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CHAPITRE XXXIII

La baie du Prony. — Richesses géologiques. — Eaux ferrugineuses et thermales. — Chrome et cobalt. — Fer. — Exploitation forestière. — Le kaori et sa gomme. — La plaine des Lacs.

La baie du Prony fut ainsi nommée par M. de Brun, qui fit sur la corvette de ce nom l'hydrographie de Tlle en 1884.

Phis tard, d'après les ordres du gouverneur, M. l'ingénieur hydro* grtpke Bouquet de la Grye en fit une reconnaissance spéciale, en vue de s'assurer de la sécurité du port, et d'avoir une connaissance plus approfondie des belles forêts voisines.

En réalité, la baie du Prony n'est point unique, et renferme

comme toutes les grandes baies de la colonie, plusieurs baies secon-^ daires. Ici, la baie du Sud, plus loin celle de la Somme, célèbre par réchouage de ce transport; lj*-bas, la baie des Kaoris. Trois petites lies. Les Sapins, Montravel, Olivert, du nom du pilote qui y est enterré, forment au milieu de l'eau, de magnifiques corbeilles de verdure, à l'entrée de la rade.

A terre, ravissant spectacle Encadrement de montagnes boisées, fougères de toute sorte, pandanus, népenlhes gigantesques,... tout continbue au charme du paysage.

En nous rendant aux divers points où sont situés les exploitations forestières, énumérons les multiples richesses de cette partie de notre colonie, richesses aussi précieuses par leur valeur, que par leur infinie variété.

Remarquez d'abord la nature particulière du sol, véritable amas de fer, dans lequel poussent des forêts d'arbres géants ! Cette con* stitution particulière du terrain a fait que les nombreuses sources d'eau vive, qui coulent de toutes parts sur les roches d'oxyde de fer

chromé, acquièrent de ce fait des propriétés ferrugineuses reconnues par les analyses.

Mais la baie du Prony ne renferme point seulement des eaux ferrugineuses, elle offre en outre des sources d'eaux thermales bicarbonatées, variant de 30 à 40 degrés de température ; eaux susceptibles d'être utilisées sous forme de bains et de boissons tout à la fois.

Là ne se bornent point encore les richesses minérales de ce sol singulier. Sur le pourtour de la baie on a exploité, et on exploite encore du chrome *, Su cobalt *, et on exploitera bientôt du fer *.

Enfin, la recherche des bois, les plus beaux que Ton puisse

voir, a été jusque dans ces derniers temps la principale industrie du Prony, et les richesses forestières sont loin d'être épuisées.

L'artillerie en 1867, sous la direction du capitaine Sébert, a fondé le premier établissement. Ce dernier passa ensuite entre les mains du service des ponts et chaussées, pour revenir en dernier lieu à l'administration pénitentiaire qui y a créé des hangars, des chantiers, des cases, un camp, des jardins, des routes, des cales de halage, des appontements, un bureau de télégraphe, etc.

Si la végétation calédonienne n'a point la puissance, l'exubérance que Ton retrouve dans les produits du sol mûris sous les plus ardents rayons du soleil équatorial, elle ne manque pourtant ni de force, ni de grandeur.

1 La découverte du chrome remonte à 1875. Outre les mines de la baie du Sud, qui en rcniernient en abondance, ce métal se retrouve au Mont-d'Or, à l'île Ouen, à Nakéty, et dans le nord, au-dessus de Koumac.

L'exportation avait été, en valeur, de 70,746 francs en 4888. En 1889 elle atteignit le .hiirre de 330,000 francs.

' Le cobalt est encore plus répandu que le chrome. On en a trouvé un peu partout en Calédonie, à Koné, à Nakéty, à Canala, à Touho, aux Bélep, etc.

Une société franraisc, la société « Malétra », s'occupe plus spécialement de la recherche de ce minerai. Plus de 4,000 tonnes ont été expédiées ces dernières années, représentant une valeur d'au moins 400,000 francs.

' Il est question d'exploiter en grand le fer. Ce métal existe en Calédonie, dans le sud surtout, en quantité prodigieuse... Aussi M. Uigginson vient-il de sollititer de l'administration la concession de 40,000 hectares dans cette partie de l'He, dans le but de se livrer à l'exploitation des minerais de fer.

