, dont la vitesse peut atteindre JMsqu'à 20 mètres par seconde, et qui déracinent alors les plus gros arbres, enlèvent les toitures les plus solides ?

Ne sont-ce pas là de vrais cyclones et attendent-ils des années pour se reproduire?

Pour juger maintenant de Tinfluence du climat calédonien sur la santé, reportons-nous à ce que nous avons vu dans la brousse depuis que nous y vivons. Rappelons-nous les asiles de Ducos, les militaires des postes, la bonne mine de tous les enfants à chaque instant rencontrés !

A rUe des Pins, d'après le D' Nicomëde, U température est également moins élevée qu'aa cbeMieu de la colonie. La moyenne de Tannée 1888, n'a été que de 83*03, la température ma&ima n*a pas dépassé 31*8; selon le môme observateur, à Bourail, fallée fermée, et siluéo sur la côte ouest, lea maiima aUeigoent bien 36*2 il est vrai, mais on y a constaté des minime de 8*6.

On a dit et répété que les maladies étaient inconnues en Nouvelle- Calédonie. Il ne faut rien exagérer. A Nouméa principalement, il n'en est pas toujours ainsi. On meurt en Calédonie comme ailleurs des maladies que Ton porte en soi, où que l'on acquiert par mauvaise hygiène. Or les habitudes des colons ne sont pas celles des anciens anachorètes, et Nouméa est loin d'être une ville hygiénique! Il y aura même fort à y faire, à mesure que la population deviendra plus dense, si nous ne voulons, sinon y créer de toute pièce, ce qui ne serait pas impossible, du moins y accumuler, y acclimater, tous les germes morbides, tous les poisons humains qui pourraient nous venir d'ailleurs *.

Dans l'intérieur toutefois, les chances de mortalité paraissent être bien moins grandes, et il est probable, Texpérience n'ayant pu être encore faite puisque nous ne sommes installés ici que depuis 37 ans, que la durée de la vie moyenne doit être plus longue qu'en Europe, du moins pour les personnes qui savent éviter les excès de tous genres.

Dans les vallées calédoniennes, la mortalité des enfants est peu élevée. Pendant 13 années, sur 133 naissances enregistrées à Canala, il n'y a pas eu de décès d'enfants au-dessus de 2 ans. En 4884, le docteur Nicomède, sur 50 naissances, aurait fait à Bourail les mêmes constatations. Ces chiffres se passent de commentaires.

Il est vrai, que cet auteur aurait relevé 15 décès d enfants à la mamelle; nous même, à Canala, dans la précédente statistique, nous avons trouvé cette mortalité égale au chiffre de 22 0/0.

Mais le manque de soins, les tares héréditaires, et non le climat, doivent surtout être invoqués comme facteurs morbides dans ces cas, étant donné qu'il s'agissait surtout d'enfants d'anciens forçats libérés ou concessionnaires *.

Les grandes personnes, malgré une vie active, fatigante pour beaucoup, ne sont pas moins favorisées que l'enfance. Un grand nombre d'entre elles n'ont jamais connu l'anémie qui n'est point ici

^ La fièvre typhoïde est de|iuis longtemps cndcmiquc à Nouméa. Elle est, pour les troupes, la maladie la plus meurtrière.

' Celte mortalité de fti p. 100 est loin des chiffres élevés constatés dans d'autres pays du reste, et môme en France, ^'esl-clle pas de 90 p. 100 au Sénégal, de 87 p. lOO dans 1 rSeine-Inrérieurc et dans les déparlements où fleurit riudustrie nourricière, de 50 p. 100 à Paria, et encore de 37 p. 100 dans la région méditerranéenne? (Bertilion.)

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obligatoire, et fixées depuis 15, 20, 25 et 30 ans dans le pays, n'ont eu pour la plupart à souffrir que d'affections légères.

Souhaitons-leur à toutes la longévité de M. Chevreul, décédé à 104 ans, pour qu'elles puissent être les preuves vivantes de ce que nous avancions plus haut f

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