CHAPITRE XXV
L'hiver au Queensland Septentrional. — Le serpent considéré au point de me de l'alimentation. — Une chasse aux serpents. — Un hôte nocturne inattendu. — Le premier habillement de Jokkaï. — Les « montagnes d'aliments » de la Norvège. — Départ de Herbert vale. — Adieux au pays des Noirs.
L'hiver avait commencé pour de bon. Les champs étaient gris, el le soleil avait perdu de sa force. Le jour, la chaleur était encore assez forte, quoique très supportable. À vrai dire, à cette époque de Tannée» surtout lorsque le soleil va se coucher, on jouit au Nord- Queensland d'une température exceptionnellement agréable, et je me trouvais fort bien de me promener en bras de chemise, sans gilet. La rosée tombe en telle abondance qu'après une nuit passée en plein air on se réveille ayant sa couverture transpercée. Après une marche matinale dans les hautes herbes, on est mouillé jusqu'aux hanches, et l'on en revient trempé comme si l'on avait traversé une rivière. Hais quelles matinées splendides ! Elles vous invitent au travail et doublent chez tous la joie de vivre.
L'hiver, le silence règne dans la brousse, et c'est à ce calme que la saison doit son attrait particulier. Les oiseaux ont revêtu leurs plus beaux habits, tandis que les mammifères endossent leurs vêtements les plus chauds; seuls les indigènes demeurent complètement nus, comme en été. Ils n'ont rien pour se couvrir, même pendant la nuit, et pour se chauffer ils n'ont que leurs feux ; en revanche, la saison est favorable au point de vue de l'alimentation, car si les fruits font défaut, la nourriture animale ne manque pas.
D'abord on a la chasse aux serpents, qui, engourdis parle froid, se laissent tuer facilement. Les indigènes sont très friands de la chair de ceux qui ne sont pas venimeux, bien différents en cela de certains de leurs compatriotes qui habitent plus au sud.
Ils se nourrissent volontiers de Boacomtriclor (Morelia variegata), le plus grand des serpents d'Australie, qui dépasse quelquefois au Nord-Queensland une longueur de sept mètres, et se plaît en hiver dans les massifs de fougères dont les troncs d'arbres sont entourés. La nuit, le boa se cache au milieu des feuilles pour être à l'abri du froid, mais pendant le jour il s'allonge à la surface de la couronne de l'arbre, de façon à prendre un bain de soleil. C'est là que les indigènes le découvrent et le tuent à coups de bâton. Attaqué, il peut mordre assez fortement, car il a des dents en grand nombre; mais sa piqûre n'est pas dangereuse.
Ces fougères forment ceinture autour des troncs : on dirait des mâts entourés de leurs hunes, seulement plus nombreuses. Les orchidées, qui se développent à peu près dans les mêmes conditions, sont l'objet d'un égal intérêt de la "part des Noirs ; ils y découvrent des serpents, des rats et d'autres petits mammifères : Uromy*y Macropu$, Antechinm, etc. Aussi ne craignent-ils pas de grimper pour y regarder. Ils aperçoivent les serpents d'assez loin, même si la couronne de l'arbre est à 50 ou 60 mètres au-dessus du sol.
Un jour que nous longions un ruisseau descendant de la montagne, et que les Noirs, tout en marchant, examinaient les amas de fougères qui foisonnent dans la brousse, ils aperçurent quelque chose qui pendait de la couronne d'un arbre, à une très grande hauteur. Incapables de décider, malgré l'excellence de leur vue, si c'était un serpent ou une branche cassée, ils firent grimper sur un arbre voisin un jeune garçon, que j'appelais Willi, lequel fut chargé d'éclaircir la question. « Vin'dche, viridche! (Serpent, serpent!) »,cria-t-il bientôt à ma vive surprise, car l'objet me paraissait être une vieille branche morte. Willi descendit bien vite, pour grimper à l'arbre où se trouvait le serpent. Le pied enfoncé dans une fente, près de la ceinture de fougères, il rompit une grosse branche et en frappa le boa de toutes* ses forces. Revenu à la vie, le reptile se laissa tomber, mais pas avant d'avoir reçu sur la tête une belle volée de coups. Il rtiesurait plus de trois mètres. Pendant que nous l'examinions, Willi, que,
Willi et le serpent.