‹ Au pays des cannibalesChapitre 116 sur 185 · LE TABAC CONSOLE DANS LA DOULEUR · texte numérisé non relu

LE TABAC CONSOLE DANS LA DOULEUR

trouver ces plaintes insupportables à la longue. J'allai prendre deux rouleaux entiers de tabac et les leur promis à condition qu'ils cesseraient leurs lamentations. À la vue du tabac, Jokkaï mit une sourdine à sa voix et reprit sa belle humeur; les yeux encore pleins de larmes, il reçut sa part; mais, quoiqu'il fût enchanté, on n'apercevait pas l'ombre d'un sourire sur son visage. Son camarade ne cessa de geindre que lorsque vint son tour d'avoir du tabac, mais alors sa douleur s'éteignit à l'instant.

L'événement fit sur moi aussi une certaine impression. Ce bel animal qui gisait à mes pieds, raide mort, m'avait été bien utile dans mes chasses; de tous les chiens à plusieurs milles à la ronde, à coup sûr il était le meilleur. Jamais je n'avais rencontré de dingo d'une telle intelligence ; et non seulement il était hors de prix à mes yeux, mais je lui étais attaché et lui pardonnais d'avoir porté la dent plus d'une fois sur les objets en cuir dont se composait mon attirail : courroies, chaussures et jusqu'à l'étui de mon revolver. J'avais un vif désir de conserver cette peau magnifique, à la blanche poitrine, aux pattes fauves : en conséquence je proposai à Jokkaï de dépouiller la bête. Ma demande, je le savais, devait soulever des difficultés; aussi, afin de les aplanir à l'avance, je lui promis du tabac en échange de la peau. Il fit bien quelques objections; mais, quand il vit les deux carottes de tabac, toute hésitation disparut : son regard étincelait. 11 m'aida même à écorcher la bête, et à partir de ce moment sa bonne humeur ne le quitta plus. Il craignait cependant la colère de Nilgora lorsqu'il apprendrait la mort de son chien ; il est vrai qu'il se faisait fort de l'apaiser en lui donnant sa couverture de laine et un peu de tabac.

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