‹ Au pays des cannibalesChapitre 34 sur 185 · NELLY DANS SA CUISINK · texte numérisé non relu

NELLY DANS SA CUISINK

glisser dans la cuisine, avec l'intention d'amadouer la cuisinière, qui gardait quelque bon morceau à ceux qui l'aidaient soit à laver la vaisselle, soit dans toute autre besogne. Eux, sous le prétexte de se rendre utiles, ne laissaient échapper aucune occasion de chiper quelque chose dans la marmite ou le garde-manger. Les femmes volent le jour et les hommes la nuit.

J'avoue qu'il me répugnait de penser que les Noirs maniaient ce que nous devions manger. La vaisselle étant lavée par des femmes

NVIIv dans sa cuisine.

nues et sales, les indigènes étant affligés de maladies cutanées, nous nous trouvions, le vieillard et moi, fortement exposés à la contagion, et les maladies de peau, conséquence ordinaire de la civilisation, avaient, hélas ! fait leur apparition jusque chez les Noirs de Herbert river; heureusement le nombre était encore petit de ceux qui étaient parvenus à ce haut degré de civilisation. Au début, peu d'hommes ^e permettaient d'entrer dans la cuisine; mais quand les premiers ^visiteurs furent au courant des êtres, d'autres se présentèrent, et le Respect pour le gardien alla diminuant.

En signe extérieur de civilisation, le Nègre d'Australie se pare, lorsqu'il le peut, d'une chemise de confection européenne et jadis blanche, à laquelle le temps et le manque de blanchissage ont bientôt 'Î- donné une couleur plus en harmonie avec celle du porteur. Une pipe

de terre est indispensable si le nègre veut se donner aux yeux de ses îf-'. compagnons l'air d'un parfait gentleman; mais le détail essentiel

' pour bien marquer la différence entre un Blanc et un Noir, c'est la

possession d'un chapeau de feutre. Assez souvent un de ces aborigènes priera un Blanc de le baptiser d'un nom civilisé ; s'il est fait \ droit à sa requête, il gardera ce nom dans ses rapports avec ses ca-

!; marades.

■ Les Noirs de la rivière Herbert établis à proximité de mon quar-

tier général étaient arrivés graduellement à cet état de civilisation relative, mais un très petit nombre avaient pu se procurer une chemise ou un feutre. De ces progrès découlait pour moi un avantage réel : c'est que les Noirs avaient beaucoup moins peur d'un Blanc. f: Chaque fois qu'on devait tuer un bœuf, ils accouraient en foule à

v la station, espérant y glaner quelque chose. Les os retirés et aban-

| donnés aux Noirs, ainsi que la tète, la peau et les intestins, on sale la

; viande. C'était donc fête à Herbert vale le jour où l'on tuait un bœuf:

; la nouvelle, connue à l'avance, se communiquait de peuplade à peu-

1 , plade et servait de thème à toutes les conversations, même au loin

\ sur la montagne, parmi ceux des Noirs qui n'osaient se hasarder si

[l près de la station.

* L'abatage des bêtes avait lieu dans un enclos distant de trois cents

; pas du grand bâtiment et appelé the killing-yard. Je prenais grand

v plaisir à observer les Noirs dans ces occasions. Le moment venu pour

^ le vieux garde d'aller tuer un bœuf (un tomobero) d'un coup de cara-

i bine, tous sortaient du camp ; mais il leur était défendu de trop se

; rapprocher de la clôture, de crainte qu'ils n'effrayassent les bestiaux,

ï accoutumés, en Australie, à ne voir les hommes qu'à cheval. La vue

| d'un piéton les effraye, et naturellement ils ont peur des Noirs, qui

£ ' vont toujours à pied et ne se gênent pas pour les frapper de leur

$. :■ lance. Les indigènes doivent donc se tenir cachés, pour n'être pas

| vus par le bœuf; autrement la bête, alarmée, mise en défiance, tour-

g nerait à droite et à gauche dans l'enceinte, et le vieillard, empêché de

h< bien viser, furieux, tirait quelques coups de fusil par-dessus la tête

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