VIE DES OISEAUX EN « OPEN COINTRY
qui a campé sous les gommiers en Australie est familier avec ce cri. Mes chasses en open counlry n'enrichissaient donc pas beaucoup mes collections. Par contre, je fis une abondante moisson, ma meilleure, dans les fourrés de broussailles, où la faune était plus largement représentée. Rien ne m'intéressait plus que de parcourir, suivi de Noirs, les forêts inextricables de cette large vallée; peu de choses échappent à leur observation. J'étais un jour en excursion avec l'un d'eux, dans le courant de septembre; il me fit comprendre qu'il allait me quitter un moment et qu'il me rapporterait quelque
Palmier paiulauu*.
chose. J'attendis un peu; enfin, pris d'impatience, je me décidai à l'appeler. Grande fut ma surprise de l'entendre me répondre de bien haut et de loin. Je m'approchai, regardai et finis par le découvrir tout au haut d'un arbre gigantesque, d'où il me jeta deux jeunes échassiers de grande taille et couverts encore de leur duvet (Mycteria amtralis). Après quoi il opéra sa descente avec adresse et rapidité, en véritable acrobate, s'accrochant aux lianes, cordages naturels qui retombaient le long du tronc.
Ces broussailles sont d'une telle épaisseur qu'il est difficile d'y pénétrer; à peine si Ton a de la place pour les coudes, et l'on ne respire un peu plus à l'aise qu'en longeant les cours d'eau. Mais là se déroulent sous les yeux du voyageur des paysages ravissants. De
nombreuses variétés d'arbres se disputent la place au bord de ces eaux tranquilles; des plantes traçantes ou grimpantes se font jour a travers les branches et vont retomber au-dessus de la rivière en guirlandes d'un effet pittoresque et gracieux.
La première fois qu'on aborde deshalliers, on est frappé du silence solennel et de la solitude qui y régnent. On ne peut s'y engager qu'à la sueur de son front; peut-être verra-t-on s'envoler quelque oiseau effrayé, mais l'impression dominante, c'est qu'il y a absence de vie. Au contraire, si l'on vient se reposer le matin ou vers la tombée de la nuit, on est tout étonné de voir les oiseaux accourir sans bruit, répondant en quelque sorte à un appel, puis disparaître en silence, comme ils sont venus, car le silence est un trait saillant des fourrés de broussailles. Les oiseaux n'y chantent pas aux mêmes heures; c'est le soir seulement que les pigeons roucoulent, que la poule de jungle fait entendre sa voix mélancolique; et que, si la chance s'y prête, on entendra le cri tonitruant du casoar.
L'un des premiers oiseaux sur lesquels se porte l'attention, c'est l'oiseau-chat (JEluroedm maculosm) , qui fait son apparition dans la soirée, et tire son nom d'un certain miaulement qui ressemble, à s'y méprendre, à celui du chat. Des tisserins aux formes élégantes et aux couleurs métalliques (Calornh metallica) se jettent avec voracité, en poussant des cris discordants, sur les fruits du cardamome1 d'Australie.
Leurs nids, de construction ingénieuse, sont réunis dans un hallier de la vallée Herbert, sur un même arbre, et, bien que cet oiseau soit un étourneau, les colons l'ont baptisé du nom d'« oiseau-tisserand ».
Il est peu d'oiseaux qui fassent un si joli effet, dans la couronne verte d'un arbre, que les pigeons du détroit de Torres (Carpophaga spilorrhoa). Leur corps est blanc comme celui des lagopèdes en robe d'hiver; ailes et queue sont noirâtres. Quelques couples avaient bâti leur nid sur un arbre, au mois de novembre, assez près de la brousse; ils étaient arrivés depuis peu, de l'extrême nord du Queensland et de
1 . Ce nom n'est pas plus exact que beaucoup de ceux donnés par les Australiens à d'autres plantes et à des animaux. L'arbre en question appartient à la famille des Muscadiers : c'est le Myristica insipida. Son nom australien lui vient de ce qu'il porte des fruits qui ressemblent à ceux du véritable cardamome, sans avoir leur arôme prononcé et agréable ; aussi les a-t-on qualifiés d' insipida.