‹ Au pays des cannibalesChapitre 103 sur 185 · ON M'OFFRE UNE JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

ON M'OFFRE UNE JEUNE FILLE

la même façon. Sans doute elle voulait en faire cadeau à son ancien adorateur, Kal-Doubbaroh, qui s'attendait probablement à quelque

Kclwi'mi.

compensation après la perte qu'il venait de faire. Ce petit être embarrassé et timide me faisait peine à voir; au grand étonnement des Noirs, je dis à Kélan'mi qu'elle était libre de s'en retourner, et elle

ne se fit pas prier. Ne pouvant s'expliquer autrement ma façon d'agir, ils pensèrent que la fille n'était pas de mon goût et m'en proposèrent une autre. Je fis de mon mieux pour leur faire comprendre que tout était bien; redevenus bons amis, nous partîmes pour la danse.

La fête allait commencer quand nous rentrâmes dans leur camp ; je m'assis au milieu des spectateurs, et mon plaisir, pendant une grande partie de la nuit, fut d'observer la manière de se divertir en ces occasions. Pour bien témoigner de mes bonnes intentions, je jetai aux danseurs une carotte entière de tabac. Les indigènes, qui n'en pouvaient croire leurs yeux, se ruèrent sur le tabac; mais, rapide comme la foudre, l'un d'eux ramassa la carotte et l'emporta dans sa hutte.

Au retour, Jokkaï me poussait à tuerKal-Doubbaroh, disant : « Kal- Doubbaroh pas bon ». Je ne saisissais pas très bien le fond de sa pensée, mais il persistait à m'accabler de ses sollicitations, et je sus plus tard qu'il désirait aussi Kélan'mi, et voulait par moi se débarrasser de son rival.

Le lendemain je pus décider Nilgora à retourner à la chasse; il m'en rapporta un jeune bungari, encore plus petit que le précédent. La journée était tellement chaude, que lorsque je voulus préparer ma nouvelle acquisition, l'enflure avait déjà gagné les pattes, au point de me faire craindre une prompte décomposition. Je m'installai, pour procéder à l'écorchement, dans l'endroit le plus frais que je pus trouver, à l'ombre bien maigre des gommiers, et je me déplaçais avec le soleil pour échapper à l'ardeur de ses rayons. La chair du bungari, rôtie sur de là braise, me parut savoureuse; elle a un goût de gibier qui n'a rien de commun avec la chair du kangourou.

Mais un détail, entre autres, nuisit à cette jouissance gastronomique : le bungari, comme la plupart des mammifères australiens vivant sur les arbres, est tourmenté par de petits vers minces et durs qui se logent entre cuir et chair et y vivent enroulés, innombrables. Les indigènes ne paraissent pas s'affecter de ce voisinage, puisqu'ils ne prennent pas la peine d'enlever ces annélides.

En revanche, tous déploraient que je ne leur permisse pas de ronger les os, surtout les pattes, qu'ils regardent comme le morceau le plus délicat du bungari.

Page 1