‹ Au pays des cannibalesChapitre 17 sur 185 · STATIONS · texte numérisé non relu

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de boucherie. Que devient donc toute cette viande? La majeure partie est consommée sur place, par les Australiens; mais, dans ces derniers temps, il a été bâti des usines frigorifiques où se prépare la viande en vue de l'exportation. Enfin, d'autres quantités considérables servent à la fabrication de suifs. Un fabricant des environs de Rockhampton possède un établissement où, tous les ans, une centaine de milliers de bœufs et de moutons sont soumis à l'ébullition.

En Australie un terrain de pâture jugé bon est aussitôt transformé

Terrain de pâture.

en herbage, livré au bétail et aux moutons. Bœufs et vaches broutent la première herbe, la moins fine; puis viennent les moulons, qui se régalent d'herbe tendre. On ne tient nul compte des distances. Peut-être faudra-l-il des mois pour conduire tout le troupeau à la station nouvelle! Mais un emplacement ne semblera jamais trop éloigné pour qu'on hésite à y fonder une station si l'herbe est reconnue de bonne qualité.

Le plus redoutable ennemi du squatter, c'est le climat. Pour combattre les longues sécheresses dont il pourrait être la victime, l'éleveur creuse à grands frais des étangs. Je me trouvais alors dans un

des meilleurs districts herbagers de l'Australie, où foisonne, sur une étendue de plusieurs centaines de milles, le « Mitchell grass » (Astrebla elymoidca), qui supporte si bien la sécheresse, sans rien perdre de sa rusticité.

Des halliers, qui se font plus rares en avançant vers l'ouest, entourent Minnie-Downs d'une large ceinture; plus près de la station, le brigalow-scrub y occupe la première place. D'autres halliers, où domine Y Acacia pendula (le gidgy-scrub des colons), s'offrent ensuite à notre vue ; une odeur peu agréable, très acre après la pluie, les signale à distance.

Des scrubs de l'intérieur se dégage une impression de solitude et d'abandon, due à la quantité d'arbres, d'un vert tirant sur le gris ou sur le marron, qui, sans répandre aucune ombre, ondoient audessus de la plaine et des coteaux stériles. A parcourir ces bois, on n'éprouve pas la même sensation de calme reposant que dans les autres sous-bois : tout y est sec, brûlé, et mort comme dans une tombe ; c'est un paysage désolé où les traces de vie sont clairsemées. A peine si, de loin en loin, la vue d'un oiseau ou de quelque autre animal vient rompre la monotonie du tableau. Ces sous-bois sont particuliers à l'Australie. 11 en est d'immenses : un entre autres, situé dans le sud, qui couvre 9 000 milles carrés. M. J. Wood a fait cette observation frappante : l'Australie a ses bois pour trait caractéristique, la Tartarie a le steppe, l'Amérique les prairies, et l'Afrique le désert.

Je ne pouvais donc espérer un bien riche butin zoologique dans les vastes gidgy et brigalow-scrubs qui entourent la station. Et sous ce rapport la forêt n'offre pas non plus grand intérêt. Autrefois le chien d'Australie y comptait de nombreux représentants, ainsi que dans toute la région occidentale ; mais ces dingo ont allumé la colère des squatters, qui font tout pour les détruire; aussi disparaissentils peu à peu. Les grandes exploitations engagent même un homme dont l'unique occupation est de chercher à les empoisonner. On rencontre dans l'Ouest-Queensland le dingo noir à poitrine blanche et le dingo rouge.

Il m'a été donné bien souvent d'observer des araignées, surtout la grosse velue (Phrictis crampes), qui pullule en ce pays. Son trou descend en ligne légèrement obliquée, jusqu'à 45 centimètres de

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