CHASSE AU KANGOUROU
déserte nous menèrent à Cornet river. Sur les bords de cette rivière je vis un certain nombre de casuarinas, arbre de couleur sombre et sans feuilles, dont l'aspect impressionne tristement le voyageur; lorsque le vent souffle à travers une forêt de casuarinas et en agile les cimes, il s'en échappe comme un soupir, que l'homme le moins observateur notera certainement.
Je m'arrêtai une journée dans une station près de Springsure, où je fus invité à prendre part à une chasse au kangourou. Nous étions plusieurs, tous montés. Le départ eut lieu au coucher du soleil, heure que ces animaux choisissent pour aller brouter, et nous ne tardâmes pas à en apercevoir un. Nos chiens, de très beaux greyhounds (lévriers), aussitôt lâchés, détalèrent, et nous de galoper derrière eux, à travers champs, de toute la vitesse de nos chevaux.
L'allure d'un kangourou est celle d'un cheval au galop, mais elle se ralentit bientôt : si c'est un vieux mâle, an old man, comme disent les colons, il se lasse facilement et s'arrête, n'aimant pas à
faire de longs efforts. Alors il s'assied, adossé à quelque tronc d'arbre, et lutte contre les chiens jusqu'à la dernière extrémité. Malheur au lévrier qui tombe sous sa griffe! le kangourou le saisit avec ses pattes de devant et, de son pouce puissant, lui ouvre le ventre ; aussi les chiens se gardent-ils de l'approcher de trop près. Quelquefois un kangourou va se retrancher près d'une mare; trop vivement pressé par un chien, il a l'instinct de lui faire faire le plongeon et de le maintenir sous l'eau jusqu'à ce que le malheureux lévrier soit asphyxié.
Nous donnâmes la chasse à notre kangourou de toute la vitesse de nos montures, mais la bête fit front aux chiens. Un des chasseurs mit pied à terre et servit le kangourou d'un coup de massue. À celte chasse il fut tué six kangourous.
Je rejoignis mon compagnon à Nogoa river et tuai près de là deux beaux perroquets (Platycercus pulcherrimus). Voici dans quelles circonstances singulières : J'avais quitté le campement une heure avant le coucher du soleil, emportant mon fusil; presque aussitôt j'aperçus deux de ces charmants oiseaux, un mâle et une femelle, qui se promenaient autour d'une termitière en mangeant des graines. Je tuai le mâle, et sa femelle s'envola sur un arbre voisin; cependant je ne me hâtai pas d'aller relever l'oiseau mort ; les pennes écarlates du croupion se voyaient à distance, aux derniers rayons du soleil. Mais, peu après, la femelle revint se poser près du corps de son compagnon ; de son bec elle lui souleva plusieurs fois la tête et lui piétina le corps, d'avant en arrière, comme pour le rappeler à la vie. Après quoi elle disparut de nouveau, pour revenir bientôt, tenant dans son bec quelques brins d'herbes secs, qu'elle plaça devant l'oiseau mort, sans doute pour qu'il en mangeât les graines. Enfin, après tant d'essais infructueux, elle recommença à soulever la tête de son mâle, lui marcha une dernière fois sur le corps, et finalement s'alla percher sur un arbre, au moment où le crépuscule allait tomber. Je m'approchai alors, et d'un coup de fusil je mis tin aux peines de cet oiseau fidèle.
A environ 250 mètres de la côte, nous franchissions celte partie de la chaîne de montagnes qui, sous le nom de the Gréai Dividing Range, forme la ligne de partage des eaux entre le Queensland Oriental et l'Occidental. Une colline basse indique la ligne de faîte;