EXPÉDITION* A CARDWELL
situé au nord-ouest de ce petit bourg. Nous eûmes du mal, Jokkaï et moi, à réunir quelques hommes pour nous accompagner, mais le chien Balnglan fut de la partie.
Crâne d'un homme de Rockliaraplon (Qucensland Central), vu de cinq côtés.
Comme tout était frais et vert après cette pluie ! Heureusement la sécheresse est vite revenue, et il faut peu de temps pour que les fleuves rentrent dans leur lit.
J'eus un soir une preuve évidente de la nécessité de mettre le feu aux herbes là où l'on veut installer sa couche : Jokkaï me montra les restes carbonisés d'un serpent venimeux qui s'était allongé sur ces herbes. Cette mesure de précaution est utile à un second point de vue, puisque l'herbe sèche relient les miasmes et rend le terrain insalubre. Notre itinéraire nous conduisit à Dalrymple creek, où Jimmi avait assassiné le Blanc. Un amas de pierres indiquait l'endroit où le cadavre avait été enterré par le facteur, et je trouvai encore quelques os oubliés, dans l'étang voisin. Peu après, nous franchîmes la montagne par une brèche appelée Dalrymple gap. Du sommet la vue est superbe, panoramique; une végétation luxuriante sourit au voyageur: palmiers, bananiers, disputent la terre à nombre de plantes et d'arbres petits et grands.
La gorge est traversée par le fil télégraphique qui met l'Australie civilisée en communication avec l'Europe. J'étais impressionné de rencontrer cette trace de civilisation après avoir frayé si longtemps avec les sauvages. La ligne télégraphique suit une large tranchée ouverte en pleine foret et qui se prolonge jusqu'au cap York. Cette trouée a continuellement besoin d'être élargie par crainte des désordres qu'apporterait bientôt la végétation.
C'est dans ces mêmes lieux qu'un meurtre horrible avait été commis par des Noirs quelques années auparavant. Le fait est très connu au Queensland Septentrional, mais peu de personnes savent les détails aussi bien que les indigènes, qui m'en parlèrent à diverses reprises. Les Blancs n'ont pas oublié ce crime, et les Noirs ne se gênaient point pour le rappeler : il datait de si longtemps !
Un colon de Lower-Herbert, M. O'Connor, employait un grand nombre de Noirs à défricher et cultiver, les payait fort bien, et se montrait très bon pour eux. Loin de les mener à coups de revolver, comme tant de Blancs qui s'établissent en pays noir, il se montrait protecteur des aborigènes, qu'il payait en viande, farine et tabac. Sa bonté était peut-être trop grande, car les Noirs cessèrent de le craindre et furent pris du désir de s'emparer de tout ce qu'il possédait. Résolus à attaquer sa ferme, ils s'avancèrent armés d'épées de bois et de boucliers. Le colon, soupçonnant quelque perfidie, rentra chez lui, prit son revolver et tira dans le tas; mais à chaque coup les indigènes se cachaient derrière les arbres, criant : « Tire, tire! ce sera