NOMBRES
A Adélaïde (Australie Méridionale).
k limande
purlailyc
marnkutye
purlaitye-purlaitye
A MORETOÎ* BAT
(Queensland Méridional).
ganar
burla
burla ganar
burla-burla
korumba (beaucoup]
A Boraipab (Australie Occidentale).
keiarpe
pulette
pulekvia
pulette-pulette
A Burapper
(S.-E. de l'Australie,
Murray river).
kiarp
bullait
bullait-kiarp
bull ai l-bu liait
Au Most Elliot
(Queensland septentr.,
ài0°lat. S.).
woggin
boolray
goodjoo
munwool
murgai
Côte méridionale de la Tasmarie.
marrava
pûalih
wullyava
Si les différents idiomes ont peu de facultés qui leur soient communes, ils jouissent au moins de certains avantages auxquels tous ont des droits égaux : ils sont polysyllabiques, et l'accent tombe sur la pénultième ou l'antépénultième, ce qui est loin d'être déplaisant à l'oreille. En vérité, bien des mots sont agréables à entendre; peut-on s'en étonner quand le nombre des voyelles qu'ils contiennent est si grand? Les sons gutturaux y tiennent un rang marqué, tandis que la consonne * fait de rares apparitions. A Herbert river je n'ai entendu que deux mots dans lesquels entrât la consonne s : souttoungo, « tabac » , et sinchen, « syphilis ». À ma connaissance, Y s ne se rencontre qu'au commencement des mots.
Au point de vue grammatical, langues et dialectes paraissent bien différents. Quoi qu'il en soit, les auteurs qui se sont occupés de la question sont arrivés à des conclusions opposées. M. Beveridge, quia fait une étude spéciale des idiomes de la province de Victoria, affirme que la syntaxe en est très simple, et prétend que les diverses combi-
naisons grammaticales s'indiquent par des allongements, des accentuations ou par un simple changement dans la construction. M. Lang est d'un tout autre avis : il partage l'opinion, assez répandue sur les indigènes d'Australie, que jadis ils auraient été plus haut placés sur l'échelle de la civilisation, et il croit retrouver dans les idiomes de ces peuplades, idiomes relativement parfaits, des restes de cette culture ancienne. À titre de preuves, il cite les flexions verbales. Les langues parlées à Moreton bay sont plus riches en conjugaisons que l'hébreu ; outre les formes réflexives et réciproques, elles en possèdent de fréquentatives, d'autres qui marquent les motifs et la permission. Elles n'ont pas seulement l'indicatif, l'impératif et le subjonctif, le passé, le présent et le futur, indiqués par des flexions terminales, mais chaque forme peut de plus, dans certaines conditions, voir le sens se modifier. Ainsi l'imparfait du verbe « parler » (goal) possède non seulement la forme « je parlais », mais d'autres encore qui signifient « je parlais aujourd'hui, hier, dernièrement », etc. Le futur présente les mêmes singularités. L'impératif a trois formes : 1, « parle »; 2, « tu parleras » (emphatique); 3, « parle, si tu peux ou si tu l'oses » (ironique). Les substantifs se déclinent régulièrement avec des suffixes. Ngu signifie « de»; go = h\ rfa = dans; rft = de(en latin, ex); kunda = a\ec, etc. Les pronoms ont le duel et le pluriel : ngaïa = je ; ngulle=nous deux, toi et moi; ngullina (comparer Herbert river, allingpa) = nous deux, lui et moi, etc. Ces complications de grammaire se retrouvent chez beaucoup de peuplades, même si les langues qu'elles parlent sont tout à fait différentes.
Dernièrement M. E. M. Gurr, de Melbourne, dans un travail d'importance et plein de mérite, the Anstralian Race, a démontré qu'il existe, entre la langue des Nègres australiens et celle des Nègres d'Afrique, des points de ressemblance marqués et fort intéressants. À l'en croire, les indigènes d'Australie seraient descendus des Nègres africains, par leur croisement avec une autre race. Il reconnaît bien une différence sensible entre les Nègres australiens et ceux d'Afrique, tout en appuyant sur la conformité des mœurs, des superstitions et surtout des langues; mais il insiste sur ce fait singulier que, malgré les caractères des langues papouasienne et australienne, on peut noter chez les Noirs d'Australie bien des mots à peu près semblables à ceux qu'emploient les Noirs africains.
