‹ Au pays des cannibalesChapitre 152 sur 185 · NOIRS AU SERVICE I1ÇS BLANCS. #S · texte numérisé non relu

NOIRS AU SERVICE I1ÇS BLANCS. #S

reprocher; cependant il en est qui restent longtemps en place, s'il leur est accordé de temps en temps un rongé,

Un Noir de vingt-trois ans, élevé depuis son premier âge dans une station île Victoria, disparu! un jour tout à coup. Pendant tout ce

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temps il avait vécu avec la famille comme s'il eût été un en fan I de la maison. On le retrouva dans le camp des Noirs aussi nu qu'au moment où il était venu au monde; puis, quelque temps après, il vint à la station pour y reprendre son travail ordinaire. Mais II arrive aussi que la vit* libre et en plein air offre un tel attrait aux indigènes civilisés, qu'ils ne rabandouneiil plus jamais. Voici deux histoires,

très connues des colons. Dans une des colonies, la femme du gouverneur retira de l'école des Missions une petite Négresse pour l'élever. Sara la Noire devint par la suite femme de chambre, elle se conduisait parfaitement, allait régulièrement à l'église, et était citée quand on voulait prouver que les Noirs peuvent participer à un degré élevé de civilisation. Un beau jour Sara la Noire disparut : on craignit qu'elle n'eût été enlevée par des indigènes campés tout près de la ville. Quelques semaines plus tard, la femme du gouverneur découvrit dans un campement de Noirs son ancienne camériste, le corps graissé de suif, teint de couleurs minérales et enveloppé d'une peau d'opossum. Elle était assise auprès d'un jeune sauvage qui avait su gagner son cœur, et paraissait heureuse.

L'histoire de Benelong est plus étonnante. Ce Noir avait été élevé en Angleterre, où il avait appris un peu de grec et de latin. De retour à la Nouvelle-Galles du Sud, il fut reçu à la table du gouverneur. On pouvait supposer qu'un Noir à ce point civilisé aurait oublié sa vie de chasseur : nullement, il se trouva pris tout à coup de la nostalgie des forêts. On retrouva un jour ses vêtements; quant à lui, il avait disparu pour ne plus jamais revenir chez les Blancs.

Un Noir peut avoir l'occasion de faire un voyage à l'étranger, si le squatter va revoir son pays natal. Les grandes villes du monde civilisé devraient laisser une impression profonde, sinon écrasante, sur l'enfant de la nature : il n'en est pas ainsi. Un Nègre d'Australie ne s'étonne pas facilement; il lui manque une compréhension suffisante. Une locomotive passant devant lui à toute vapeur ne l'étonné pas beaucoup, même s'il n'en a jamais vu. Lorsqu'il revient d'un long voyage, il compare peut-être, mais ne peut pas traduire ses impressions; seulement ses auditeurs comprendront que leur camarade a beaucoup voyagé et vu quelque chose de superbe. Il est lui-même très fier de son voyage et ne considérera plus Blancs et Noirs qu'avec dédain. Un colon qui dans son arrogance cherchait à donner à un Noir une idée grandiose de Sydney, en reçut cette réponse étonnante: « I like London better ».

Quoique le Nègre australien puisse se civiliser à ce point, il est un fait notoire, c'est qu'il ne peut jamais arriver à une position indépendante. Dans une place inférieure il peut servir un maître à son enlière satisfaction, mais sans rien économiser. Aussi n'est-il jamais

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