JE COURS DE NOUVEAUX DANGERS
possédais. Il avait même été décidé qu'on ne me mangerait pas, qu'on me jetterait simplement à l'eau. Des deui chevaux, l'un sérail
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dévoré, el Ton abandonnerait l'autre à lui-même, tant il était maigre. Jokkaï ajouta : « Moi, j'aurais pris la défense des chevaux, je les
aurais menés à la station et Ij'aurais conté toute l'affaire au vieux surveillant ». Il y avait une telle désinvolture dans sa façon de dire, qu'il paraissait parler d'un homme mort depuis longtemps.
11 me semblait lire dans un journal le récit détaillé de ma fin : en vérité, je l'avais échappé belle. Menacé de tous les côtés, je ne pouvais m'attendre à voir changer la situation, car les indigènes ne respectent que les Blancs qui parlent avec leur fusil. Moi qui ne me servais pas du mien, je passais à leurs yeux pour un « petit Blanc », et Jokkaï me reprochait souvent de n'être pas assez kola (emporté). « À quoi le sert donc ton fusil? » me disait-il. Mes vêtements étaient si usés, si déchirés, qu'ils ne pouvaient m'attirer de la considération. Les indigènes, comme les enfants, sont surtout frappés par l'extérieur; naturellement, à voir mes habits en lambeaux, la pensée leur vint que je n'étais plus le grand personnage qu'ils s'étaient figuré. Puis un coup terrible avait été porté à ma réputation par la conduite de la police, et depuis ce moment ma vie ne tenait guère qu'à un fil.
Les Noirs de Herbert vale s'étant montrés paresseux et incapables, j'avais renoncé à les emmener avec moi et je ne leur donnais plus de tabac : d'où, une vive irritation. Chaque fois que je partais pour une expédition, ils excitaient mes gens, les poussaient — surtout Jokkaï — à me tuer et à me jeter à l'eau. Mes vieux amis Willi et Jacky n'étaient pas seuls à agir contre moi ; Nelly et le Canaque prenaient leur part de cette lutte où l'ingratitude jouait un triste rôle.
Ma suite constituait le plus grand des dangers auxquels j'étais exposé, en dépit de la persuasion où j'étais que Jokkaï, tout versatile qu'il fût, me défendrait de son mieux.
Ne m'avait-il pas déclaré, un beau jour, qu'il aimait l'homme blanc ?
Malgré tant de difficultés, je ne voulus pas abandonner la partie, convaincu que je ferais encore de nouvelles trouvailles dans ces contrées inconnues.
Seul Jokkaï demeura fidèle. De temps à autre il allait bien trouver sa mère et manger du lobola; mais il me revenait bientôt, poursuivi par son désir de passer homme blanc. De fait, il avait fait.de grands progrès dans cette voie : il savait fumer, possédait une pipe de terre, et émaillait sa conversation de quelques mots d'anglais ; cependant son éducation laissait encore à désirer. Il insistait pour apprendre à