La langue des tribus de Herbert river est impérative et de forme brève. Souvent un mot rend une phrase entière; ainsi Nginla? (toi?) suffira pour demander : « Veux-tu venir avec moi ? » Et il y sera répondu par Karri ngeipa (Je reste où je suis) ou par Ngeipa mittago (Je veux rentrer). Littéralement: « Moi, hutte ».
lie suffixe go veut dire « quanta, pour », et s'ajoute habituellement aux substantifs pour leur donner un sens verbal ; quelquefois aussi aux verbes. C'est un moyen d'abréger les formes grammaticales. A la question : Vaïnta Morbora? (Où est Morbora?) on peut répondre : Titjengo (Il est allé à la chasse au titjen, wallaby) = quant au wallaby. Mottaïgo signifie « il mange » = quant à manger. On peut rendre la phrase : « Jette-le à l'eau » par ce seul mot : Ngallogo. Comme on le voit, ce suffixe est essentiellement pratique puisqu'il tient lieu de nombre, de temps et de mode. Il peut servir aussi à marquer le génitif; par exemple : tulgil tomoberogo, « les os du bétail ».
Entre les substantifs, les verbes et les adjectifs, souvent il n'existe pas la moindre différence; par exemple : kola, qui veut dire «colère, en colère, et se mettre en colère »; poka = odeur, sentir, pourri; o'to = plaisanterie, plaisanter.
« 11 est bon matin » se dit : vi orupi (soleil gros). Le soleil va bientôt se coucher : ri molle morigan\ ou bien rt naklam (soleil près des montagnes). Kôlle, mot très commun, appelle l'attention sur quelque bruit extraordinaire : « Chut ! » Kôlle, mal I = Chut, un homme ! Kôlle marque aussi l'indignation ou la protestation : « Loin de là! — Comment ! » La répétition de l'adjectif double la force du terme employé : kralli-kralli = très vieux. Le vocabulaire n'est riche qu'en termes traitant des phénomènes qui attirent le plus l'attention des sauvages; la langue manque d'expressions pour les choses abstraites, et comme les indigènes sont incapables de généraliser, ils n'ont point de mots pour désigner un arbre, un oiseau, un poisson, etc. Tout objet, chaque variété a un nom particulier. Le plus curieux, c'est que ces appellations ne sont pas seulement données aux animaux et aux plantes du pays, mais aussi à d'autres, inconnus ou inutiles aux indigènes. A Georgina river les Noirs ont même un mot spécial pour sweet heart.
A Herbert river je fus étonné de trouver différents noms pour la
flamme et les charbons ardents. Vakkun signifiait « brasier, braise ou tison » ; la flamme s'exprimait par kojilla.
Le Nègre ne comprend pas les chiffres ; plusieurs tribus n'en connaissent que deux, qui leur servent à former les premiers nombres : 1, kejap; 2, pullel; 3, pullet-kcjap ; 4, pullet-pullet ; 5, pullet-pullet-kejap. Plusieurs tribus connaissent trois nombres, comme à Herbert vale : ijjongul; 2, jakkany 3, karbo; 4, etc. = « plusieurs ». Le chiffre 10 n'est connu que de quelques tribus : ce mot, qui signifie en réalité « deux mains » (bolita murrung), reporte la pensée sur le terme lima, employé de Hawaïi à Madagascar avec la double signification de « main » et de « cinq ».
La langue des indigènes fourmille de noms propres. Chaque localité a son nom, chaque montagne, chaque ruisseau, chaque clairière de la forêt, et ces noms ont souvent une beauté harmonique. Je citerai les vers suivants :
I like the native name as Paramatta and Illawatra, and Woolloomoolloo, Toongabbe, Mittagong, and Coolingatta, and Yurumbon, and Coodjiegang, Merroo, Euranarina, Jackwa, Bulkomatta, Nandowra, Tumbarumba, Woogaroo; The Wollondilly and the Wingycarribbee, The Warragumby, Daby, and Bungambee.
Chose singulière : dans une grande partie du pays les dialectes tirent leur nom des négations respectives : Wirataroï est le dialecte où wirai signifie « non », et Waïlwun celui où wail veut dire « non ». Même observation pour Kamilarvi, Wolaroï, etc. Pikumbul fait exception à celte règle, car piku veut dire « oui », et malgré soi on pense aux Langues d'Oc et <TOyl des Français.
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