‹ Au pays des cannibalesChapitre 27 sur 185 · FLORE ET FAUNE · texte numérisé non relu

FLORE ET FAUNE

Les terrains qui bordent le fleuve sont de qualité supérieure. Plus haut s'étendent des plaines immenses plantées d'eucalyptus géants, que l'on abat au fur et à mesure, pour labourer immédiatement le terrain qu'ils occupaient et le planter en cannes. Plus bas, près du fleuve, on rencontre des fourrés très recherchés des cultivateurs pour leur fertile humus; ceux de Mackay sont moins épais et d'une végétation moins luxuriante. La nature du pays rappelle en général celle des tropiques.

Une grande partie de ces bois était déjà défrichée, et à leur place

Plantation de cannes à sucre dans le Qucensland Septentrional

ondoyaient d'immenses champs de cannes à sucre, entrecoupés de loin en loin de pièces de maïs. On travaillait avec ardeur à étendre le terrain labourable, n'épargnant ni argent ni peine, et ce n'était pas sans tristesse que je voyais se rétrécir chaque jour le champ d'action du naturaliste.

Les bandes de pigeons (flock pigeons) avaient peine à rencontrer les espèces d'arbres où d'habitude elles élisent domicile, et des vols de tisserins (Ploceus) cherchaient vainement un abri, les arbres où leur colonie avait bâti ses nids ayant été abattus. Le casoar aussi se faisait de plus en plus rare; cependant j'en aperçus quelques traces dans le sable. Seul le crocodile ne se laisse pas troubler par l'activité

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fiévreuse de l'homme; il ne se préoccupe même pas du mouvement qui règne sur le fleuve. Souvent des Blancs ou des Noirs manquent à l'appel, car, si craintif que soit le crocodile sur terre, la hardiesse ne lui fait pas défaut dans son propre élément. Un jour un Canaque lavait ses vêtements dans le fleuve, près de la plantation; ses camarades se mirent à pousser des cris pour l'avertir de la présence d'un de ces monslres amphibies, mais le Noir, croyant à une plaisanterie, puisqu'il n'avait de l'eau que jusqu'à mi-jambe, ne se dérangea pas. Tout à coup le crocodile, qui s'était approché sans bruit, saisit l'infortuné et l'entraîna sous l'eau. Les vagues se refermèrent sur eux, sans laisser d'autre trace de ce drame qu'un ruisseau de sang.

Un M. Gardiner, qui s'intéressait aux sciences naturelles, demeurait près de là ; j'allai le voir. 11 eut la bonté de m'inviter à passer quelque temps chez lui, et c'est là que je me trouvai pour la première fois en contact avec des Noirs du Queensland Septentrional. Nombre d'entre eux, hommes et femmes, tous entièrement nus, étaient campés dans la cour de l'habitation. Mon attention fut attirée tout d'abord par la conduite de M. Gardiner vis-à-vis de ses hôtes. Dans ces districts où n'a pas pénétré la civilisation, les relations entre Noirs et Blancs sont déplorables ; les indigènes des régions éloignées sont traités comme des animaux. Pourtant il se rencontre des Blancs qui leur témoignent quelque intérêt et les protègent, te qui leur a fait donner le nom de the black's proteclors. M. Gardiner est de ce nombre. Il avait toujours du travail à leur donner, leur fournissait des outils et souvent les accompagnait à la forêt, où l'on abattait des arbres, élevait des palissades, etc. M. Gardiner s'entend admirablement à faire travailler les plus lents et les plus paresseux, payant d'exemple au besoin et prenant sa part des travaux. La paye avait lieu tous les soirs et consistait en larges portions de farine, de sucre, de thé, de tabac, et même en morceaux de viande les jours où l'on avait tué.

Ce n'est pas seulement les hommes que M. Gardiner traitait si largement : femmes et enfants recevaient de leur côté ce dont ils pouvaient avoir besoin. Bref, tout ce monde vivait à ses dépens. Bien d'étonnant que les Noirs se plussent chez lui, sans renoncer pour cela à leurs habitudes nomades; de temps à autre ils retournaient

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