L'Australie, notre voisine, n'a pas de fer utilisable. Elle en demande à grands frais à l'étranger, pour 60,000,000 de francs par an t

A nous de chercher à lui fournir la majeure partie de sa consommation. Nous pourrions la lui livrer relativement h bon compte, car la baie du Sud n'est qu'à trois ou quatre jours de Sydney.

Parmi les arbres employés pour les constructions, se trouvent ici les tamanousy dont le tamanou de montagne, plus grand que celui des rivi^res et des pentes, a 15 et 20 mètres de hauteur sous branches. Puis viennent, le chêne-gomme, Vébène, le kohu, le kaori. le faux gdiaCy le houp incorruptible, propre à la construction des pirogues indigènes, les araucacias, le pin colonnaire, Vacacia,

Il faut encore citer parmi les bois utilisables, le niaouli, le milm^a et le bois de rose^ bon pour Tébénislerie, le santal et le bigaradier.

Croirait-on après cette énumération écourtée que, malgré ses immenses et superbes forêts, la colonie demeure encore tributaire de l'Australie et de l'Amérique pour les bois de menuiserie et de charpente? En 1888, il en est venu de l'étranger pour plus de 100,000 francs (sapin de TOrégon), pendant que nous exportions à peine quelques billes de bois de santal !

Ici, l'on construit beaucoup en bois, avons-nous vu, non à cause du manque de pierres, mais parce que la main-d'œuvre est hors de prix pour l'extraction. Une habitation en planches coûte dix fois moins cher qu'une autre, et peut être déplacée

Néanmoins, sans laisser les forêts complètement à la merci de industrie privée qui pourrait déboiser d'une façon inconsidérée, on pourrait, en utilisant judicieusement les ressources forestières de l'île, suffire à toutes les exigences locales d'abord, et, plus tard, fournir au commerce une nouvelle source d'exportation fructueuse.

Un arbre tout particulier à nos latitudes, principalement à la Nouvelle-Calédonie et à la Nouvelle-Zélande, c'est le kaori, un conifbre, scientifiquement connu sous le nom de Dammara, dont voici un magnifique échantillon.

Quel beau tronc, droit, légèrement conique, sans une branche jusqu'à vingt mètres et plus du sol; quelle circonférence! Pourtant, les quatre espèces de dammara de Calédonie n'atteignent point les dimensions de ceux de Nouvelle-Zélande, où l'on voit des arbres de plus de trente mètres ayant cinq et six mètres de tour!

Un voyageur en aurait trouvé un en 1846, dont la circonférence mesurait 75 pieds ! A l'exposition de Melbourne, en 1888, se trouvait également une rondelle de kaori qui avait près de 4 mètres de diamètre. C'est un bois excellent, ni trop tendre, ni trop dur, bon à toutes sortes d'usages, assez léger pour servir à la confection d'excellents mâts de navire, bien qu'il pèche un peu par un défaut d'é-

lasticité. Sa durée est surprenante. Ainsi, ont été débités à la Nouvelle-Zélande en 1861, les deux arbres que l'infortuné Marion, naufragé en 1772, avait coupés à cette époque pour faire des inôts à son vaisseau le Castries. Depuis 89 ans que les kaoris gisaient sur le sol, exposés à toutes les intempéries, le dehors seul avait subi quelques altérations, l'intérieur était parfaitement sain.

Aussi, chez nos voisins d'Auckland, l'exploitation des dammaras était-elle en grand honneur. Déjà en 1862, un grand nombre de ces arbres, dont le boLs coûtait 63 francs le mètre cube, avaient disparu, et Ton devait en restreindre Tabatage.

