JE COURS DE NOUVEAUX DANGERS
traité, et lui, si timide d'abord, avait pris confiance petit à petit dans l'homme blanc. C'était bien mal me payer de mes bontés que de tenter, deux fois en un jour, de m'assassiner ! Nouvelle preuve de la perfidie du Noir australien.
Dans une autre occasion, le péril fut encore plus grand. J'avais campé dans le voisinage d'une petite tribu où vivait une de mes anciennes connaissances, Mangoran.
Le cours d'eau où les quartiers du viande empoisonnée étaient déposés.
On se souvient peut-être que cet homme m'avait accompagné, lui et plusieurs autres, dans ma première expédition.
A peine fûmes-nous installés qu'il se présenta, et mes gens, qui le redoutaient, lui livrèrent la plus grande partie des vivres ainsi que du tabac que je leur avais remis. Pareils agissements ne pouvaient me convenir, et comme la paresse de Mangoran exerçait sur ma suite une influence néfaste, j'invitai ce pique-assiette à rester chez lui. Il en fut très froissé et, à partir de ce moment, me voua une haine mortelle. Il n'obéit à mon injonction que lorsque je
Feus menacé de mon revolver; mais je me promis de ne pas le perdre de vue, car avec sa gloutonnerie mes provisions n'auraient jamais été en sûreté.
Jokkaï le comprit parfaitement, et comme nous étions sur le point de partir pour une petite excursion, il proposa d'emmener Mangoran, de peur qu'en notre absence il ne volât mes provisions. Non seulement Mangoran consentit à nous accompagner, mais à notre retour il accepta avec une réelle satisfaction la viande et le tabac que je lui offris.
Le même soir je me dirigeai vers la rivière voisine de notre campement, pour y prendre mon bain habituel. Mes rapports quotidiens avec les indigènes m'avaient rendu un peu moins prudent, et j'avais laissémon revolver dans ma hutte. Or en mon absence il fut tenu au camp des Noirs un véritable conseil de guerre. Mangoran, qui n'attendait qu'une occasion pour me tuer, y excitait les autres, leur expliquant combien c'était facile.
Une herbe haute s'étendait jusque vers la berge; il était donc facile de m'approcher à mon insu. A coup sûr il y aurait abondance de butin : farine, tabac, couvertures de laine, tout était à prendre, jusqu'à mon fusil. Malgré tout, les Noirs hésitaient : un vieillard blessé à la jambe par la balle d'un policeman noir déclarait l'entreprise fort risquée; d'autre part, Jokkaï et un jeune garçon que je m'étais attaché s'opposaient vivement au meurtre de l'homme blanc. En (in de compte, Mangoran et sa femme furent chargés de me tuer. Ils devaient s'approcher cachés par les herbes hautes, et me frapper en pleine rivière, lui d'un coup de sa hache, elle avec son bâton. Ce plan aurait eu pour moi une issue fatale si mon bain n'avait été plus court que d'ordinaire; l'eau s'était trouvée si froide que j'en étais sorti bien vite et m'étais rhabillé à la hâte.
Les Noirs ne purent arriver à temps et mettre à profit l'occasion. 11 va sans dire qu'en pareille situation toute défense m'eût été impossible; mais, me voyant rhabillé et même en marche vers ma hutte, ils renoncèrent pour cette fois à leur criminel projet.
Un jour que Jokkaï me faisait ce récit — c'était longtemps après, — je lui demandai si la police ne leur faisait pas peur. « Oh! dit-il, la brousse est vaste ! » Les coquins étaient si assurés de la réussite de leur plan, qu'à l'avance ils s'étaient réparti tout ce que je