COLONS ET INDIGÈNES
bon commerçant; tout ce qu'il gagne est employé aux plaisirs du moment. L'aversion si caractéristique que le Nègre australien a pour l'agriculture, il la conserve quand il se civilise.
Même le bénéfice que donne si facilement le bétail ne pousse pas les indigènes à spéculer pour leur propre compte. Un mouton vivant est une rareté dans un camp de Noirs, et l'or ne leur paraît que de la pierre, même lorsqu'ils voient le chercheur d'or s'enrichir à la poursuite de ce métal. Leur manière de voir communiste est encore un obstacle à un développement social plus grand. Les indigènes qui sont attachés à une station partagent toujours leurs bénéfices avec leurs parents et ceux de leurs amis qui demeurent près de la station.
Le travail des Noirs ne coûte pas cher, ils acceptent ce que leur offre l'homme blanc, quoique souvent cela se borne à du tabac, de la nourriture et des vêtements. Ces changements dans la condition des indigènes sont tout à l'avantage du colon, tandis que les Noirs n'en retirent le plus souvent que la démoralisation et la décadence au point de vue moral ainsi qu'au point de vue physique. Il est vrai que les premiers Blancs avec lesquels les Noirs se rencontrent, sur les confins de la civilisation, sont souvent grossiers et brutaux; aussi ne peut-on guère s'attendre à ce qu'ils gagnent beaucoup à ce contact.
L'immigrant a même été souvent très inhumain et a détruit les indigènes en masse. Dans certains cas il est peut-être excusable; mais les Noirs font expier aux innocents les crimes des autres et n'épargnent aucun Blanc.
Dans l'Australie Septentrionale, aucun voyageur n'est sûr de sa vie, et plus d'un a disparu dans ces régions éloignées, ayant trouvé la mort sous la lance des Noirs. On a vu des indigènes attaquer des stations et en tuer tous les habitants. Il est donc nécessaire au colon de se défendre; mais il a souvent été plus loin qu'il ne le fallait. La colonisation de l'Australie compte plus d'un triste fait de ce genre. On connaît des exemples de jeunes gens d'une station qui ont profité du dimanche pour chasser les Noirs des environs, non pas seulement « par nécessité », mais aussi comme « sport ».
Il y a même des colons qui ont empoisonné des Noirs. Un squatter de Long-Lagoon, dans l'intérieur du Queensland, s'est rendu célèbre
en semant de la strychnine à l'intention des indigènes, afin d'en tuer un grand nombre à la fois. De nos jours il se passe encore des actes de férocité de ce genre. Un farmer que je rencontrai à Lower- Herbert se vantait d'avoir brûlé quelques Noirs après les avoir tués à coups de fusil. Il considérait cela comme une mesure de précaution parfaite, qui ne laissait point de preuves contre lui. On ne compte pas pour beaucoup la vie d'un indigène, surtout dans le nord de l'Australie, et plusieurs fois des colons offrirent de me tuer quelques Noirs pour m'en procurer les crânes. Sur les confins de la civilisation on n'hésite pas plus à tuer un Noir qu'à tuer un chien. Bien que la loi ordonne la pendaison pour les meurtres commis sur des Nègres d'Australie, les distances sont tellement grandes, dans ces districts non civilisés, qu'en réalité un Blanc peut faire des Noirs ce qu'il veut.
La police noire, institution inhumaine, a été aussi un facteur puissant dans la décadence des indigènes. Elle a non seulement tué des quantités de ces pauvres gens, mais aussi cpntribué pour beaucoup à leur démoralisation. Gomme preuve de sa barbarie, nous avons raconté au commencement de ce récit un sanglant épisode qui prouve la férocité de celte institution.
Devant la justice, le Noir est sans défense, car son témoignage est sans valeur. Le jury n'admet pas facilement la culpabilité d'un Blanc, même s'il a assassiné un Noir. Mais si un Blanc est tué par les Noirs, toute la colonie éclate en rugissements.
Cependant il est des gens qui considèrent les Noirs comme des hommes ayant le droit de vivre dans un pays qui, après tout, est le leur. Un gentleman australien me dit un jour : « Si j'étais un Nègre, je tuerais tous les Blancs qui me tomberaient sous la main ».
Un de ces protectors of the Blacks m'écrit ceci :
« Si je pouvais, dans une mesure quelconque, améliorer la triste position des Noirs, je consacrerais volontiers le reste de ma faible santé à plaider leur cause. Malheureusement, c'est peine perdue de croire à une amélioration quelconque ; le plus fort veut vivre aux dépens du plus faible. Je considère la classe inférieure des Blancs comme une horrible caricature des chrétiens. Le peuple anglais jette la pierre aux autres nations, pour leur manière de traiter les peuples conquis, mais rien n'est plus barbare que leur façon d'agir avec les indigènes de l'Australie* »
Férocité de la police noire.