CHAPITRE XXIII
Enterrement des Noirs. — Moraios noires. — Sorciers. — Mythes et légendes. — Lo dogme de la Trinité dans la Nouvelle-Galles du Sud. — Les Noirs croient à une vie future.
En revenant d'une de nos expéditions, nous remarquâmes une tombe creusée dans une termitière. L'entrée, d'environ soixantequinze centimètres de haut, était sur le côté; elle allait du sol jusqu'à mi-hauteur de la fourmilière, bâtie sur un plan fortement incliné. En face de l'ouverture étaient dressés quelques gros morceaux d'écorce d'arbre à thé, sur lesquels on avait posé de lourdes pierres pour empêcher les chiens de toucher au cadavre. Un grand panier pendait d'un arbre voisin du tombeau. J'en tirai cette conclusion que peut-être les aborigènes australiens croient à une autre vie, et je regardai si l'on n'aurait pas déposé des aliments dans cette corbeille; mais elle était vide.
La corbeille contenait-elle à manger pour le défunt? Je m'en informai : ma question ne fut pas comprise. On me répondit qu'un enfant avait été enterré en cet endroit; la douleur des parents était si forte qu'ils ne voulaient même pas conserver le panier dans lequel le bambin avait été porté, et l'avaient suspendu à proximité du tombeau.
Les aborigènes australiens enterrent leurs morts, mais évitent de le mettre en contact direct avec le sol ; à cet effet, ils entourent le cadavre ou d'écorce ou de quelque autre matière. Les tombes sont
peu profondes et quelquefois orientées de Test à l'ouest, les pieds du mort tournés vers le soleil levant. Dans cette partie du Queensland on fiche en terre, près de la tombe, deux pieux peints en rouge, hauts de soixante-quinze centimètres et surmontés déplumes blanches de cacatois. Si l'inhumé est un personnage marquant, on élève une hutte sur sa tombe; mais cette coutume n'est pas générale. L'entrée, face à l'est, est juste assez grande pour qu'un homme y puisse pénétrer en rampant. Sur d'autres points on enterre les corps assis, et on les recouvre d'un tumulus. Enfin, il existe des tribus où les morts sont enterrés debout.
À Rockhampton j'ai pu m'assurer que les morts ne reposaient qu'à un pied sous terre, les pieds tournés vers le soleil levant. Pour cimetières on recherche les lieux élevés. J'ai vu aussi, près de Rockhampton, un arbre creux dans lequel avait été déposé un squelette replié sur lui-même. À Coumouboularou, les corps sont mis, couverts de lambeaux d'étoffes et de fragments d'écorce, dans des fosses de la longueur du cadavre, et creusées à la profondeur d'environ soixante-quinze centimètres, après quoi on les comble avec des baliveaux très minces et juxtaposés, de la longueur de la fosse; le dernier lit, au ras du sol, est recouvert d'une couche de terre peu épaisse. C'est sans doute pour échapper aux attaques des revenants que les indigènes prennent tant de précautions. Dans certaines localités, les jambes des défunts sont repliées et solidement attachées au corps, pour empêcher leurs esprits de revenir tourmenter les vivants. Comme on a moins peur des spectres de femmes et d'enfants, on les traite avec plus de sans-gêne.
Un usage commun à bien des districts, c'est d'enterrer les morts au lieu de leur naissance.
11 est à ma connaissance qu'un homme déjà à l'agonie fut transporté à une distance de cinquante milles pour être enterré dans son pays natal. Autre fait plus singulier encore : des indigènes voulurent creuser une fosse devant la cuisine d'un Blanc, pour y enterrer un vieillard né en cet endroit. Au Queensland Central j'ai vu bien des lieux de sépulture situés sur des hauteurs; il en est de même dans la Nouvelle-Galles du Sud et en Victoria. Ces cimetières, qui ont servi à plusieurs générations, sont tenus pour sacrés.
Les indigènes de l'Australie du Sud et de Victoria n'enterrent pas