‹ Au pays des cannibalesChapitre 108 sur 185 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Armée de la police noire. — Arrestation du meurtrier. — Interrogatoire. — Jimmi est emmené à Cardwell. — Il prend la fuite. — Un justicier. — Expédition dirigée sur Valley of Lagoons. — Une mère qui mange son enfant. — Je perds de ma considération.

Arrivé à la station, je causai de l'affaire avec des indigènes, qui Grent d'abord les étonnés; mais, me voyant bien renseigné, ils renoncèrent à jouer une comédie inutile, et la conversation fut mise sur le chapitre du meurtre. Naturellement ils en avaient eu connaissance, et j'obtins d'eux des renseignements plus détaillés sur ce lugubre événement. 11 leur semblait tout naturel que Jimmi eût tué le Blanc qui refusait de partager ses provisions avec lui* Comme je ne pouvais accepter celle manière de voir, je les menaçai d'envoyer chercher la police; et je l'aurais certainement fait, si le hasard n'avait conduit un officier et des agents à Herbert vale, où ils campèrent. Le sergent venait de Cardwell, d'où il rapportait à son chef, qui habitait les haules terres, de quoi manger et boire.

A la vue des policemen, les indigènes perdirent de nouveau la mémoire; à les en croire, ce n'était pas Jimmi qui avait tué le Blanc, mais deux autres Noirs, Kamra et Boko. Il y avait du vrai dans leur assertion : ces hommes avaient bien assassiné un Blanc, mais il y avait dix-huit mois de cela, et la disparition du malheureux avait été mise au compte d'un crocodile qui l'aurait dévoré. La vérité avait attendu jusqu'à ce moment pour se faire jour, et Jimmi ne pouvait être accusé de l'autre crime. Les indigènes voulaient simplement

mêler les deux affaires, détourner les soupçons qui se portaient sur Jim mi, et le sauver, puisqu'il était de leur tribu. Kamra et Boko les intéressaient beaucoup moins, n'étant pas des leurs. Afin d'amadouer les policemen, ceux des indigènes civilisés qui se piquaient d'expérience, et auxquels l'audace ne faisait pas défaut, vinrent offrir l'élite de leurs femmes ; ils charriaient pour eux du bois et de l'eau, ne ménageaient pas leurs bons offices. J'apportai aussi ma version et engageai le sergent à faire arrêter Jimmi; on le trouverait au borbobi qui devait avoir lieu prochainement à quelques milles de Herbert valc.

L'officier partit des le lendemain, escorté de trois Noirs de la station, qui devaient lui désigner Jimmi. En leur absence, le facteur arriva de Cardwell, et quand il fut au courant des faits, il se souvint d'avoir senti une odeur fétide en traversant l'endroit, Dalrymple creek, où le crime aurait été commis. Nous espérions voir revenir le sergent dans la soirée, ramenant l'assassin. Il n'en fut rien. On lui avait indiqué trois hommes du nom de Jimmi; mais tous se défendaient d'être coupables de meurtre, et les Noirs qui avaient accompagné le sergent affirmaient que le vrai Jimmi n'assistait pas au borbobi. C'était faux, et je le savais de reste; aussi invitai-jele sergent à faire une nouvelle tentative. J'appris du Canaque, non seulement que l'individu recherché n'était pas absent, mais qu'il regrettait de n'avoir pas été arrêté. Cet officier n'avait d'yeux que pour les femmes et ne tenait pas le moins du monde à découvrir Jimmi. Cependant, comme j'insistais fortement, il se remit en route le lendemain avec le Canaque, emmenant cette fois deux de ses hommes munis de menottes. Dans le courant de la matinée ils ramenaient le criminel, et l'on m'envoya chercher. C'était bien Jimmi, les menottes aux mains. Ses traits exprimaient l'inquiétude, le sang lui montait à la tête, et si jamais un Noir a pu rougir, ce fut en celte occasion. Un hangar monté sur de hauts piliers était entouré de treillages : c'est là que la Justice tint ses assises.

Deux soldats noirs introduisirent le prisonnier, et l'interrogatoire commença. Présents : l'officier de police, le vieux surveillant, le facteur, le Canaque et moi. Les Noirs se tenaient en dehors du treillage et suivaient les débals avec une attention soutenue.

Le sergent, représentant de la loi pour le district, ouvrit la séance

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