‹ Au pays des cannibalesChapitre 38 sur 185 · LA PIQUE DES INDIGÈNES. M · texte numérisé non relu

LA PIQUE DES INDIGÈNES. M

mêmes, dont la marche est aussi légère que celle des chats, parviennent difficilement à les approcher. En temps de pluie, il est bien plus facile de les tuer.

Les wallabys, les kangourous géants et les bestiaux des Blancs sont les seuls animaux que les Noirs de Herbert vale chassent à la pique, la meilleure de leurs armes. Cette lance ou pique, de 5 m. 50 à 4 mètres de long, est formée de deux pièces : Tune, faite de bois dur et lourd, se termine en pointe aiguë; la partie de derrière, plus

Filet pour la chasse au wallaby. (Voir p. 118.

longue, est en Xantorrhea ou tout autre bois léger. Ces deux pièces juxtaposées et bien attachées avec des filaments de végétaux ou des tendons pris à la queue d'un kangourou, on les colle et maintient avec de la cire d'abeilles, qui aura été exposée au feu. La pointe n'est jamais trempée dans un poison, d'autant que les Noirs n'en ont guère à leur disposition; elle n'est pas munie non plus d'un éclat de silex, comme dans d'autres districts de l'Australie. J'ai vu au Nord- Queensland, mais exceptionnellement, des piques plus grosses à pointe garnie d'arêles de poisson ou crochets, sur une longueur de 50 centimètres environ. On ne s'en sert que pour pêcher.

La lance est souvent projetée au moyen d'un engin, long du quart

ou du cinquième de l'arme entière. Une de ses extrémités est munie d'un crochet, formé d'un éclat de bois attaché avec des fdaments et des tendons recouverts de cire. Sur ce crochet s'adapte la pointe inoffensive de là lance, légèrement creusée à cet effet. Le propulseur s'appuie donc dans toute sa longueur au-dessous de la partie postérieure de la pique. On saisit des trois premiers doigts la lance et le levier, puis, portant le bras bien allongé en arrière, on imprime à tous deux un mouvement violent qui projette la pique en avant, tandis que l'autre partie de l'arme reste dans la main du lanceur.

Les Noirs de Herbert river emploient aussi, dans leurs chasses au wallaby, des filets à larges mailles, qu'ils disposent entre des pieux auxquels ils les attachent. Chacun de ces filets a de 5 à 6 mètres de long; les mailles ont 6 centimètres dans tous les sens (voir p. H 7). fia chasse a lieu en pleine campagne (open country)^ près de Herbert river. A ne donner qu'un coup d'œil superficiel au paysage, on le trouvera peu différenl de ceux du Queensland Méridional ; on y retrouve l'arbre à gomme, mais la végétation est plus belle, et l'herbe si haute qu'on a peine à s'y frayer un chemin. Le palmier (Pandanu*) forme sur ce terrain humide de véritables forêts (voir p. 119); la nature n'y a plus le même aspect de sécheresse et d'aridité, le sol est entrecoupé de petits marais, et l'on a souvent à traverser des rivières ou des ruisseaux.

Les oiseaux sont plus rares en « pays ouvert » que dans les autres parties de l'Australie. On y chercherait vainement les espèces qui évitent généralement les broussailles, et dont le nombre est si grand près de la rivière Herbert. Je n'y aperçus même pas celles qui font partie de toute forêt australienne : la corneille (Gymnorhina tibicen), l'oiseau-boucher (Cratlicus nigrogularis) , la gralle (Grallina picata). Les perroquets y étaient également peu nombreux, mais j'en vis beaucoup dans les bois dont sont revêtus les flancs de la montagne. Le Centropus, oiseau fort commun dans tout le Queensland, pullule dans ce canton ; en réalité c'est un coucou, quoique les colons l'aient nommé « faisan des marais », à cause de sa queue, qui ressemble à celle du faisan; ses plumes sont raides et ses ailes petites, ce qui lui rend le vol difficile. Ce faisan de marais ne partage pas le faible de ses congénères : jamais il ne pond dans le nid d'autrui. Quant à sa voix, on dirail le glouglou d'une bouteille qui se^ide; tout individu

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