‹ Au pays des CanaquesChapitre 35 sur 41 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Obscurité d'origine de la race néo-calédonienne. — Les Espagnols en Nouvelle-Calédonie. — Le raont d*Or. — Un peu d'orographie. — Le colon Bérard. — Souvenirs.

Après avoir examiné une fois de plus les types des Indigènes qui nous précèdent, et rejoignent la mission de Saint-Louis par la station du Mont-d'Or, nous pouvons à nouveau vérifier combien est grande la diversité d'origine, combien nombreuses sont les diflérences qui séparent entre eux les Néo-Calédoniens des diverses parties de l'Ile. D'une tribu à l'autre, existent des nuances souvent accentuées.

D'où viennent les Canaques ? Comme le pense le P. Montrouzier, peut-on douter que le berceau primitif de leur race ail été l'Asie ? Si l'on jette un coup d'œil sur une mappemonde, en admettant, comme la croyance en est généralement répandue, que le centre de l'Asie ait été la partie du monde la plus anciennement habitée, il semble évident que les migrations primitives, après avoir suivi la voie de l'est et du sud, aient dû peupler successivement Sumatra, Bornéo, Java, d'une part, Luçon, Formose, d'autre part. Subissant entre elles de perpétuelles alliances, se mélangeant forcément, ne peut-on supposer qu'elles aient envahi successivement et peu à peu, Timor, la Nouvelle-Guinée, puis les îles Salomon, les Hébrides, les Fidji, la Nouvelle-Calédonie et l'Australie, les Tonga et la Nouvelle- Zélande?

Quel mortel assez audacieux et clairvoyant pourrait poser les règles précises de ces grands mouvements des peuples, les uns antérieurs à nos âges peut-être ; mouvements espacés les uns des autres par des siècles, et dont les sources ont pu varier, suivant que l'Inde, la Chine, les diverses îles primitivement occupées leur servaient de point de départ I

N'est-ce point ainsi, selon toute apparence, que se sont fondées non seulement les familles calédoniennes, mais encore cette race océanienne, si différente des races caucasique, jaune, américaine, différente même de la race nègre ?

Si donc la tendance de l'esprit humain se plaît à rechercher pour un peuple une origine simple, un berceau unique, en s'appuyant sur des données anthropologiques, ou sur l'étude de l'identité de

certaines coutumes, il est évident qu'il faut y renoncer, lorsqu'on veut s'occuper des tribus calédoniennes, comme de toutes les autres populations insulaires de l'Océanie.

Que de fois en effet les continents et les îles de cette partie du globe ont dû recevoir la visite de ces navigateurs hardis, montés sur ces immenses pirogues qui, au Tonga, atteignent 300 pieds de longueur ! Pressés par la nécessité, poussés par les vents ou entraînés par les courants, ne se sont-ils pas très souvent imposés aux populations dont ils abordaient le territoire, et n'en devenaient-ils point forcément les hôtes * ?

Une telle façon de voir, absolument extra-scientifique, a peut-être le défaut de ne pas chercher à assigner d'après des bases précises l'arrivée relative des diverses migrations d'origine inconnue pour la plupart. Elle a du moins l'avantage de bien rendre compte des caractères particuliers de la race canaque, des différences qui se retrouvent dans les types, le langage et les coutumes. Elle n'est pas nouvelle, du reste, et nous paraît aussi admissible que l'opinion qui veut que deux races bien distinctes aient peuplé la Calédonie ; l'une, la race primitive mélanésienne, brachycéphale, à face prognate, front étroit, pommettes saillantes, membres grêles, cheveux crépus, peau noire odorante; l'autre, la race polynésienne, supérieure et bien connue. En somme, d'après cette théorie, toutes les migrations seraient venues d'abord de la Malaisie, ensuite de la Polynésie. Il n'y aurait pas eu de tous temps ce mélange intime, auquel nous croyons, mélange dans lequel seulement les éléments mélanésiens auraient eu la prépondérance du nombre.

L'arrivée des Européens, il y a trois siècles, c'est-à-dire 200 ans avant Cook, n'a peut-être pas été sans exercer son influence sur la race néo-calédonienne, car il est absolument prouvé que certaines familles ont, depuis de longues années, certains de leurs membres plus semblables h des blancs qu'à des noirs.

Ne raconte-t-on pas qu'en 1543, un navire espagnol, le Buen-Aviso, lancé dans la mer des Antilles, et fuyant devant la tempête, aurait abordé dans le nord de la Nouvelle-Calédonie ? Les rapports des

* On sait, par exemple, qu'à une date peu reculée, des gens de la côte occidentale des Wallis, chassés par les guerres, vinrent aux Loyalty, d'où ils passèrent sor la côte est de de la Nouvelle-Calédonie, à Pouébo, Canala, Hyenghène. De semblables migrations qui se continuent en détail sur ce dernier point, nous l'avons vu, ont dû avoir lieu de tout temps, aussi biea de la Malaisie et de la Mélanésie que de la Polynésie.

