EXPÉDITION SUR VALLEY OF LAGOONS
Valley of Lagoons, où je comptais passer une bonne partie de la saison pluvieuse; j'avais été assez heureux pour mettre la main sur deux animaux intéressants : d'abord sur un rat à poche (Sminlhopsis Virginix), assez commun au fond de la vallée Herbert, et qui se creuse des couloirs où les indigènes vont le chercher pour se régaler de sa chair. Cet exemplaire esl le seul qui se trouve dans les musées. De Taragon, en 1847, décrivit ce marsupial d'une façon incomplète, mais assez clairement pour qu'on voie qu'il parlait de ce même animal. Malheureusement l'exemplaire trouvé par lui a été perdu.
Rat à poche (Sminlhopsis Yirginix),
J'entrai aussi en possession, dans d'assez curieuses circonstances, d'un jeune talégalle, destiné par les Noirs au sergent et donné en garde au Canaque. Placé à même le sol de la cuisine, sous une marmite, l'oiseau y passa une demi-douzaine de jours sans manger. C'est tout à fait par hasard que j'appris du Canaque qu'on lui avait remis l'oiseau en garde, et s'il me l'offrit, c'est parce que le propriétaire du talégalle n'était pas en situation de s'en charger. La pauvre bête, pour trouver de quoi se sustenter, avait foui le sol fortement foulé, où naturellement elle n'avait rien trouvé; elle était pourtant restée valide comme avant. Les Noirs, en creusant pour trouver des œufs, avaient déniché l'animal, alors qu'il était âgé de deux jours au plus.
Vers la fin de février je dis adieu pour un temps à Herhêrt vale, heureux de me soustraire aux tracas dont j'étais accablé depuis
quelque temps. Mes rapports avec les Noirs devenaient plus difficiles depuis qu'ils avaient reconnu que seul je m'étais entremis pour obtenir le châtiment de Jimmi. Mes efforts n'ayant pas abouti, ils avaient perdu tout respect pour moi; mais j'allais sans doute reprendre position à l'arrivée de M. Stafford, s'il venait en personne fulminer contre eux. Même au point de vue de ma sûreté personnelle, des mesures sévères devaient être prises ; je tenais donc infiniment à me rencontrer avec M. Stafford, qui résidait près de Valley of Lagoons (la Vallée des Lagunes), la station de M. Scott.
Sur les hauts plateaux, la nature a un tout autre aspect que dans la vallée de Herbert river. De vastes plaines les recouvrent, pour la plupart boisées de gommiers. Il n'y fait pas si chaud et les pluies y sont moins fréquentes; pourtant l'eau s'y rencontre en abondance, surtout aux environs de Valley of Lagoons, qui tire son nom de ses nombreux lacs d'eau douce. La station est bâtie sur une hauteur; il y souffle continuellement une bise légère et rafraîchissante.
D'après plusieurs indices il y aurait là des gisements aurifères, et peut-être un beau jour apprendra-t-on la découverte de riches placers. Près de la station s'étend une longue bande de terre, recouverte de lave et trouée de beaucoup de cavernes, où se réfugient les Noirs pour échapper aux Blancs, avec lesquels ils vivent sur le pied de guerre. Les wallabys de roche se plaisent dans la région des laves; je tuai là un charmant petit oiseau appelé Dicxum hirundinaceum. Dans les eaux claires de Burdekin river, qui est fort poissonneuse, je vis nager un Ornithorhynchus anatinus.
Quelques jours après mon arrivée, je reçus la visite de M. Stafford, qui me témoigna ses regrets au sujet de la conduite absurde de ses hommes, et m'assura qu'aussitôt ses chevaux ferrés, il irait à Herbert vale to invesligate the matter. J'attendis en vain qu'il me parlât du Sergent ; il ne semblait préoccupé que d'un voyage qu'il devait faire à Townsville.
Il n'y a pas à badiner avec les Noirs de ces contrées. Plusieurs fois déjà ils avaient cerné les baraquements de la police pendant la nuit, et l'on redoutait leurs attaques. De plus les bestiaux de M. Scott n'avaient pas d'ennemis plus acharnés que ces indigènes, puisque, au dire du surveillant, il en serait tombé plusieurs milliers sous leurs coups.