LE CRANE CHEZ LES AUSTRALIENS
sécher. » Il mit beaucoup d'ardeur à ce travail, espérant en retirer quelque bénéfice sous forme de tabac; et la mère, qui n'aurait jamais supposé que son enfant pût lui rapporter quelque chose, montra le même empressement à me vendre le petit corps. Rarement les indigènes abandonnent les morts avec une telle facilité. Ils n'aiment pas à troubler les leurs, et n'osent point toucher à ceux des autres tribus.
Justement à celte époque je cherchais à me procurer le crâne d'un homme ayant accompli toute sa croissance, et je fis des observations d'un réel intérêt. Je promis de payer en tabac la tête d'un homme appartenant à une peuplade éloignée, et qui avait trouvé la mort, quelque temps auparavant, dans un borbobi. Craignant de mécontenter l'autre tribu, les Noirs me refusèrent leur concours. Je me décidai alors à agir par moi-même et emmenai Jokkaï, qui devait m'indiquer la place où était le cadavre, mais il nous fut impossible de le trouver.
Je parvins pourtant à obtenir de Mangola-Maggui qu'il se lançât à la recherche du crâne : il m'apporta celui d'un jeune homme, et non celui d'un homme fait. De plus il était troué, ce qui lui enlevait beaucoup de sa valeur ; je lui montrai le trou et lui demandai qui l'avait fait. « Dingo manger », me répondit-il. J'eus beau lui dire que ce n'était pas vrai, il n'en voulut pas démordre et maintint que la tête qu'il m'apportait était vraiment celle que j'avais demandée. Gomme, au lieu de lui donner du tabac, je me bornais à lui en promettre en échange du crâne réclamé, il se remit en quête, accompagné cette fois d'un autre Noir.
Les indigènes me racontèrent alors l'histoire de cette tête. Mangola- Maggui, trop jeune pour obtenir facilement une femme, avait prié un homme plus âgé de lui céder une des siennes; naturellement il avait essuyé un refus. Mangola-Maggui, qui jouissait d'une haute considération en raison de son habileté à fournir de la chair humaine, entra dans une violente colère et résolut de se venger : ayant rencontré un jour le fils du vieillard, il le tua d'un coup de pierre à la tête; or c'était le crâne de ce jeune homme qu'il m'avait apporté et dont il cherchait à tirer bénéfice; car, pour le cadavre, il l'avait dévoré sitôt le meurtre commis.
Le lendemain Mangola-Maggui m'apportait le crâne demandé et
recevait son payement. Lorsque je lui reprochais l'acte dont il s'était rendu coupable, il se borna à sourire en haussant les épaules. Plus tard on me dit que le vieux l'avait provoqué à l'épée de bois avec bouclier, et que ce duel avait fait tout oublier.
D'après Retzius, les aborigènes australiens sont dolichocéphalesprognathes. Les prognathes ont généralement le front bas et fuyant; ils se rapprochent du singe plus que toute autre race. Chez eux la masse osseuse est forte et épaisse. Les crânes d'hommes ou de femmes sans lésions sont excessivement rares. Caractères typiques : apophyses musculaires très développées, surtout celles des muscles masticateurs ; arcades sourcilières proéminentes, pommettes très saillantes, fosses temporales profondes, voûte du crime en faîtière. Les rebords des orbites sont assez gros, les os du nez larges et plats; les dents sont grosses et fortes, les grandes molaires ont jusqu'à six tubercules. Le plan occipital est dirigé vers l'arrière et légèrement montant. Dans les huit crânes que j'ai rapportés du Queensland Septentrional et du Central, l'indice céphalique est de 71; longueur moyenne, 180,5; largeur, 128. La dolichocéphalie y est donc caractérisée surtout par le peu de largeur du crâne. L'angle facial est en moyenne de 68 degrés; Vindex orbitalis est microsème(8i,5); l'index nasalisy platyrrhynin (53), et l'angle de Daubenton, de 5 degrés en moyenne.
Les crânes d'hommes portent, plus encore que ceux de femmes, des traces de brutalité.
Les mesures ci-dessus, le peu de volume du crâne, le front bas et fuyant sont peu favorables au développement des lobes cérébraux et démontrent que le Nègre d'Australie en est encore à la première phase de son développement.
Plus la boîte crânienne est petite, moins la race est civilisée, plus les divers os du visage grossissent et acquièrent de la force.
Ce qui différencie le crâne d'un Australien de celui d'un Européen, c'est d'abord le prognathisme, puis le front bas, le crâne peu volumineux, qui semble un indice de microcéphale et de faiblesse d'intelligence, ensuite le nez plat et large, très rare en Europe, et enfin l'angle si ouvert de Daubenton.
Le temps finit par s'améliorer. Je pus entreprendre une expédition jusqu'à Cardwell pour y acheter des provisions et explorer le pays
Maiigula-Maggui apportant un crâne d'indigène.