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naturels avec les Européens auraient été excellents, et peut-être devrait-on aux Espagnols la fondation de certains villages, auxquels ils auraient donné des noms rappelant la patrie absente. Exemple : Ouégoa, Gomen. Pressés de revoir leur pays, les navigateurs se seraient rembarques au bout d'un certain temps, pour se diriger du côté des Nouvelles-Hébrides, qu'ils découvrirent, baptisant Tune des îles du nom d'El Spiritu-Santo, qu'elle porte encore aujourd'hui.

Le mont d'Or, aux pieds duquel nous voici arrivés, est un

des sommets qui surmontent tout ce massif de montagnes, reliées entre elles par des contreforts, d'une direction sensiblement nordouest-sud-est, et que Ton s'obstine à appeler la chaîne centrale, dans un pays composé essentiellement de montagnes séparées par des vallées plus ou moins éfroites *.

Est-ce à dire que le mont d'Or soit le point le plus élevé de la Nouvelle-Calédonie ? Son élévation ne dépasse point 778 mètres. Si nous citions tous les pics de plus de 1000 mètres au-dessus du niveau de la mer, l'énumération en serait longue pour un aussi petit

pays.

Nous avons près d'ici notre Himalaya, le Humboldt, d'une hauteur de 1650 mètres, que l'on trouve au nord du mont Mou, situé lui-même au nord de Païta. Le Koghi, entre la Dumbéa et Saint- Louis, la Dent de Saint-Vincent à l'est de Bouloupari, aux environs de Canala, les monts Pembaï, Canala, Nekada, Aremba,Table-Unio, font bonne figure. Au sud de Thio, les sommets Rébo, Mérème, dans le nord auprès d'Hyenghène, Lhomedjeboua, le Kaala, auprès d'Oubatche, Tlgnambi, THouangali, le Pemberaoui, sont dans le même cas. Terminons par le sommet Pendja, entre les sources du Diahot et l'Ouatiène : voilà pour les géants, dont la tête se perd dans les nuages, au milieu d'une foule plus modeste de hauteurs variant entre 400 et 800 mètres. t

Rappelons encore, parmi ceux dont la silhouette nous a particulièrement frappés 2 le pic des Morts è Canala, le Malaoui auprès de Nouméa, l'aiguille de Monéo, le pic d'Adio, et la corne de Koumac.

Le mont d'Or n'est qu'une montagne de second ordre au

^ D'après un document retrouvé dans une bouteille en 1870, aa sommet du mont d'Or, TasccDsion en aurait été faite pour la premitTo fois, suivant toute apparence, par MM. l'ingénieur Garoieret Bavay, pharmacien de la marine, au mois de. septembre 4865,

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point de vue géographique, mais en est-il de môme au point de vue des souvenirs d'histoire locale qui s'y rattachent?

N'est-ce point h ses pieds, en 1856, sous le gouvernement do M. Lebris remplaçant par intérim M. du Bouzet, que les premiers colons cherchaient à s'établir, et devaient bientôt se retirer, traqués par les Canaques qui massacraient nos alliés de la Conception? N'estce point sur cette même station que le Français Bérard, ancien souscommissaire à bord de Y A Icmène, éidiii assassiné l'année suivante avec onze de ses compagnons, et quinze Canaques catholiques à ses gages? Après s'être soustraits à la première action de la justice, les cannibales payèrent leurs forfaits en 4859, lors de la première expédition du gouverneur Saisset*. Au camp de Moraré les tribus des Houassios, Tauaourous, coupables de s'être soulevées, furent dissoutes, les têtes des chefs mises à prix.

A la même époque, le 45 juin 4859, le chef de la colonie réunissait auprès du mont d'Or, les membres de la commission composée d'officiers, médecins, fonctionnaires, chargés des recherches scientifiques et hydrographiques. Après avoir tracé à chacun le programme à suivre dans les investigations, indiqué la nature des collections h recueillir, M. Saisset faisait ressortir aux yeux de tous la beauté, la fertilité du pays, les ressources assurées, non seulement par l'exploitation des richesses du sol, mais encore par Tintroduction de la canne, du blé, de la vigne, de la pomme de terre, l'établissement de troupeaux, etc.

« Le gouvernement, disait-il en terminant, attendait impatiemment le rapport de la Commission pour prendre les mesures les plus propres à favoriser le développement de la Nouvelle-Calédonie », et c'étaient encore les environs du mont d'Or qui devaient être les témoins de nos premiers et modestes essais *.

^ L'assassinat du €oIon Bérard cul lieu le 19 janrier 4857.

< 3^r la iQootagne de la Coulée, non loin du mont d'Or, laquelle a le priril^ge do

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