HISTOIRE DE LA COLONISATION
Le 26 janvier 1788, le capitaine Arthur Phillip débarquait à Sydney avec le premier transport de prisonniers et prenait solennellement possession de tout un continent, au nom du peuple d'une petite île antipodale. Si l'expédition française commandée par La Pérouse était
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venue plus tôt, peut-être que le développement eût pris une direction tout autre. La puissance dominatrice de la nation britannique eut l'occasion de s'épanouir, et un monde nouveau fut soumis au pouvoir de la race anglo-saxonne.
Pour commencer il y avait environ mille colons déportés, dont un quart de femmes. Cent ans plus tard, les colonies en Australie1 comptent près de 3 millions d'habitants. Avant tout, il fallait s'occuper d'agriculture; mais, comme très peu de colons étaient au courant de cette science, on dut, dans les premiers temps, pour éviter la famine, abattre les animaux domestiques importés. Un siècle après, l'Australie non seulement possède 80 millions de moutons et près de 8 millions de têtes de bétail, mais elle envoie annuellement à la mère patrie de la viande, de la laine, du suif, du blé et des métaux pour près de 1 milliard de francs. Un développement colossal !
L'histoire de la colonisation se rattache d'abord tout particulièrement au transport des criminels. La colonie établie la première reçut — jusqu'au jour où, en 1839, une protestation énergique faite parles immigrants « libres » arrêta l'importation — 60 000 déportés. La colonie des criminels établie ensuite fut la Tasmanie ou Terre de Van Diemen, nom que portait l'île en 1805. Le transport dans cette colonie ne cessa qu'en 1853, après que 68000 déportés y eurent été amenés.
Tristes conditions que celles de ces colonies composées de criminels, surveillés par des soldats d'une grande brutalité! En 1835 on administra, sur 28000 déportés qui peuplaient la Nouvelle-Galles du Sud, 22 000 punitions disciplinaires (3 000 fois la garcette), et l'on exécuta 100 condamnations à mort. En Tasmanie, sur une population de 37000 âmes, on en punit environ 15 000 en 1834, dont un septième des habitants libres, pour ivresse.
La dernière colonie qui reçut régulièrement des transports de criminels fut celle de l'Australie Occidentale, établie en 1839 et qui demanda en 1849 au gouvernement de lui envoyer des déportés, pour activer ainsi le développement de la colonie. Poussée par les autres colonies, qui s'opposaient de toutes leurs forces à ces transports, l'Australie Occidentale dut cesser en 1868 de recevoir des criminels, dont elle comptait déjà 10 000.