^ Un produit qui demande à être plus connu, c'est la belle résine qui découle naturellement de Tarbre sans incisions. Elle s'épanche en larmes : celles-ci s'agglutinant forment des gâteaux, dont le poids peut atteindre plusieurs kilogrammes. Mais ce qu'il y a de plus curieux, c'est que dans les hautes torêts de l'île, au pied d'arbres centenaires comme il en existe beaucoup, on a trouvé des amas de gomme fossile enfouis dans le sol. Cette belle substance translucide, d'agréable odeur, sert aux indigènes h calfater leurs pirogues. En Amérique, on l'utilise pour l'apprêt des étoffes de coton. La Nouvelle-Zélande qui, il y a trente ans, expédiait aux Yankees 1600 tonnes environ de résine par année, au prix de 250 francs la tonne, exporte actuellement en tous pays pour plus de 6,000,000 de francs de gomme de kaori M .

Que nous sommes loin de ces chiffres fabuleux, avec nos 69 tonnes, montant de noire exportation de 1887, et une seule tonne en 1888! En 1889, l'exploitation se relève, elle remonte en valeur à 21,000 francs de gomme, envoyée principalement comme échantillons à l'Exposition de Paris.

Puisse un produit si peu demandé chez nous, où on ne le rencontre que sous le nom de gomme de Sydney, mériter l'attention à laquelle il a droit * !

* ExporUUons de 1889.

• Le service de ganté de la colonie, sous Timpulsion donnée à ces recherches par le D"" Forné, médecin en chef, qui a publié en France le résultat de ses expérienees, a cherché à tirer le plus de parti possible de la gomme- résine de kaori. On peut remployer avec profit en solution alcoolique concentrée, additionnée ou non de substances antiseptiques, pour le pansement des plaies, éruptions, ulcères, etc. Associée à Pbuile, c'est un Uniment excellent contre les brûlures qu'on ne saurait trop recommander. Enfin, elle

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Si les fatigues, les difficultés du chemin n*étaient si grandes pour s'y rendre, nous pourrions tenter une excursion à la plaine des Lacs, une des curiosités géologiques de notre île, déjà si remarquable à tant de points de vue.

Là-bas, derrière ces sommets, le col de la chaîne, une fois franchi, le voyageur tombe sur un plateau de plusieurs kilomètres carrés et de 400 mètres d'altitude. Ce plateau sépt^re les monts de la baie du sud, de ceux qui dominent Yaté.

En cet endroit, toute singulière que puisse paraître la chose, on rencontre plusieurs lacs, dont deux principaux, larges de plus de deux kilomètres, profonds de six à sept mètres, alimentés par des sources d'eaux vives qui descendent des hauteurs environnantes.

A la suite de quelles convulsions du sol se sont formées ces dépressions, ces vastes cirques, semblables à d'immenses cratères, où se sont mélangées, lors du soulèvement de l'île, les matières solides en fusion et les couches liquides qui s'y sont précipitées, car on peut retirer des lacs, et on trouve sur leur pourtour des blocs entiers de fer fondu et d'oxyde de fer. Sont-ce là de véritables cratères 1 II ne paraît point y avoir de volcans en Calédonie, et les seules secousses de tremblement de terre ressenties en 1862 et 1876 étaient dues au volcan Mathew, situé à 80 lieues dans Test de notre île \

N*importe, on serait en droit de se demander par suite de quels efforts intérieurs, de quelle poussée souterraine, s'est trouvée suspendue à une telle hauteur, sur un plateau de fer, cette immense quantité d'eau, constituant par sa présence, et sur un tel sol, un véritable phénomène de la nature, si l'on n'en avait Texplication toute simple, dans l'imperméabilité du fond de ces cuvettes, qui retiennent dans leurs parois de métal Teau des alentours qui s*y rassemble et s'y accumule.

Le plus petit des lacs se dévei'se à la mer par la rivière Kubénie ; quant à l'autre, appelé lac en huit, à cause de sa forme, il abandonne son trop-plein dans la rivière des Grands-Kaoris, par un canal souterrain.

peut serfir à remplacer la dcxlrioe, le plâtre, le silicate de potasse daOB la confection d'appareils inamoribles, destinés à immobiliser les membres fracturés, blessés, etc... Ces appareils, s*ils sont bien faits, nous en avons acquis plusieurs fois Texpérience, ne craignent pas retu, et permettent de donner aux malades des bains do mer, des bains sulfureux, sans être pour cela ramollis le moins du monde par les liquides.

* Une secousse très marquée a été ressentie eo Calédonie au mois d'aortl 4890.

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