L'AUSTRALIE AYANT SA DÉCOUVERTE
et de la lutte plus forte pour l'existence qui se rattache à ces mêmes ruptures.
La nature du pays a contribué également à retarder ce développement. D'abord, les côtes sont peu découpées, et ensuite il y a deux particularités qui sautent immédiatement aux yeux : le pays n'a pas de ruminants originels, et les espèces de blé sont très rares. La transition de la vie naturelle pure à celle de berger était donc rendue impossible d'un côté, et cette voie de développement ordinaire, fermée. D'autre part, la phase qui comporte la culture des céréales était peu pratiquée dans ce pays, où les plantes sont très éparpillées, quoiqu'on ait constaté que le riz sauvage, qui pousse dans certaines contrées du nord de l'Australie Méridionale, ait servi à l'alimentation. Les conditions climatiques, aux longues sécheresses, qui dans l'intérieur du pays pouvaient durer souvent plusieurs années, étaient dans d'immenses districts un obstacle au développement de l'agriculture, même si l'on avait possédé des céréales pouvant mieux supporter la sécheresse que le riz. De plus, les aliments qu'offre le pays dans les bonnes années sont tellement nombreux que la vie telle qu'elle était devenait facile.
Il ressort de tout cela que l'agriculture, celte grande découverte sur laquelle se fonde toute civilisation supérieure, n'existait pas en . Australie lorsque les Européens y débarquèrent.
Le résultat de la collision entre la civilisation primitive et les colons immigrés était à prévoir. La différence était trop grande : toute assimilation était impossible. Les seuls postes que les Nègres australiens pouvaient occuper avec succès dans la nouvelle société étaient ceux de berger et d'agent de police, et ce dernier emploi ne profita guère à la race. Non seulement la lutte inéluctable entre le nomade et le colon prenait — par cela même que les premiers colons anglais étaient pour la plupart des criminels déportés qui n'avaient aucuns égards — le caractère d'une guerre d'extermination, mais c'est dans cette lutte même où plus tard la police indigène a été un agent de destruction très puissant.
« Il est difficile de se rendre un compte exact de la densité de la -population en Australie au commencement de la colonisation européenne. Presque partout on rencontre des aborigènes, quelquefois en nombre, ou tout au moins des traces de ces mêmes aborigènes.
Sturt raconte, par exemple, qu'encore en 1880 il rencontra, dans l'espace de quelques jours seulement, environ 4000 indigènes. 200000 âmes n'est pas un chiffre trop élevé pour la population indigène il y a cinquante ans. Aujourd'hui on l'évalue à 60000 environ.
Le monde connaît la férocité systématique avec laquelle on a détruit les Tasmaniens. De la population primitive, qui était de 4000 à 5 000 âmes en 1803, au moment de la fondation de la colonie, le dernier survivant mourut en 1872. Outre les escarmouches continuelles, on faisait de véritables battues pour prendre les indigènes, dont une grande partie fut envoyée aux îles du détroit de Bass, où leur mort ne se fit pas longtemps attendre. La chasse régulière aux indigènes du Queensland, dans les commencements, force également à se demander si c'est de cette façon que la civilisation fêtait son entrée.