LA JUSTICE CHEZ LES ABORIGÈNES
si difficile de se procurer du bois dans les environs que, pratiquement, on lui substitua de la pierre. Elderslie est située près du confluent des rivières Diamantina et Western. Je rencontrai là deux hommes qui cherchaient des opales dans les montagnes à Test de la rivière Diamantina. Un peu au nord d'Elderslie s'étend le district de Cloncurry, dont les gisements de cuivre, d'une richesse inouïe, l'emportent sur les mines du Lac Supérieur, en Amérique. On y trouve de l'or et de vraies montagnes de fer; mais, par l'insuffisance des communications, ces incalculables sources de richesse restent pour la plupart inexploitées. Le Queensland, assure-t-on, deviendra un centre de production pour Jes métaux précieux : l'or, l'argent et l'étain s'y trouvent en abondance, et des études récentes montrent le pays en possession de terrains houillers assez considérables pour que la côte du Queensland soit, un jour, le marché au charbon le plus important de l'hémisphère austral.
Les indigènes de Diamantina m'étonnèrent par leur stature : je n'avais jamais vu et depuis lors je n'ai jamais rencontré d'hommes auasi grands et aussi gras que ceux qui habitent les alentours d'Elderslie. Certaines femmes sont d'une taille colossale, et presque toutes ont les cheveux lisses. Le poisson, les serpents, les rats et des coquillages forment le fond de la nourriture.
La perfidie est un des traits saillants du caractère des Nègres australiens, et les colons disent aux étrangers, sous forme de conseil : « Never hâve a black-fellow behind you (En bonne règle il ne faut jamais se fier aux Noirs) ». Le fait suivant, arrivé près de Dawson river, prouve combien il est difficile à un Nègre d'Australie de dépouiller le vieil homme : un squatter chassait le talégalle dans les broussailles, en compagnie d'un domestique noir. Pendant la marche, le domestique, placé derrière son maître, lui frappe sur l'épaule et lui dit : « Laisse-moi passer devant ». Et comme le squatter en demandait la raison : « C'est, répondit le Noir, que j'ai une trop forte envie de le tuer ». Pourtant cet homme était employé depuis plusieurs années sur la station, où ses services étaient appréciés, surtout comme berger.
Une remarque intéressante à propos de ces indigènes : ils exercent une sorte de justice dans les cas d'assassinat; en voici une preuve : Un Noir, domestique à la station de Conomare, avait été envoyé en
commission à Diamantina-gates. Il en revint en la compagnie d'un homme déjà âgé et de ses deux femmes, tous appartenant à la même tribu que lui. Après avoir tué l'homme, il fit prisonnières les jeunes femmes; mais Tune d'elles, ayant pu s'échapper, raconta aux gens de la peuplade ce qui s'était passé. Son récit excita l'indignation générale : quatorze hommes armés de piques et munis d'autres armes coururent à Conomare pour tirer vengeance de ce meurtre. Le domestique s'était caché, et les Blancs, qui le tenaient pour un bon serviteur, non seulement se refusaient à le livrer, mais ils tirèrent quelques coups de fusil sur les Noirs pour les effrayer et les déterminer à prendre la fuite. Trois ou quatre jours n'ayant pas amené de retour offensif, le Nègre se crut à l'abri de tout danger; mais, un beau matin qu'il était sorti avec l'intention de ramener un cheval, il fut tué par des hommes de sa propre tribu, à moins d'un demi-mille delà station. Une histoire semblable se serait passée à Peak-Downs. Un Noir dont il devait être fait justice, probablement pour avoir commis quelque meurtre, fut poursuivi jusqu'à la station. Lorsque les Blancs l'aperçurent, il avait l'air d'un porc-épic, tant son corps était hérissé de dards.
Les puces avaient déjà pris possession du grand bâtiment neuf élevé sur la station d'EldersIie. Elles se tiennent généralement sous terre; et sitôt qu'on pose un pied sur le sol, elles vous grimpent le long de la jambe, par douzaines. En Europe je ne me suis jamais préoccupé d'une piqûre de cet insecte, mais les puces australiennes sont de véritables sangsues. Et comme après ces morsures je ne pouvais me retenir de me gratter fortement, mon corps fut bientôt couvert de plaies douloureuses et cuisantes qui ne se fermaient pas. Au moindre mouvement que je faisais, je ressentais de si vives douleurs, qu'à mon grand dépit je reconnus la nécessité de prendre un peu de repos. Mais au bout de huit jours cette tranquillité forcée m'était devenue intolérable, d'autant plus que j'étais invité à suivre une expédition dirigée vers l'embouchure de la rivière Diamantina.
Un inspecteur de la « police noire », dont les baraques étaient établies près de la rivière, m'avait engagé à l'accompagner dans la tournée d'inspection qui devait le conduire plus au sud. Sans tenir compte de mon mal, je partis pour le baraquement, situé à 30 milles environ; mais lorsque j'y arrivai, mes douleurs étaient si peu sup-