‹ Au pays des cannibalesChapitre 121 sur 185 · MOMIES NOIRES · texte numérisé non relu

MOMIES NOIRES

le corps avec la tête; ils gardent le crâne, qui leur servira de coupe à boire. Une coutume assez répandue consiste à exposer le corps, enveloppé d'écorce et d'herbes, sur un échafaudage, où il restera jusqu'à décomposition complète. Alors seulement les ossements

ri

Vieil indigène de Townsvillo.

seront mis en terre, et l'on assure que, dans la partie septentrionale du Queensland, les indigènes se placent sous ce bâli et laissent couler sur leurs membres la graisse du cadavre, dans l'espoir de s'approprier les forces du défunt.

On trouve aussi en Australie des momies séchées au feu et à la fumée : pour la plupart, ce sont des momies de garçonnets. La mère roule et porte en trousse le corps de son enfant partout où elle va et pendant

un assez long temps; elle ne s'en dessaisit jamais le jour, et le pose la nuit à côté d'elle avant de se livrer au sommeil. L'enterrement n'aura lieu que six mois plus tard, quand le petit corps sera réduit à l'état de squelette. Quelquefois des hommes faits, surtout de grands guerriers, sont portés de la sorte, au moins dans le Queensland Méridional. Le musée de Brisbane possède une momie ainsi préparée. On lit dans VAdvance Awlralia, sous la signature de Finch-Hatton : « Lorsqu'un vieux guerrier vient à mourir, on l'écorche avec soin; après s'être régalé copieusement de sa chair, avoir rongé et nettoyé ses os, on les emballe dans la peau pour les promener, ainsi logés, pendant des années entières ».

Les Noirs fixés aux environs de Porlland-bay, dans le sud-ouest de l'Australie Méridionale, ont coutume de brûler leurs morts; les cadavres sont introduits dans un arbre creux auquel on met le feu. Les tribus voisines de Townsville usent du même procédé.

Involontairement les paroles de .Lucien reviennent en mémoire • « Les peuples traitent leurs morts de bien des manières différentes : les Grecs les brûlaient, les Perses les inhumaient, les Hindous les enduisent de résine, les Scythes les mangent, et les Égyptiens les embaument ».

Toutes ces méthodes employées à l'égard des morts par les peuples sauvages ou civilisés, on les retrouve en terre australienne.

Les aborigènes du cinquième continent ont ceci de commun avec beaucoup de peuplades sauvages, qu'ils ne nomment jamais un défunt par son nom, de peur que l'esprit du mort ne soit mis par leur voix sur leurs traces.

C'est une croyance très répandue que l'âme est indépendante de la matière. Voici ce qu'en dit Fraser : « La tribu Kulin (Victoria) croit que tout homme, que chaque bête possède un murup ou esprit qui peut passer dans d'autres corps. Ce murup abandonne le corps d'un homme vivant pendant son sommeil, pour en visiter d'autres en rêve; après le décès d'un individu il revient visiter sa tombe, se rencontre en songe avec des vivants, et se nourrit des reliefs abandonnés autour des feux de nuit, où il vient se réchauffer. »f

Les Noirs de la basse Guinée partagent ces mêmes croyances. Au

Page 1